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Une
snob à Manhattan (ou la rédemption d’une HTACR)
Il faudrait
qu’un jour on explique la présence de plus en plus
forte en littérature jeunesse de héros-tête-à-claques-richissime
(catégorie que l’on nommera pour aller plus vite ‘HTACR’).
D’Artémis Fowl à Clara, l’héroïne
de ce roman, on aurait une liste de personnages qui semblent dérivés
de la catégorie des petits lords, tout en étant leur
contraire absolu sur le plan du comportement. Les HTACR ne respectent
que ceux qui leur ressemblent et ne craignent personne. Un point
commun cependant : comme le héros vertueux richissime, le
HTACR est plus ou moins orphelin, solitaire en tout cas, et il semble
avoir perdu son enfance et en être sans le savoir extrêmement
malheureux. Qu’on se rassure : la HTACR de ce roman sera sauvée
et découvrira la vérité du monde et des êtres.
Cela étant posé, et l’agacement mis de côté
provisoirement, il faut reconnaître des qualités certaines
à ce roman. La richesse, qui servait de réservoir
de merveilles dans les œuvres antérieures, et de substitut
au merveilleux dans un cadre réaliste impressionne toujours
(les séries de la télévision jouent aussi là-dessus)
; la féerie réduite en piscine bleue et décapotable
est ici dépassée magistralement : l’appartement
personnel dans lequel vit Clara (onze ans), situé au sommet
d’une tour de Manhattan, a de quoi faire rêver. Il est
organisé par une technologie anticipatrice qui en fait un
monde en miniature, proprement fabuleux. Il semble qu’Ellen
Potter se fasse une spécialité de la description d’appartements
étranges (voir l’article sur son précédent
roman, Olivia Kidney).
Clara est la fille des riches propriétaires d’un restaurant
très à la mode et très réservé
de la ville : n’y sont admises que les Personnes Importantes.
La petite fille, qui dîne tous les soirs seule à sa
table, a pour mission de repérer derrière ses éternelles
lunettes noires les personnes qui sont devenues Personnes Sans Importance.
Elle le fait sur la base d’indices aussi évidents que
des chaussures mal cirées, un article dans le journal, une
tenue inadéquate… Cette situation fait tout le prix
du Too Much (c’est le nom du restaurant) ; chaque
convive vit dans l’angoisse d’être désigné
par l’enfant et de devoir – c’est la règle
– quitter immédiatement l’établissement
sous le regard soulagé des autres qui pourront ainsi finir
la soirée tranquilles, en attendant la prochaine fois. Le
« maillon faible » a fait son entrée en littérature
de jeunesse.
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Cependant,
à partir de la page, mettons 90, l’intrigue se
noue véritablement et l’HTACR se mue en héroïne
chargée de résoudre un mystère. On retrouve
alors à l’état brut ce qu’on aimait
chez Ellen Potter : un grand sens du suspens, une fantaisie
sans limites qui ne craint pas une petite dose de fantastique,
tout cela à l’intérieur d’une cohérence
très forte et d’un récit foisonnant, et
enfin, beaucoup d’humanité.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(décembre 2006)
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

lire aussi Olivia
Kidney - Seuil, 2006
http://www.ellenpotter.com/
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