La poésie
(comme la prose littéraire) « canadienne-française
» est de constitution récente, et d’abord influencée
par la terre mère, la France des Romantiques (Hugo, Lamartine,
Musset…). Voilà ce que précise à juste
titre le « Petit parcours de la poésie québécoise
» qui inaugure ce volume. C’est pourquoi celui-ci
offre un itinéraire qui nous mène de Louis Fréchette
(1839-1908) à Mario Cholette (né en 1961) et qui couvre
ainsi plus d’un siècle d’écriture.
C’est
à la fois peu et beaucoup ; en peu d’années,
beaucoup de production. Une densité qui semble vouloir rattraper
un temps que les siècles de colonisation n’ont pas
consacré à l’art, mais à la conquête.
Louise Bloin et Bernard Pozier rappellent succinctement mais clairement,
dans leur introduction, les « rapides métamorphoses
» (« de l’alexandrin à l’internet
») qui ont mené la poésie québécoise
du lyrisme romantique à l’écriture du quotidien
en passant par le chant du terroir, l’esthétisme symboliste,
l’exotisme, la quête existentielle et mlétaphysique,
le surréalisme, le nationalisme politique et linguistique,
l’engagement, le formalisme, le féminisme… Une
liste non exhaustive, qui atteste la vitalité transformatrice
d’une production qui s’avère comme l’un
des piliers de la création littéraire de langue française.
Comme toute
anthologie, ce recueil résulte d’un choix qui, pour
objectif, pluraliste et judicieux qu’il soit, peut laisser
le lecteur sur sa faim : pourquoi tel poète et pas tel autre
? Pourquoi aucun texte de Michèle Lalonde (dont il est pourtant
question dans la préface) mais des textes de Leonard Cohen
traduits de l’anglais? Le fait de mettre par exemple Nelligan,
Saint-Denys Garneau, Gaston Miron ou Nicole Brossard à peu
près au même rang (quantitativement) que d’autres
sans doute moins représentatifs n’a-t-il pas un effet
aplanissant ? Pourquoi ne pas avoir laissé de place aux poètes
issus de l’immigration contemporaine ?
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Ces
questions, d’autres encore, sont imputables au genre,
non aux auteurs. Elles prouvent qu’une anthologie
n’est ni une fin ni une somme, mais un point de départ
à partir duquel le lecteur a la possibilité
d’aller explorer les pistes ainsi proposées.
En l’occurrence, cet Espace Québec,
qui laisse d’une façon appréciable la
plus grande place aux textes, joue pleinement son rôle
d’initiateur ouvert à une francophonie vivante.
« La Terre est à Toulmond »,
proclame Raôul Dugay, dans « Nouveau Monde
». La poésie aussi.
Jean-Pierre
Longre
(avril 2006)
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Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de plusieurs revues, il a participé à la publication
des romans de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des
recherches sur les littératures francophones (Roumanie
et Belgique en particulier).
Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes
(Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/-Le-Castor-Astral-.html
http://www.ecritsdesforges.com/
http://www.cvm.qc.ca/cholette/poesie/
http://www.litterature.org/detailauteur.asp?numero=510
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