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«
Latcho drom » (bonne route) à tous les tziganes
La collection
« Un livre, une voix », qui propose un livre
et un CD audio, est particulièrement adaptée à
recevoir ce beau conte tzigane. En effet, la musique est indissociable
de la culture tzigane, elle en crée l’univers ; ici
elle est le sujet et l’atmosphère. La récitante
Noëlle Barthelémy et le compositeur Eric Slabiak ont
construit eux-mêmes l’histoire, ils ont uni les instruments
et les voix. Avec Olivier André pour en illustrer le livre,
voici un intéressant travail d’équipe qui vise
à sensibiliser les jeunes lecteurs et auditeurs aux caractéristiques
d’un peuple souvent mal aimé et trop méconnu…
Il y a près
de 1000 ans, les Tziganes, filles et fils du vent, quittaient l’Inde.
Depuis, ils parcourent sans cesse les chemins d’Asie, du Proche-Orient,
d’Europe, transportant leur culture, leurs traditions, et
en particulier leur musique. Celle-ci est omniprésente, les
joueurs tziganes sont très prisés dans les fêtes,
les mariages. Les musiciens improvisent facilement et se déchaînent
tant que les cordes cassent fréquemment. Pour la vieille
Esma, ces chanterelles et bourdons sont sacrés : elle a consacré
sa vie au tissage d’un tapis « harmonique », composé
uniquement de cordes d’instruments ayant appartenu à
des musiciens fougueux. C’est l’œuvre promise à
l’esprit de sa grand-mère Valia au cours d’un
rêve d’enfant. Le tapis est presque fini, mais Esma
est trop âgée pour suivre les cortèges, elle
doit demander de l’aide à ses petits-enfants, Constantin
et Ionica. Grâce à l’un d’entre eux, elle
arrive au terme de son ouvrage. C’est ce tapis, caché
quelque part dans une forêt du monde, que recherchent sans
répit les tziganes tout au long de leurs voyages… But
d’une vie particulière, quête d’un peuple
entier… Le récit est émouvant, il allie la poésie
à la réalité quotidienne des voyages ; mots,
notes et couleurs se mêlent et donnent une explication magique
à la « liberté » de ces itinérants.
Noëlle Barthelémy raconte d’une voix claire, lente
et un peu mystérieuse, elle prend un ton slave et roule sa
voix pour Esma et sa grand-mère. On regrette seulement que
dans l’histoire, l’auteur n’ait pas offert l’occasion
de se rattraper au petit-enfant qui n’a pas donné satisfaction
à son aïeule…
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Dans
leur quête, obligés de traverser de nombreux
pays, les tziganes ont utilisé leur musique pour gagner
leur nourriture, pour s’intégrer momentanément
dans la vie locale. Ils ont marqué les pays traversés
et en ont aussi intégré des éléments
dans leur propre culture musicale. Eric Slabiak utilise les
instruments traditionnels des tziganes (violon, alto, cymbalum,
guitare, accordéon) à travers différents
rythmes et registres : d’abord mélodie nostalgique,
le tempo s’accélère… la musique
virevolte, devient une danse endiablée ; puis elle
reprend le ton d’une ballade. Et comme le chant est
aussi une véritable tradition, Eric Slabiak et Noëlle
Barthélémy ajoutent leurs voix à une
belle composition instrumentale.
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Les dessins
d’une grande sobriété nous emportent eux aussi
sur les chemins, suivant les roulottes, les musiciens, en toutes
saisons. Ils traduisent la communauté des voyages et aussi
la solitude d’Esma, ils avivent les sentiments : les yeux
des enfants brillent quand ils écoutent leur grand-mère
; lorsque l’histoire parle du regard sévère
d’Esma, le dessin en appuie la dureté par un mouvement
rageur de la vieille femme… Olivier André illustre
aussi une petite partie documentaire qui complète le conte
et propose des informations sur l’histoire des tziganes, leur
façon de vivre, leur musique et leurs instruments.
Ainsi Le
tapis d’Esma est un ouvrage très complet
: il décrit les traditions d’un peuple dont les «
gadjé » (non tziganes) se méfient tant, qui
semble chercher sa place dans le monde, qui persiste à affirmer
sa liberté et qui transporte son univers dans sa musique.
Quel don et quelle richesse admirables ! Mieux connaître ce
peuple, son origine, mieux comprendre sa quête, c’est
mieux l’accepter et le respecter. Le tapis d’Esma
tisse pour les enfants les « fils » d’une meilleure
entente entre nos sociétés et celle des filles et
des « fils » du vent… C’est une belle initiation
à la diversité, un récit propre à développer
la curiosité pour des cultures originales, une ouverture
sur le monde et le respect des différences.
Martine
Falgayrac
(janvier 2004)

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