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Eric Battut
signe à la fois le texte et les illustrations de ses deux
derniers albums, preuve de son double talent de conteur et d'artiste
: deux histoires qui mêlent cynisme et tendresse, cruauté
inconsciente et amitié retrouvée, tout en jouant avec
jubilation sur les mots et les images.
| Jules
et César est bien l'histoire de Jules
et César, deux petits chiens qui se ressemblent
comme deux gouttes d'eau mais dont les relations se trouvent
d'abord hiérarchisées, un peu par hasard, sur
le modèle classique maître/animal domestique
; César s'est en effet autoproclamé maître
de Jules, chien abandonné qui "cherche bon
maître" et profite de sa position pour affirmer
une autorité un peu absurde, en réalité
fondée sur du vide... |
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La répression
que César met plus ou moins consciemment en place est incarnée
par la laisse et par la baballe que Jules doit sans cesse aller
rechercher, par l'os à ronger (César, lui, se réserve
le gigot) et par la bicyclette, derrière laquelle Jules s'essouffle...
Mais quand Jules s'enfuit, las de n'être qu'un objet, César
admet l'inégalité de leur relation et tente de réparer
ses erreurs.
Si Jules et César est une histoire
d'amitié en définitive plutôt tendre, il en
va tout autrement de Comme le loup blanc,
satire de la nature humaine (même si les humains sont ici
des lapins...) et fable morale tout à la fois, où
la couleur rouge de la cruauté est omniprésente. Mais
là encore, ce sont les rapports de force qui sont étudiés,
à travers la figure inquiétante d'un tyran conscient
et calculateur, symbole du totalitarisme à l'état
pur. La trame de cet ouvrage est quasi shakespearienne tant est
forte la description de l'usurpateur, un grand lièvre blanc
aux yeux rouges et aux longues moustaches, dont la rigidité
se reflète dans les illustrations : motivé par l'expansion
de son espace vital (tiens, cela rappelle quelque chose...), il
décrète que la garenne est beaucoup trop petite pour
tant d'habitants et petit à petit, il sélectionne,
fait le tri, et élimine d'abord les petits, puis ceux dont
les oreilles ne sont pas réglementaires, enfin ceux qui ne
sont pas blancs... Un minuscule lapin au pelage bariolé échappe
à cette "épuration" systématique
et peut alors raconter comment le grand lièvre blanc va trouver
plus fort que lui !
Mégalomanie et xénophobie, qui ne sont pas des sujets
forcément aisés, sont contées aux enfants avec
beaucoup de talent, et la simplicité du texte n'est qu'illusoire
car parallèles, échos et rimes font peu à peu
surface. L'auteur, pour intriguer le jeune lecteur, joue aussi beaucoup
sur l'ambiguïté qui naît des illustrations : qui
sont les véritables victimes ? Voit-on des lièvres
ou des loups ? Comme le loup blanc est
avant tout un ouvrage pour enfants ; ils comprendront sans mal ce
que le grand lièvre blanc rejette (l'altérité)
et ce qu'il désire (la toute-puissance) ; c'est ainsi que
la portée politique de cet ouvrage va bien au-delà
du simple conte et que les lecteurs adultes trouveront aussi de
quoi nourrir leur réflexion.
B.Longre
(janvier 2003)

du
même auteur :
Gros
et petit (Autrement jeunesse, 2005)
Deux oiseaux (Autrement jeunesse,
2004)
http://www.autrement.com
http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?name=Battut&surname=Eric
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