Jules et César
Autrement jeunesse, 2003

Comme le loup blanc
Autrement jeunesse, 2002

à partir de 5 ans

 

Eric Battut signe à la fois le texte et les illustrations de ses deux derniers albums, preuve de son double talent de conteur et d'artiste : deux histoires qui mêlent cynisme et tendresse, cruauté inconsciente et amitié retrouvée, tout en jouant avec jubilation sur les mots et les images.

Jules et César est bien l'histoire de Jules et César, deux petits chiens qui se ressemblent comme deux gouttes d'eau mais dont les relations se trouvent d'abord hiérarchisées, un peu par hasard, sur le modèle classique maître/animal domestique ; César s'est en effet autoproclamé maître de Jules, chien abandonné qui "cherche bon maître" et profite de sa position pour affirmer une autorité un peu absurde, en réalité fondée sur du vide...


La répression que César met plus ou moins consciemment en place est incarnée par la laisse et par la baballe que Jules doit sans cesse aller rechercher, par l'os à ronger (César, lui, se réserve le gigot) et par la bicyclette, derrière laquelle Jules s'essouffle... Mais quand Jules s'enfuit, las de n'être qu'un objet, César admet l'inégalité de leur relation et tente de réparer ses erreurs.

Si Jules et César est une histoire d'amitié en définitive plutôt tendre, il en va tout autrement de Comme le loup blanc, satire de la nature humaine (même si les humains sont ici des lapins...) et fable morale tout à la fois, où la couleur rouge de la cruauté est omniprésente. Mais là encore, ce sont les rapports de force qui sont étudiés, à travers la figure inquiétante d'un tyran conscient et calculateur, symbole du totalitarisme à l'état pur. La trame de cet ouvrage est quasi shakespearienne tant est forte la description de l'usurpateur, un grand lièvre blanc aux yeux rouges et aux longues moustaches, dont la rigidité se reflète dans les illustrations : motivé par l'expansion de son espace vital (tiens, cela rappelle quelque chose...), il décrète que la garenne est beaucoup trop petite pour tant d'habitants et petit à petit, il sélectionne, fait le tri, et élimine d'abord les petits, puis ceux dont les oreilles ne sont pas réglementaires, enfin ceux qui ne sont pas blancs... Un minuscule lapin au pelage bariolé échappe à cette "épuration" systématique et peut alors raconter comment le grand lièvre blanc va trouver plus fort que lui !
Mégalomanie et xénophobie, qui ne sont pas des sujets forcément aisés, sont contées aux enfants avec beaucoup de talent, et la simplicité du texte n'est qu'illusoire car parallèles, échos et rimes font peu à peu surface. L'auteur, pour intriguer le jeune lecteur, joue aussi beaucoup sur l'ambiguïté qui naît des illustrations : qui sont les véritables victimes ? Voit-on des lièvres ou des loups ? Comme le loup blanc est avant tout un ouvrage pour enfants ; ils comprendront sans mal ce que le grand lièvre blanc rejette (l'altérité) et ce qu'il désire (la toute-puissance) ; c'est ainsi que la portée politique de cet ouvrage va bien au-delà du simple conte et que les lecteurs adultes trouveront aussi de quoi nourrir leur réflexion.

B.Longre
(janvier 2003)

du même auteur :

Gros et petit (Autrement jeunesse, 2005)

Deux oiseaux (Autrement jeunesse, 2004)

http://www.autrement.com

http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?name=Battut&surname=Eric