Le canard, la mort et la tulipe
Wolf Erlbruch

La joie de lire, 2007

 

 

L'accompagnatrice

Wolf Erlbruch, auteur atypique, donne immédiatement le ton : dès la 1ère de couverture, il fait figurer le personnage central de son histoire, à savoir un canard. C’est l’histoire d’une rencontre peu banale : l’auteur met en scène l’animal pour traiter un des problèmes fondamentaux de l’homme, la mort ; celle-ci, figure allégorique représentée ici sous les traits d’une jeune femme, ne cesse de suivre l’animal comme son ombre ; celui-ci se tient sur ses gardes car il pense, on le comprend, que son heure est arrivée. Mais non, la mort est là au cas où… au cas où il arriverait quelque chose de fâcheux au canard, comme un accident ou un rhume ou que sais-je encore ? Bref, l’animal, étonné, refuse de penser à tout cela ; cependant, la mort s’avère être une personne de bonne compagnie et il lui propose de l’accompagner à l’étang pour une baignade ; et les voilà tous deux s’amusant dans l’eau… La mort semble apprécier son nouveau compagnon de route. Les semaines passent ainsi…la vie suit son court.
Tous deux prennent un réel plaisir à être ensemble, en silence souvent.
Puis un jour, le canard frissonne pour la première fois. Il demande à la demoiselle de le réchauffer un peu, elle s’exécute sans tarder ; son ami est allongé et ne bouge plus….la vie vient de le quitter ; la mort emporte son ami jusqu’au fleuve, le pose délicatement sur l’eau et le suit du regard jusqu’à ce qu’il disparaisse… ainsi va la vie…

Au delà de la crainte universelle que suscite la mort, Wolf Erlbruch choisit de mettre en relief ce tournant de l’existence en mettant en scène, comme il en a l’habitude, des animaux. Parti pris réussi pour ce thème complexe qu’il aborde avec justesse, sans gravité ni pathos et avec un brin d’humour. La mort, figure emblématique, prend des allures sympathiques et apparaît sous la plume du narrateur comme un être fréquentable et non pas cruel, bien au contraire : l’auteur la peint comme ayant un rôle d’accompagnement dans la vie de chaque humain, afin que le passage dans « l’autre monde » soit le plus léger possible.
Du texte se dégage une émotion suggérant une autre vision du voyage « sacré » : on retrouve une évocation de la mythologie grecque, avec le fleuve des enfers, le Styx, geste hiératique de la mort qui dépose son ami sur l’eau – évocation d’Hermès, guide des morts, qui accompagne l’homme durant sa vie et jusque dans l’au-delà.

On pense aussi aux pratiques de l’hindouisme avec le fleuve sacré Gange qui transporte les morts, ainsi qu’aux croyances égyptiennes qui considèrent la vie comme un passage et la mort comme un grand voyage : ainsi une barque funéraire transporte le mort vers l’au-delà. Evénement qui ne laisse personne indifférent, symbole qui permet d’accéder à un monde merveilleux, dont on ne sait pas grand-chose sinon d’être une importante préoccupation de l’homme qui sait que personne n’y échappe. Chaque lecteur est invité à l’introspection afin que cette rencontre soit un instant paisible. La mort est comme un compagnon de route et faire un bout de chemin avec elle nous permet de l’apprivoiser…

Dominique Cossin
(septembre 2007)

 

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Olek a tué un ours - Bart Moeyaert, Wolf Erlbruch - Musique de Wim Henderickx - Varia, Le Rouergue, 2006