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L’autre,
ce grand inconnu
Les esquisses
sobres et griffonnées de Philippe Dumas s’accordent
à merveille avec cette histoire touchante mais toujours ancrée
dans la réalité, et que l’auteure a, de toute
évidence, choisi de ne pas embellir : l’histoire de
Gabriel / Leirbag, un enfant énigmatique qui débarque
un jour dans la classe d’Adrien, le petit narrateur, et qui
devient son voisin de bureau. Affublé d’un anorak rouge,
Gabriel ne cesse de surprendre ses nouveaux camarades et certains
lui trouvent bien vite divers noms d’oiseaux : « le
fou », « le martien »… Il faut dire que
le garçon multiplie sans problème mais ne sait pas
additionner, qu’il passe la récréation à
arpenter la cour ou à se balancer sur un banc, qu’il
dit tout haut ce que les autres pensent tout bas et de surcroît,
il ne semble pas pressé de se faire des amis… Même
le foot ne l’intéresse pas, c’est dire ! En butte
aux moqueries des autres (lesquelles ne semblent pas l'affecter),
harcelé par l’affreux Loïc, Gabriel ne réagit
pas. Adrien, de son côté, tâche de prendre sa
défense mais lui aussi se pose beaucoup de questions. Au
fil des jours, « on s’est habitué à
lui » raconte Adrien : « On a vu qu’il
n’embêtait jamais personne. Il était souvent
dans la lune (…) mais il pouvait aussi être très
drôle. ». Mais c’est à l’occasion
de l’atelier de théâtre que Gabriel les surprend
tous, quand il joue son rôle à la perfection…
L’autre
est toujours un territoire inconnu qui reste à explorer et
à découvrir, et ce court roman met habilement en évidence
la difficulté que tous nous pouvons avoir à accepter
l'altérité ; les enfants comparent la situation de
Gabriel à celle des filles et des garçons (qui allaient
par le passé dans des écoles séparées)
ou à celle des noirs et des blancs à l’époque
de la ségrégation aux Etats-Unis ; ces questions ne
sont plus à l’ordre du jour, mais des enfants sont
encore exclus des écoles ; ce n’est pas le cas du petit
autiste, qui fréquente ici une école « normale
» et prouve qu’il en est capable.
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Sa
présence permet aussi aux autres enfants de s’interroger
sur les notions mêlées de différence et
de tolérance, ce qui en soi est plutôt salutaire.
Les politiques font souvent de grands discours (naturellement
théoriques) sur la nécessité de favoriser
l’intégration des handicapés dans le milieu
scolaire, mais ici, par le biais d’une petite histoire
très simple, en donne une illustration concrète
et juste qui sera plus utile et encourageante. On regrettera
peut-être une chose dans cette histoire : l’absence
d’un discours adulte (pas nécessairement redondant
ou trop développé) qui aurait pu aider les enfants
à accepter plus facilement Gabriel, plutôt que
de les laisser avec certaines interrogations. Mais c’est
avant tout une histoire vraie qu’Elisabeth Motsch raconte
ici, avec délicatesse et optimisme, un optimisme nuancé
et jamais béat, qui dit cependant que tout est possible.
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Blandine
Longre
(juin 2006)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.ecoledesloisirs.fr
Lire
aussi
Air marin, collection mouche - L'Ecole
des loisirs , 2004
http://www.elisabethmotsch.ouvaton.org/
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