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L'accompagnatrice
Wolf
Erlbruch, auteur atypique, donne immédiatement le ton : dès
la 1ère de couverture, il fait figurer le personnage central
de son histoire, à savoir un canard. C’est l’histoire
d’une rencontre peu banale : l’auteur met en scène
l’animal pour traiter un des problèmes fondamentaux
de l’homme, la mort ; celle-ci, figure allégorique
représentée ici sous les traits d’une jeune
femme, ne cesse de suivre l’animal comme son ombre ; celui-ci
se tient sur ses gardes car il pense, on le comprend, que son heure
est arrivée. Mais non, la mort est là au cas où…
au cas où il arriverait quelque chose de fâcheux au
canard, comme un accident ou un rhume ou que sais-je encore ? Bref,
l’animal, étonné, refuse de penser à
tout cela ; cependant, la mort s’avère être une
personne de bonne compagnie et il lui propose de l’accompagner
à l’étang pour une baignade ; et les voilà
tous deux s’amusant dans l’eau… La mort semble
apprécier son nouveau compagnon de route. Les semaines passent
ainsi…la vie suit son court.
Tous deux prennent un réel plaisir à être ensemble,
en silence souvent.
Puis un jour, le canard frissonne pour la première fois.
Il demande à la demoiselle de le réchauffer un peu,
elle s’exécute sans tarder ; son ami est allongé
et ne bouge plus….la vie vient de le quitter ; la mort emporte
son ami jusqu’au fleuve, le pose délicatement sur l’eau
et le suit du regard jusqu’à ce qu’il disparaisse…
ainsi va la vie…
Au
delà de la crainte universelle que suscite la mort, Wolf
Erlbruch choisit de mettre en relief ce tournant de l’existence
en mettant en scène, comme il en a l’habitude, des
animaux. Parti pris réussi pour ce thème complexe
qu’il aborde avec justesse, sans gravité ni pathos
et avec un brin d’humour. La mort, figure emblématique,
prend des allures sympathiques et apparaît sous la plume du
narrateur comme un être fréquentable et non pas cruel,
bien au contraire : l’auteur la peint comme ayant un rôle
d’accompagnement dans la vie de chaque humain, afin que le
passage dans « l’autre monde » soit le plus léger
possible.
Du texte se dégage une émotion suggérant une
autre vision du voyage « sacré » : on retrouve
une évocation de la mythologie grecque, avec le fleuve des
enfers, le Styx, geste hiératique de la mort qui dépose
son ami sur l’eau – évocation d’Hermès,
guide des morts, qui accompagne l’homme durant sa vie et jusque
dans l’au-delà.
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On
pense aussi aux pratiques de l’hindouisme avec le fleuve
sacré Gange qui transporte les morts, ainsi qu’aux
croyances égyptiennes qui considèrent la vie
comme un passage et la mort comme un grand voyage : ainsi
une barque funéraire transporte le mort vers l’au-delà.
Evénement qui ne laisse personne indifférent,
symbole qui permet d’accéder à un monde
merveilleux, dont on ne sait pas grand-chose sinon d’être
une importante préoccupation de l’homme qui sait
que personne n’y échappe. Chaque lecteur est
invité à l’introspection afin que cette
rencontre soit un instant paisible. La mort est comme un compagnon
de route et faire un bout de chemin avec elle nous permet
de l’apprivoiser… |
Dominique
Cossin
(septembre 2007)

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