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De
la modernité et du jeu dans un album (1910)
L’originalité
n’est pas synonyme de nouveauté, la preuve, cet album
de 1910 (The slant book), réédité
en italien puis en français, toujours aussi surprenant.
Son format surtout étonne, non par sa taille mais par la
forme choisie, celle d’un parallélogramme sans aucun
angle droit, qui donne d’emblée une impression de
vertige. Le texte s’inscrit dans la même pente, donnant
à ce livre, une fois ouvert, une allure de ligne de fuite
perpétuelle.
Vertige aussi dans la narration : la forme épouse à
merveille l’histoire racontée. Sur la page de droite,
le dessin montre une voiture d’enfant, lancée vers
la gauche (la page de texte, le pli du livre) dans une rue en
pente, puis dans la campagne. Dans son bolide, le petit Bobby
renverse tout sur son passage : gens, bêtes, choses. Tout
cela ravit le bambin qui capte puis renvoie toutes sortes d’objets
: journaux, fruits, chapeau… son passage engendre des explosions.
Le
texte est mis en vers et écrit en une langue très
élaborée, au vocabulaire riche. Chaque double
page présente une situation nouvelle, sans lien avec
la précédente, hors le trajet de Bobby. Les
images aux tons sépias, gris, ou vert ou brun…
offrent toujours le même objet central : le landau
et son occupant hilare, l’arrière plan et le
cadrage changeant à chaque page.
Répétition, variation, du moderne ! Destruction,
désordre, confusion, gaspillage : de l’enfance
! Et aucun message, non, tout cela n’est pas politiquement
correct et citoyen (qui remboursera le marchand de journaux
et la fermière ? Voilà une sotte question
!). N’y trouvent place que le plaisir du jeu, de la
vitesse, de la transgression, enfin de la « pente
» de l’enfance (publié à quelle
époque, déjà ?).
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(janvier
2008) |

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Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

http://www.albin-michel-jeunesse.com/
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