L’Entretemps
Michael De Cock
Editions Lansman. Collection, Ecritures vagabondes, 2006

 


Encore ici mais déjà plus là

Prometteur. Au dos de ce livret, on nous explique que Michael De Coke, auteur, comédien et metteur en scène, écrit la plupart du temps sur la base d’investigations journalistiques. En l’occurrence, dans cet opuscule, il s’est lancé dans un sujet douloureux ; celui des soins palliatifs et a donc, comme à son accoutumée dans l’écriture de ses pièces de théâtre, interrogés moult personnes.
Déception à la lecture de ce monologue. Aucune émotion, des faits rien que des faits. Cela dit si tel était son but, c’est réussi. Ah c’est certain ce n’est pas avec lui que l’on tombe dans une quelconque mièvrerie, ni même une légère compassion. C’est la fin de la vie, voilà, c’est tout. On nous dit qu’il a « une écriture tout en finesse et avec un certain humour empreint de tendresse ». La finesse, oui, c’est bien écrit, quelques passages se répètent pour mieux comprendre cette détresse, cette solitude de l’individu qui sait que c’est foutu : « Chaque soir, je pense : demain je le demande. Pour qui ou pour quoi je suis encore ici ? Et chaque matin, je pense de nouveau ; je vais attendre ce soir. J’essaie cette phrase deux ou trois fois par jour. Pas trop fort mais juste assez pour que je puisse l’entendre, pour qu’au moins quelqu’un l’entende. ». De l’humour… rarement ; la tendresse… je cherche encore.
C’est froid, comme ce centre de soins palliatifs. Il évoque les infirmières, la mort, les passagers de chambrées qui partent les uns après les autres et les visiteurs qui regardent la fenêtre et demande « ça va ? ». Oui, on tombe dans l’absurde et cet homme s’identifie au « ça » parce qu’il n’est plus que ça, justement. Mais on ne peut que poser le mot évoquer, cela manque de profondeur. L’auteur a interrogé des gens en fin de vie, il n’a donc aucune excuse. C’est beaucoup trop court, distant. Rien n’est marquant, mis à part l’attitude des « vivants » qu’il snobe parce qu’ils sont là, les mains croisées devant la fenêtre et ne savent dire que « t’as vu ce beau châtaignier ?» Rien sur la peur de mourir ou l’envie de mourir, on s’attend à des émotions alors que ces gens sont hors du temps, dans ce qu’il nomme l’entretemps. On sait par ailleurs que d’aucuns vivent cette période avec une grande joie ; ici, il y a un air d’asile psychiatrique, une espèce de malaise à la lecture, on ne sait pas bien où l’on est.
Trop court… peut être… mais s’il avait fait plus long sur le même ton… inutile. Cela reste passable mais ne restera pas dans les annales.

Apoline Saybec
(mars 2008)

Apoline Saybec est historienne de formation. Elle a été rédactrice en chef d’un mensuel économique puis généraliste. Journaliste en presse écrite, elle est passionnée par l’être humain ; elle aime autant l’histoire que l’actualité, la littérature que le cinéma, la sociologie que la psychologie... Tout ce qui permet de comprendre le monde qui l’entoure, de transmettre ce qu’elle apprend ou ce qu’elle a vécu est le terreau de son existence. S’évader, rêver, imaginer au travers des livres… le voyage, dans tous les sens du terme, est son moteur.

 

Publications théâtrales

Du même auteur :
C’est avec Saw it in television/DIDN’T UNDERSTAND, monologue basé sur des interviews de réfugiés et interprété par lui-même qu’il s’est fait connaître.

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