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Un roman d’immeuble.
Une bonne idée, très actuelle, puisque vient de sortir
celui de Claude Ponti (Le Monde
et inversement) aux éditions de l’Olivier. Ellen
Potter fait de cette thématique un usage très original.
Son roman commence comme un roman “ ado ” normal (presque
trop) : L’héroïne, Olivia, a perdu ses clefs et
est de très mauvaise humeur. C’est le point de départ.
A partir de là s’enchaînent, d’un appartement
à l’autre, d’un étage à l’autre,
du 10e au second sous-sol, des univers étonnants : plancher
de verre, univers tropical, espace campagnard… antithèses
systématiques de ce qu’est un appartement (clos, urbain,
mesurable…). Ces univers génèrent des histoires
qui finissent par se rejoindre et s’enchevêtrer : magie,
princesses enlevées, pirates, fantômes du passé…
La jeune Olivia
Kidney passe d’un lieu à l’autre de façon
variée (par les escaliers et les portes, ou par d’autres
moyens) et les émotions qu’elle ressent et fait partager
(le récit est écrit à la première personne)
sont tout aussi variées. De l’aventure, de l’émerveillement,
de l’angoisse, du mystère, de la poésie, de
l’humour et un peu d’amour. La structure, au départ
simple, celle du cloisonnement de l’espace et du temps, de
la distinction entre réel et imaginaire, finit par voler
en éclats, tandis que les ombres de la vie de l’héroïne,
qui ne sont pas assénées d’emblée comme
c’est trop souvent le cas en littérature jeunesse,
deviennent plus précises et poignantes pour le lecteur. Elles
sont découvertes petit à petit en fonction des lieux,
des espaces imaginaires et des personnes rencontrées.
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La
fin reste ouverte : rêve, folie, irruption de la mort
dans la vie, tout est possible. Il demeure que ce livre pose
de façon détournée et sensible, à
travers un univers qui n’est léger et fantaisiste
qu’en apparence, la question de la perte et de l’absence,
du réel et du sensible, de la transparence et de l’obscurité,
en s’enfonçant plus profondément dans
tous ces thèmes au fur et à mesure que l’on
se rapproche du point central et enfoui de l’immeuble,
dans le second sous-sol (image de la conscience ?) dans lequel
réside la révélation du secret.
Un très beau roman, donc, passionnant, inventif, rêveur
et touchant.
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
(avril 2006)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

http://www.ellenpotter.com/
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