Jazz(z)
(Naïve, 2002)

 

Puisqu'on ne peut pas ajouter la lettre s au mot " jazz " pour orthographier son pluriel, Emmanuel Bex a tout simplement accolé un troisième z au titre de ce double album qui présente deux trios, l'un acoustique, l'autre électrique, deux facettes différentes et complémentaires de son talent de compositeur et d'interprète.
Petites formations, climats opposés, une belle ambition, une réussite totale pour ce musicien reconnu (surtout) comme l'un des plus inventifs organistes actuels, devenu une figure incontournable du jazz européen, distingué par l'Académie du Jazz qui lui décerne en 1995 le Prix Django Reinhardt (meilleur musicien français de l'année) et dont le précédent disque BFG (avec le tromboniste Glenn Ferris et le batteur Simon Goubert) aura été le plus récompensé l'an dernier par les instances jazzistiques et apprécié par les amateurs.
On retrouve d'abord le pianiste (si peu enregistré), imprégné de la musique classique qu'il pratiqua dans sa jeunesse, sur un superbe Bösendorfer, en compagnie du contrebassiste Jean-Philippe Viret et du batteur Aldo Romano. Subtilité et élégance du toucher, fluidité de la mélodie aux contours très nuancés, comme dans ce thème inaugural Fragile à l'atmosphère proche d'une partition de Bach ou dans ce New Mood qu'il reprendra à l'orgue d'une façon plus extravertie.
Puis, cette fois, dans l'autre disque, à l'orgue Hammond, changement d'atmosphère : swing exacerbé, absence de retenue, atmosphère surchauffée, l'orgue déchaîné, la guitare de Michael Felberbaum saturée à la rock et la batterie explosive d'Aldo Romano ; on ne peut s'empêcher de penser (référence) au " Lifetime ", trio composé de l'organiste Larry Young, du guitariste John McLaughlin et du batteur Tony Williams.
Car nous percevons ici dans ces traitements si singuliers dus aux choix de l'instrument le double univers, le balancement entre deux formes de poésie coexistant au sein d'un langage musical original qu'Emmanuel Bex maîtrise superbement.
Particulièrement indiqué pour les amateurs d'émotions douces et/ou fortes, de yin et de yang… de belle musique… tout simplement.

Jacques Chesnel
(novembre 2002)


Jacques Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).


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