(El abrazo partido)
de Daniel Burman
film argentin, durée 1h40
Grand Prix du Jury, Ours d’Argent
- Berlin 2004

sortie 21 avril 2004


Le fils errant

Trentenaire débonnaire qui travaille à vendre de la lingerie fine avec sa mère dans une petite galerie commerciale de majorité juive, assoiffé de vitesse et de changement, Ariel (Daniel Herdman, Ours d’argent du meilleur acteur à Berlin 2004) court dans Buenos Aires comme il erre dans l’existence ; sa course-poursuite avec la vie relève du défi lancé à soi-même au sein d’une crise identitaire éprouvante. Est-ce une quête du père, Elias, père haï pour l’avoir abandonné avec sa mère dans la pauvre Argentine, pour aller se battre en Israël pour la guerre de Kippour ? Est-ce une fuite loin de cette galerie commerçante et du milieu juif de Buenos Aires, qui l’étouffent dans un quotidien lassant à force d’être haut en couleurs ? Une quête de vérité, surtout : vérité d’un jeune homme qui peine à trouver sa place dans la capitale cosmopolite et turbulente, faute de se retrouver des origines stables.

Déboussolé aux sourcils froncés dans un monde complexe, dans une Argentine pauvre et comique, prisonnier d’un triste passé, tel Don Quichotte Ariel rêve ; ne sachant que faire de sa vie, il rêve d’Europe.
Mais sa quête d’un passeport polonais qui lui ouvrirait les frontières passe par la patiente réconciliation avec sa mère, puis avec sa grand-mère, femmes énergiques, excentriques, versées dans la culture juive qu’Ariel remet en cause, dont il est plus que lassé.
Choisira-t-il l’Argentine, débordante de vie, ou l’Europe, où l’on tue les juifs ?...

Caméra sur l’épaule, Daniel Burman suit partout son personnage central, omniprésent, tour à tour flegmatique et cynique. Peu d’événements, on parle beaucoup, l’humour juif auquel Woody Allen a donné ses lettres de noblesse étant ici renforcé par l’intensité argentine et par la vitalité torride qui règne sur Buenos Aires. Ariel croise beaucoup de monde, de l’intraitable commerçant juif à la pulpeuse secrétaire argentine, du Coréen incompréhensible... Film mouvementé, enfilade de saynètes dérisoires, biographie nostalgique de la communauté juive d’Argentine, Le fils d’Elias table sur ses personnages attachants, et marche somme toute au rythme des chansons juives traditionnelles, du “klezmer”, beaucoup plus qu’au tango argentin. Son originalité n’est finalement pas frappante : blagues à rabbin, diaspora, identité juive... tout cela déçoit et ennuie un peu face à ce captivant creuset d’énergie qu’est l’Argentine luttant contre la crise, ici réduite à un cadre presque insignifiant.

Nicolas Cavaillès
(avril 2004)

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