Cairns
d’Antoine Choplin, Photographies de Francis Helgorsky

La Dragonne, 2007

Quartier
Philippe Claudel - Photographies de Richard Bato

La Dragonne, 2007

Les pas contés ; carnets de Cerdagne de Michel Baglin
Rhubarbe, 2007

 

 

Espaces fascinants

Le temps d’une marche « en terrain pentu », le récit se fait méditation sur soi et sur son rapport à la montagne ; car « la montagne est pour le marcheur une terre qui ne ressemble à aucune autre », et l’on peut se demander si la montée vers le sommet relève de la fuite ou de l’attachement. En tout cas, elle n’est ni un défi ni une conquête (sinon de soi), et l’arrivée au cairn sommital – ces pierres accumulées qui veillent immuablement sur le paysage – est l’image même d’une étape personnelle (« La marche, parabole de la vie et posée au milieu d’elle»).

Cairns est un beau livre à la fois pour son texte et pour les photographies qui, ponctuant celui-ci, combinent le noir et le blanc, l’ombre et la lumière, le mouvement et l’immobilité, la suggestion et la netteté. Le naturel et la simplicité des gestes du randonneur vont de pair avec la richesse et la complexité de ce qu’ils recèlent. Tout ce livre en témoigne.
Sur un sujet analogue, on lira avec plaisir Les pas contés ; carnets de Cerdagne de Michel Baglin. Un texte plus narratif, plus localisé, plus autobiographique, qui joue sur les souvenirs et les évocations précises, dans une confrontation de l’écriture et du vécu. « Mes livres se succèdent, mais je sais que je n’aurai encore rien dit aussi longtemps que je n’aurai pas communiqué cet élan qui fond les mots et les pas dans une même alliance ».

L’éditeur nancéen La Dragonne publie dans le même esprit que Cairns un bel ouvrage de Philippe Claudel, chronique sensible et poétique, pleine de l’eau du ciel et de la terre, pleine de grisaille et de clarté, Quartier, illustré par des photographies de Richard Bato. « Je ne retiens en définitive que peu de choses des milliers de livres lus, des milliers de tableaux, de sculptures contemplés, des milliers de films que j’ai pu voir et de musiques que j’ai pu entendre. […] Les lieux en définitive m’ont toujours nourri davantage que les hommes et que tout ce qu’ils peuvent écrire ou peindre. […] Tourner dans le quartier, dans celui-ci ou un autre, d’ailleurs, c’est toujours se cogner à soi-même et rencontrer son image dans des miroirs de briques et des reflets de vent».

Jean-Pierre Longre
(janvier 2008)

Jean-Pierre Longre enseigne la littérature contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur de revues, il a participé à la publication des romans de Queneau dans la Bibliothèque de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie et Belgique en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes (Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean Prévost aux avant-postes (Collectif, avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).

 

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