Olivia Kidney
d'Ellen Potter
Seuil, 2006
à partir de 10 ans

 

 

 

Un roman d’immeuble. Une bonne idée, très actuelle, puisque vient de sortir celui de Claude Ponti (Le Monde et inversement) aux éditions de l’Olivier. Ellen Potter fait de cette thématique un usage très original. Son roman commence comme un roman “ ado ” normal (presque trop) : L’héroïne, Olivia, a perdu ses clefs et est de très mauvaise humeur. C’est le point de départ. A partir de là s’enchaînent, d’un appartement à l’autre, d’un étage à l’autre, du 10e au second sous-sol, des univers étonnants : plancher de verre, univers tropical, espace campagnard… antithèses systématiques de ce qu’est un appartement (clos, urbain, mesurable…). Ces univers génèrent des histoires qui finissent par se rejoindre et s’enchevêtrer : magie, princesses enlevées, pirates, fantômes du passé…

La jeune Olivia Kidney passe d’un lieu à l’autre de façon variée (par les escaliers et les portes, ou par d’autres moyens) et les émotions qu’elle ressent et fait partager (le récit est écrit à la première personne) sont tout aussi variées. De l’aventure, de l’émerveillement, de l’angoisse, du mystère, de la poésie, de l’humour et un peu d’amour. La structure, au départ simple, celle du cloisonnement de l’espace et du temps, de la distinction entre réel et imaginaire, finit par voler en éclats, tandis que les ombres de la vie de l’héroïne, qui ne sont pas assénées d’emblée comme c’est trop souvent le cas en littérature jeunesse, deviennent plus précises et poignantes pour le lecteur. Elles sont découvertes petit à petit en fonction des lieux, des espaces imaginaires et des personnes rencontrées.

La fin reste ouverte : rêve, folie, irruption de la mort dans la vie, tout est possible. Il demeure que ce livre pose de façon détournée et sensible, à travers un univers qui n’est léger et fantaisiste qu’en apparence, la question de la perte et de l’absence, du réel et du sensible, de la transparence et de l’obscurité, en s’enfonçant plus profondément dans tous ces thèmes au fur et à mesure que l’on se rapproche du point central et enfoui de l’immeuble, dans le second sous-sol (image de la conscience ?) dans lequel réside la révélation du secret.
Un très beau roman, donc, passionnant, inventif, rêveur et touchant.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(avril 2006)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

http://www.ellenpotter.com/