Espace Québec, 65 poètes québécois
Louise Bloin et Bernard Pozier
Ecrits des Forges / Le Castor Astral, 2005


 

La poésie (comme la prose littéraire) « canadienne-française » est de constitution récente, et d’abord influencée par la terre mère, la France des Romantiques (Hugo, Lamartine, Musset…). Voilà ce que précise à juste titre le « Petit parcours de la poésie québécoise » qui inaugure ce volume. C’est pourquoi celui-ci offre un itinéraire qui nous mène de Louis Fréchette (1839-1908) à Mario Cholette (né en 1961) et qui couvre ainsi plus d’un siècle d’écriture.

C’est à la fois peu et beaucoup ; en peu d’années, beaucoup de production. Une densité qui semble vouloir rattraper un temps que les siècles de colonisation n’ont pas consacré à l’art, mais à la conquête. Louise Bloin et Bernard Pozier rappellent succinctement mais clairement, dans leur introduction, les « rapides métamorphoses »de l’alexandrin à l’internet ») qui ont mené la poésie québécoise du lyrisme romantique à l’écriture du quotidien en passant par le chant du terroir, l’esthétisme symboliste, l’exotisme, la quête existentielle et mlétaphysique, le surréalisme, le nationalisme politique et linguistique, l’engagement, le formalisme, le féminisme… Une liste non exhaustive, qui atteste la vitalité transformatrice d’une production qui s’avère comme l’un des piliers de la création littéraire de langue française.

Comme toute anthologie, ce recueil résulte d’un choix qui, pour objectif, pluraliste et judicieux qu’il soit, peut laisser le lecteur sur sa faim : pourquoi tel poète et pas tel autre ? Pourquoi aucun texte de Michèle Lalonde (dont il est pourtant question dans la préface) mais des textes de Leonard Cohen traduits de l’anglais? Le fait de mettre par exemple Nelligan, Saint-Denys Garneau, Gaston Miron ou Nicole Brossard à peu près au même rang (quantitativement) que d’autres sans doute moins représentatifs n’a-t-il pas un effet aplanissant ? Pourquoi ne pas avoir laissé de place aux poètes issus de l’immigration contemporaine ?

Ces questions, d’autres encore, sont imputables au genre, non aux auteurs. Elles prouvent qu’une anthologie n’est ni une fin ni une somme, mais un point de départ à partir duquel le lecteur a la possibilité d’aller explorer les pistes ainsi proposées. En l’occurrence, cet Espace Québec, qui laisse d’une façon appréciable la plus grande place aux textes, joue pleinement son rôle d’initiateur ouvert à une francophonie vivante. « La Terre est à Toulmond », proclame Raôul Dugay, dans « Nouveau Monde ». La poésie aussi.

Jean-Pierre Longre
(avril 2006)

Jean-Pierre Longre enseigne la littérature contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur de plusieurs revues, il a participé à la publication des romans de Queneau dans la Bibliothèque de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie et Belgique en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes (Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean Prévost aux avant-postes (Collectif, avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

 

http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/-Le-Castor-Astral-.html

http://www.ecritsdesforges.com/

http://www.cvm.qc.ca/cholette/poesie/

http://www.litterature.org/detailauteur.asp?numero=510