Deux Oiseaux
Autrement jeunesse, 2004

 

Voler de ses propres ailes…

Les « deux oiseaux » d’Eric Battut, dos noir et ventre rouge vif, entraînent dans leur sillage les lettres turquoise du titre et du nom de l’auteur. Ils volent au-dessus de la terre sombre, par-delà les montagnes qui rejoignent le ciel dans une palette composée de toutes les nuances possibles de gris. L’atmosphère est paisible et le lecteur ouvre l’album sans inquiétude, pour en savoir un peu plus…

Le texte, toujours concis, imprimé en turquoise, occupe les pages de gauche : chaque fois une à trois phrases courtes, efficaces, écrites à la première personne. Parallèles à l’histoire, les illustrations occupent les pleines pages de droite. Toutes les images reprennent les teintes de la couverture : sur des fonds en grands à-plats parfois blancs lumineux, parfois gris reposants et tristes, parfois noirs un peu oppressants, les petits ventres rouges attirent notre attention. Ils semblent perdus dans l’immensité, ce vaste monde pas vraiment hostile mais si mystérieux…

Un des oiseaux joue le narrateur. En ce premier matin d’hiver et de froidure, le petit animal est seul, minuscule vie sur un arbre noir et nu, dans un environnement blanc neige et gris brouillard… Il n’est pas vraiment triste mais il n’ose pas bouger…
Le deuxième oiseau s’approche ; comme ils se ressemblent ! Le second, un peu plus gros peut-être, sent qu’on a besoin de lui, il chante et gagne la confiance du premier. Il en devient le guide. Il l’encourage à voler toujours plus loin, plus haut, il lui apprend à choisir sa nourriture, à confectionner un nid. Il est le parent qui donne le meilleur à son petit, qui protège et prépare aux dangers…
L’initiation dure tout l’hiver… A l’aube du premier matin de printemps, l’élève se retrouve seul mais il se sent prêt, il peut prendre de lui-même son envol. Le « maître » a disparu mais le petit ne se sent pas abandonné ; la dernière phrase, écrite au futur après toute une narration à l’imparfait, exprime toute sa confiance et sa reconnaissance : « … il volera toujours avec moi ». Ce départ dans la vie est dans l’ordre normal des choses, cet envol solitaire est une réussite et un espoir.

Le parcours du petit oiseau apprenti est semblable à celui de nombreux jeunes animaux et de tous les enfants. Chacun d’eux a besoin d’un guide pour apprivoiser le monde, devenir autonome, acquérir les clés essentielles qui lui permettront à son tour de construire et aussi de transmettre… Pourtant l’histoire d’Eric Battut n’évoque pas la dimension sociale dans laquelle même les oiseaux doivent évoluer…
Les teintes choisies par l’auteur illustrateur font de ces Deux oiseaux un album tranquille, la mise en page est sécurisante, le ton de l’histoire est tendre. L’enfant comprend que l’apprentissage est nécessaire, qu’il prépare l’avenir et ne dure qu’un temps ; le parent, le père, le frère, celui qui accompagne l’enfant au quotidien, se retrouve dans le rôle magnifique et déterminant de l’être qui permettra à un autre de voler de ses propres ailes… Belle occasion de consolider les liens…

Martine Falgayrac
(février 2004)

Martine Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

du même auteur :
Gros et petit (Autrement jeunesse, 2005)
Jules et César (Autrement jeunesse, 2003)
Comme le loup blanc (Autrement jeunesse, 2002)

http://www.autrement.com

http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?name=Battut&surname=Eric