Christian Escoudé et progressive sextet

Ma ya. Ya
(nocturne 2005, distr. nocturne)

 

Christian Escoudé (guitare Gibson & Selmer), Marcel Azzola (accordéon), Stéphane Guillaume (saxophones, flûte), Jean Baptiste Laya (guitare), Jean-Marc Jaffet (basse), Bruno Ziarelli (batterie)

1/ Ma ya. Ya. 2/ Mister Wonder. 3/ P’tit Frère. 4/ Le Quintet. 5/ Insensiblement. 6/ Rag Doll. 7/ Made in Valse. 8/ Iles de Pâques. 9/ Wes. 10/ Lumières d’Automne. 11/ Ritournelle.

 

Il nous aura fallu attendre six (longues) années pour que Christian Escoudé retrouve le chemin des studios d’enregistrement (son dernier disque étant A Suite for Gypsies, œuvre dédiée à la mémoire des enfants gitans victimes de la Shoah). Pour cela, celui qui a joué avec les plus grandes vedettes - et dans les plus grands lieux - du jazz a choisi cette fois de se présenter en sextet avec notamment un accordéoniste (et pas n’importe lequel, Marcel Azzola, grand- maître de cet instrument considéré naguère comme anti-jazz !) et un jeune saxophoniste et flûtiste de grand talent (qui fait parler de lui et que les musiciens recherchent, Stéphane Guillaume jouant également du ténor bien que non crédité dans la présentation).

A la première écoute (il y en aura d’autres), ce qui frappe c’est la couleur sépia, ces Lumières d’Automne en une demi-teinte plutôt mélancolique de l’album sans mièvrerie aucune (comme en témoigne Le Quintet ou Ritournelle, thèmes aux accents be-bop mettant en valeur un guitariste toujours aussi véloce dans le phrasé avec cette sonorité si ronde, si chaude, si généreuse). Cela tient à la tonalité des arrangements de Christian Escoudé qui a su créer un climat environnant de grandes qualités mélodiques ; cela également dans les thèmes signés par Marcel Azzola (ses valses en 7 et 8) ; on y trouve donc traces de cette musique de chambre française du siècle dernier à laquelle se réfèrent, de manière fort différente, Stéphane Belmondo et Vincent Artaud (voir chroniques). A noter les hommages à Stevie Wonder et Wes Montgomery ainsi que la délectable relecture d’Insensiblement de Paul Misraki (ostinatos et parfait solo de Stéphane Guillaume à la flûte).

Espérons que ce groupe trouvera place dans la programmation des organisateurs (si frileux) de concerts et festivals et que son leader ne mettra pas six ans pour enregistrer de nouveau. Ne pas oublier non plus de l’entendre dans Le Nouveau Trio Gitan en compagnie de ses confrères Martin Taylor et David Reinhardt.

Jacques Chesnel
(mars 2005)


Jacques Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

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