jazz électro

enja
nouvelle collection jazz électro, 2004

(distr. Harmonia Mundi)


re : brahim Abdullah Ibrahim Remixed

Human Radio Enders Rooms

Sonic creen Nu Box

Après avoir, depuis sa création en 1971, proposé toute une gamme de productions consacrées à l’actualité du jazz moderne be-bop et post bop, révélant notamment nombre de musiciens européens, la firme allemande (l’une des plus importantes compagnies européennes avec ECM, Steeple Chase ou Timeless…) inaugure une nouvelle collection, une série d’enregistrements de jazz électro… ce qui pour beaucoup sera une surprise… (mauvaise peut-être, principalement du côté des intégristes ronchon, des anciens combattants du free et des négationnistes obtus… qu’il y a aussi dans le jazz).
Il n’est pas question ici de soulever de nouveau le problème quant à l’électro jazz ou jazz électro : jazz ou pas ? ; comme dans toutes les sortes de musiques, toutes catégories et tous styles, et au risque d’enfoncer les clous et de se répéter : il y a la bonne et la mauvaise musique… et foin de tout le reste…

Dans le premier disque, re : Ibrahim, ce sont 9 DJ (de nationalités diverses) admirateurs d’Abdullah Ibrahim et de ses mélodies, de son groove, qui, en hommage au compositeur, en proposent des lectures bien particulières, à leurs différentes manières, mais toutes singulièrement fort respectueuses des thèmes, des atmosphères propres au compositeur, au pianiste. A noter le solo très “davisien dernière période" du trompettiste Shuichiro Sakaguchi et les splendides versions de Mindif. Moins convaincante, Sweet Samba, presque exclusivement rythmique boum boum.

Human Radio est le second album du groupe Enders Room réuni autour du multi-instrumentiste Johannes Enders, l’une des figures du Dub-Electro et Nu-Jazz de l’école dite de Weilheim, petite ville d’Allemagne.

Fusionnant avec ingéniosité quelques éléments du jazz basique (l’improvisation) et les electronics mix, samples et autres computer programming, les neuf plages donnent à entendre le leader aux saxophones ténor ou baryton (la première plage Euphrat n’est pas sans évoquer le India de John Coltrane), la vocaliste Rebekka Bakken (un Behind the Mirror résolument « jazz ») ainsi que le bassiste Ed Howard entendu aux côtés de Bob Berg et de Shirley Horn. Nous sommes ici en présence d’aventures remix en proche périphérie du jazz.
Sonic Screen (Reiner Winterschladen, trompette ; Alois Kott, basse ; Peter E. Eisold, batterie) est le fruit du trio Nu Box connu il y une dizaine d’années sous le nom de Blue Box.
Certainement le plus marqué par l’esthétique du Miles Davis de Doo-bop, très « wave funk », principalement sur la plage intitulée Swamp Theme. Le trompettiste est talentueux en clone du génial « honky-tonk man » (la formule est d’Alain Gerber dans Miles Davis et le blues du blanc chez Fayard). S’écoute avec intérêt et plaisir… mais à choisir, mieux vaut l’original.

En conclusion, cette première incursion d’Enja ne peut (ne doit) laisser personne indifférent… ensuite c’est une question de choix et de goût, comme d’habitude… en attendant les prochaines parutions.

Jacques Chesnel
(mars 2005)

Jacques Chesnel est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

re : brahim Abdullah Ibrahim Remixed
1/ Calypso Minor par DJ Explizit. 2/ Did You Hear That par Toshio Matsuura. 3/ Ishmael par Stefan Rogall / Sonar Kollektiv. 4/ The Call par Dave Gene. 5/ Blues for a Hip King par Sascha Klammt. 6/ Mindif (version big band) par Philip Winter. 7/ Sweet Samba par Christian Prommer. 8/ Damara Blue par Matthias Vogt. 9/ Mindif par DJ Spooky alias Paul D. Miller

http://www.harmoniamundi.com/

http://www.enjarecords.com/