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Chacun
cherche son éléphant...
Imaginez que
l'on demande à des illustrateurs aux univers très
différents de représenter un éléphant
: jeu auquel se sont prêtés plus d'une trentaine d'entre
eux - à la demande des éditions Sarbacane, chacun
proposant une vision personnelle de l'animal : du réalisme
au merveilleux, du naïvisme à l’ultra graphique,
chaque représentation animale reflète des mondes intérieurs
uniques.
La plupart de ces illustrations grand format en disent beaucoup
à elles seules et on se surprend à "écouter"
ces récits muets, en y superposant ses propres histoires
; un second fil conducteur, cette fois textuel, permet néanmoins
de donner une belle cohérence à l'ensemble : les textes
en vers libres de François
David (dont on ne présente plus le travail par crainte
de se répéter, tant il est abondant et de qualité…),
qui s'est penché sur chaque illustration et qui livre son
regard d'écrivain et ses réflexions tour à
tour amusantes (par le biais de nombreux jeux de mots), mélancoliques
ou oniriques.
On appréciera
tout particulièrement certains dessins très originaux,
comme celui d’Emmanuel Kerner entre absurde et folie, ou la
beauté poignante de l’aquarelle d’Eric Giriat
(un éléphant ballon en forme de larme…) ; ailleurs,
on s'attarde à contempler la création quasi métaphysique
de Chloé Poizat, à s'amuser du choix décalé
de Serge Bloch, de la cocasserie de
celui d’Eric Héliot (un éléphant affublé
de ses deux « trompes »…) ou encore du clin d’œil
à Magritte signé André Sollie. On admire aussi
la force du trait d’Olivier Balez,
qui incarne la tranquille pesanteur de l'animal, l’émouvante
épure statuesque de celui de Régis Lejonc, ou encore
l’illustration en 3D de Matthieu Roussel, empreinte de nostalgie.
Ce livre éléphantesque, protéiforme, prétexte
à rêver en se laissant porter par les poèmes
et/ou les images, est pur plaisir ; et incite chaque lecteur à
imaginer - et pourquoi pas créer- , à son tour, «
son » éléphant, celui qui ne ressemblera à
aucun autre...
Blandine
Longre
(octobre 2005)
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Entretien
Mais
au fait, pourquoi l'éléphant ?
Emmanuelle
Beulque, éditrice chez Sarbacane (lire aussi la présentation
proposée en mai 2004, alors que la maison célébrait
son premier anniversaire), travaillant de conserve avec
le directeur éditorial et fondateur Frédéric
Lavabre, a répondu à cette question, entre
autres ; elle le fait avec enthousiasme, revenant sur la
genèse de ce projet, et montrant ainsi combien chaque
étape de ce long travail collectif fut un vrai plaisir.
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Quelle
a été la motivation initiale de ce projet ?
L’envie de consacrer
un livre pour petits et grands à cet animal exceptionnel
- exceptionnel par la taille, le physique, la force mais aussi par
l’éventail d’évocations qu’il peut
susciter : le nomadisme, la sagesse, la mémoire, la lenteur,
la fragilité aussi, puisque c’est une espèce
en voie de disparition…
Un animal qui entretient un rapport particulier à l’homme
: sauvage ou domestiqué, star des zoos et des cirques, il
est aussi le symbole d’un mode de vie disparu, lointain cousin
des mammouths, il fait figure de survivant d’une époque
révolue. Et puis on a tous un rapport affectif à l’éléphant,
lié à l’enfance : Babar, le colonel
Hatti du Livre de la jungle, pour les plus célèbres,
c’est de façon générale un personnage
récurrent de la littérature enfantine.
Etait-il prévu
de longue date ? Comment avez-vous pu rassembler un si grand nombre
d’illustrateurs pour un seul album ?
C’est en effet
un projet qui a nécessité une longue maturation !
L’idée au départ était de constituer
une anthologie de textes, anciens ou modernes, issus de romans,
de poèmes, de pièces de théâtre même,
ayant pour point commun de parler de l’éléphant,
puis de confier ces textes à un illustrateur pour les mettre
en images. Mais le projet piétinait, quleque part il manquait
de « sel »…
Et puis nous avons eu l’idée d’inverser le procédé,
ce qui devenait autrement plus stimulant : nous avons demandé
à un grand nombre d’illustrateurs, sans nous fixer
de limites de genre ou de style, de donner librement leur vision
de l’éléphant, sans autre contrainte que celle
d’un format de belle taille – sujet oblige ! Une carte
blanche en quelque sorte. Et surtout sans texte pour commencer.
Juste une invitation : Dessine-moi un éléphant.
Un projet presque loufoque, sans queue ni tête apparemment.
Nous pensions n’intéresser qu’une poignée
d’illustrateurs et nous avons eu l’heureuse surprise,
après avoir lancé un certain nombre de ces invitations,
de recevoir un accueil enthousiaste. Il a fallu augmenter la pagination
et finalement arrêter de solliciter d’autres illustrateurs,
sous peine de devoir refuser l’un ou l’autre pour de
stupides raisons de place…
Avez-vous
eu à faire des choix ?
Nous ne sommes absolument pas intervenus sur les images qui nous
arrivaient les unes après les autres dans un joyeux désordre.
Confiance absolue dans le travail d’artistes que nous avions
choisis au départ pour leur univers personnel, singulier
: nous étions très loin d’un travail de commande.
Qu'appréciez-vous
dans le travail d'écriture de François David, qui
a pu vous inciter à lui proposer cette collaboration originale
?
Tandis que les images
arrivaient, dans leur grande diversité, nous avons cherché
un auteur à la fois désireux et capable de mettre
son style et ses mots au service des images proposées, comme
une sorte d’écho sonore à la proposition visuelle.
L’inverse du schéma classique en album jeunesse, en
somme. Il s’agissait d’illustrer par des mots la vision
créative des artistes.
François David, avec son talent de poète, son goût
pour le jeu et son esprit ouvert, toujours prêt à rebondir
sur une idée insolite et nouvelle, nous a tout de suite paru
la perle rare à cet égard. Qu’il ait accepté
de se prêter au jeu fut déjà une joie. Mais
quand ses premiers textes ont voyagé jusqu’à
nous par les canaux du mail, nous avons été comblés.
Car la qualité de sa réponse est à la hauteur
du projet hors normes que nous voulions consacrer à l’éléphant.
François David s’est toatalement imprégné
des images avec une justesse, une finesse, une perspicacité
et une sensibilité incroyables. Certains textes sont drôles,
d’autres engagés, d’autres encore extrêmement
émouvants – tous sont admirablement construits. C‘est
bien simple : je ne me lasse pas de les lire et les relire. Pas
plus d’ailleurs que de feuilleter l’album !
L'ordre dans
lequel les illustrations se succèdent est-il délibéré
?
Comme je l’ai
évoqué plus haut, nous ne voulions pas nous enfermer
dans quelque ordre que ce soit au départ. Le principe étant
de montrer la richesse et la diversité des réponses,
des regards, des styles, sur un thème fort lancé presque
comme un thème de jazz ou de rap, comme base d’improvisation.
Mais il a bien fallu assembler tout cela : il fallait trouver un
rythme, ménager des surprises… nous nous sommes appuyés
sur le travail de François David pour cela, en collaboration
avec lui d’ailleurs. On peut dire que ce livre a vraiment
été conçu collectivement, à tous les
stades ! Et le plus réussi dans tout cela, c’est qu’on
ne sait plus qui préexiste du texte ou de l’image –
là n’est pas la question, le livre existe par lui-même.
Né de croisements multiples, il forme désormais un
tout.
Envisagez-vous
de construire d'autres ouvrages collectifs ?
Si l’on
en juge par le plaisir que nous avons eu, tous, à réaliser
ce livre : auteur, illustrateurs, éditeur, et par le plaisir
qu’il semble déjà procurer à ses lecteurs,
petits et grands, ce qui nous réjouit forcément, nous
sommes évidemment très tentés de renouveler
l’expérience. Nous y réfléchissons !
propos
recueillis par B. Longre, octobre 2005

http://www.editions-sarbacane.com/
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