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Voler
de ses propres ailes…
Les «
deux oiseaux » d’Eric Battut, dos noir et ventre
rouge vif, entraînent dans leur sillage les lettres turquoise
du titre et du nom de l’auteur. Ils volent au-dessus de la
terre sombre, par-delà les montagnes qui rejoignent le ciel
dans une palette composée de toutes les nuances possibles
de gris. L’atmosphère est paisible et le lecteur ouvre
l’album sans inquiétude, pour en savoir un peu plus…
| Le
texte, toujours concis, imprimé en turquoise, occupe
les pages de gauche : chaque fois une à trois phrases
courtes, efficaces, écrites à la première
personne. Parallèles à l’histoire, les
illustrations occupent les pleines pages de droite. Toutes
les images reprennent les teintes de la couverture : sur des
fonds en grands à-plats parfois blancs lumineux, parfois
gris reposants et tristes, parfois noirs un peu oppressants,
les petits ventres rouges attirent notre attention. Ils semblent
perdus dans l’immensité, ce vaste monde pas vraiment
hostile mais si mystérieux… |
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Un des oiseaux
joue le narrateur. En ce premier matin d’hiver et de froidure,
le petit animal est seul, minuscule vie sur un arbre noir et nu,
dans un environnement blanc neige et gris brouillard… Il n’est
pas vraiment triste mais il n’ose pas bouger…
Le deuxième
oiseau s’approche ; comme ils se ressemblent ! Le second,
un peu plus gros peut-être, sent qu’on a besoin de lui,
il chante et gagne la confiance du premier. Il en devient le guide.
Il l’encourage à voler toujours plus loin, plus haut,
il lui apprend à choisir sa nourriture, à confectionner
un nid. Il est le parent qui donne le meilleur à son petit,
qui protège et prépare aux dangers…
L’initiation dure tout l’hiver… A l’aube
du premier matin de printemps, l’élève se retrouve
seul mais il se sent prêt, il peut prendre de lui-même
son envol. Le « maître » a disparu mais le petit
ne se sent pas abandonné ; la dernière phrase, écrite
au futur après toute une narration à l’imparfait,
exprime toute sa confiance et sa reconnaissance : « …
il volera toujours avec moi ». Ce départ dans
la vie est dans l’ordre normal des choses, cet envol solitaire
est une réussite et un espoir.
Le parcours
du petit oiseau apprenti est semblable à celui de nombreux
jeunes animaux et de tous les enfants. Chacun d’eux a besoin
d’un guide pour apprivoiser le monde, devenir autonome, acquérir
les clés essentielles qui lui permettront à son tour
de construire et aussi de transmettre… Pourtant l’histoire
d’Eric Battut n’évoque pas la dimension sociale
dans laquelle même les oiseaux doivent évoluer…
Les teintes choisies par l’auteur illustrateur font de ces
Deux oiseaux un album tranquille, la mise en page est sécurisante,
le ton de l’histoire est tendre. L’enfant comprend que
l’apprentissage est nécessaire, qu’il prépare
l’avenir et ne dure qu’un temps ; le parent, le père,
le frère, celui qui accompagne l’enfant au quotidien,
se retrouve dans le rôle magnifique et déterminant
de l’être qui permettra à un autre de voler de
ses propres ailes… Belle occasion de consolider les liens…
Martine
Falgayrac
(février 2004)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

du
même auteur :
Gros et petit (Autrement jeunesse,
2005)
Jules et César (Autrement jeunesse,
2003)
Comme
le loup blanc (Autrement jeunesse, 2002)
http://www.autrement.com
http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?name=Battut&surname=Eric
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