MEDERIC
COLLIGNON (bugle, saxhorn alto, voix), LAURENT DEHORS (saxophone
ténor, clarinette basse et cornemuse), GUILLAUME ORTI
(saxophone alto et contre ténor), THOMAS de POURQUERY
(saxophone alto),
FRANÇOIS THUILLIER (saxhorn basse, tuba basse), CLAUDE
TCHAMITCHIAN (contrebasse), ERIC ECHAMPARD (batterie), FRANÇOIS
VERLY (percussions), ANDY EMLER (piano, composition et direction)
Enregistré en novembre 2006
1/
Les lions sauvages (incluant Ta danse de Cuba). 2/ Les 9 cents
lunes. 3/ The lost suite. 4/ West in Peace. 6/ Hugs. 7/ Final
et postlude (incluant Ministral).
Dans l’esprit de Frank Zappa
Il est évident
que depuis quelque temps le jazz n’est plus ce qu’il
était et c’est tant mieux… il y a donc maintenant
plusieurs jazz ainsi qu’on peut l’entendre. Gunther
Schuller, John Lewis (le fameux Troisième Courant) et
quelques autres (dont Django Reinhardt) furent parmi les premiers
à élargir le spectre du jazz originel, original
ou conventionnel.
On peut, on doit, considérer que le disque des frères
Belmondo Hymne au soleil
(bflat 2002) fut le déclencheur en France d’une
vague, d’une vogue aussi, qui se traduisit par quelques
autres œuvres (la plupart produit par le label Nocturne)
estimés ou non en fonction des goûts de chacun.
J’avoue que certaines productions (à part les Belmondo,
les premiers à avoir interprété Lili Boulanger
et Maurice Duruflé et ce avec une telle ferveur —
ah ! le solo de Stéphane dans Pie Jesù) ne me
procurèrent pas de plaisirs particuliers suffisants,
contrairement à Thierry Giard par ailleurs souvent dithyrambique
(voir ses différentes chroniques).
Là, pour moi, c’est encore autre chose, me semble-t-il.
L’auteur-compositeur, le jeune « écrivain
» tel qu’il se nomme dans son texte de présentation,
déclare tout de go : " la musique que nous pratiquons
n’est pas identifiée par un terme générique
quelconque mais elle reste le résultat d’une digestion
progressive des musiques passées avec une prédilection
pour celle du XXe siècle (« classique, contemporaine,
rock, pop, jazz, etc)…" et poursuit, "
la découverte de l’immense Frank Zappa, dont
les arrangements et l’humour me firent vibrer instantanément,
ouvrit mes oreilles aux incontournables Stravinsky et Varèse
puis plus tard à Bartok, Dutilleux et Ligeti "
(fin de citation d’une partie du texte inclus dans le
livret du cd).
Cette autre chose, c’est le côté joyeux,
gai, enjoué, ludique, foutraque, jubilatoire, gentiment
bordélique dans le bon sens du terme, enjôleur
sans putasserie, bref totalement emballant car, oh oui, ça
balance, chahute, bourlingue, tangue, culbute, grand chambardement
et big grabuge…
A noter les superbes unissons des différentes sections
ou d’ensemble, le solo dans Les ions sauvages
de François Thuillier qui est sans nul doute, avec Michel
Godard, le meilleur joueur de saxhorn et de tuba qu’on
puisse entendre actuellement dans le jazz ou musiques associées,
l’intervention très lyrique de Thomas de Pourquery
au saxophone alto au centre de The last suite (titre
original : Red rondo à l’arménienne),
celle de son confrère Guillaume Orti, rageur de tristesse
et de révolte dans West in peace… bref, tous les
solistes s’expriment à qui mieux mieux sous les
yeux et oreilles du chef, ravi.
 |
Andy
Emler fait lui-même de la musicologie sur ses propres
œuvres, ce qui devrait éviter à bien
des confrères de se ridiculiser (quand ils essaient
d’en faire), ce qui est parfois rigolo (d’après
les spécialistes).
Cinquante et une minutes de plaisir. On aurait aimé
plus, vraiment plus.
Jacques
Chesnel
(avril 2007) |
Jacques
Chesnel, membre démissionnaire de l'Académie
du Jazz, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le jazz dont
Le Jazz en quarantaine, 1940-1946 (Isoète) et
Les Grands Créateurs de Jazz avec G.Arnaud (Bordas)
; il a été consultant et auteur pour l'Encyclopédie
Encarta sur CD-Rom.
Peintre, il prépare une rétrospective de 50 années
de peintures inspirées par le Jazz.
www.jazz-chesnel.com

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