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«Des
pleurs si faibles que j’ai dû retenir ma respiration
pour les entendre, comme un léger murmure. Une voix d’enfant
encore…»
Adapter
«L’Hôpital et ses fantômes», la série télévisée transcendante
de Lars von
Trier, une idée de génie de Stephen King à lire sous la plume agile de Richard Dooling et à suivre enfin les samedis soirs sur la chaîne
parisienne «Paris Première» !
Au
pays roi de la littérature de genre et du gavage télévisuel quotidien,
un sous-genre est né, le livre de série. En effet, les séries télévisées
américaines fantastiques sont souvent précédées par la sortie d’un
roman introductif chargé de planter le décor, d’annoncer la couleur,
de donner le ton… et aussi, pour le dire tout net, de «secouer l’arbre
à fric» («shake the money tree»).
«The
Journals of Eleanor
Druse» n’échappe pas à la règle de ces grands projets audio-visuels,
poids-lourds de l’industrie du divertissement, pour lesquels la
littérature travaille en sous-traitance. Aux rédacteurs, le graphisme
de la série et surtout son climat (élément-clé) servent
de charte rigide, voire bétonnée, mais aussi de terrain de jeux.
Comme la fille de David Lynch, Jennyfer,
s’est amusé à tenir le journal de Laura Palmer, personnage central
de «Twin Peaks»,
difficile pour Stephen King de résister au plaisir de rédiger celui
d’Eleanor Druse, héroïne de la série «Stephen
King’s Kingdom Hospital» (SKKH).
Et
les honnêtes amateurs de littérature américaine moderne de se mettre
en appétit, les fans de saliver. «L’équivalent littéraire du
menu Big Mac», comme il se présente,
se lance dans le superbe défi d’adapter, dans son Maine natal, le
chef-d’œuvre de Lars von
Trier, cette symphonie apocalyptique apparue à la télévision
danoise au milieu des années 90, puis dans les salles de cinéma
européennes et enfin sur Arte.
Dans
l’ascenseur d’un grand hôpital, une vieille médium
ratée entre en contact avec le fantôme malheureux d’une fillette.
A partir de là, Lars von
Trier a tracé une parabole hystérique, à la fois drôle et terrifiante,
sur le Danemark. La maestria en moins, et cette fois sans autre
portée que le divertissement, King interprète, suit en parallèle
et s’affranchit finalement de la version originale mais sans grande
inspiration. Il s’agit tout de même d’un exercice de style passionnant,
au-delà du cercle des adeptes du fantastique.

Hyperion,
janvier 2004 |
A
la sauce gore et glauque de Stephen King, l’horreur entre
vite en éruption comme autant de fourmis carnivores dans les
plaies de Madeline Kruger après
son suicide manqué. Au chevet de la putréfiée, dans l’hôpital
Kingdom à Lewiston (Maine), arrive,
par une nuit de pleine lune, sur une route enneigée, une vieille
amie d’enfance passionnée de psychologie ésotérique, Mme Druse.
Cet avatar cynique de Mme Drüse
(de Copenhague) aime à lire aux mourants «William Blake
ou Swedenborg _ n’importe quoi pour les préparer au grand
départ»…
Témoin
aussi experte que fragile (à 75 ans), Druse va observer l’effroyable
étrangeté des lieux et dévoiler enfin lourdement le lourd
passé de l’établissement… Le tout est relaté dans «The
Journals of Eleanor
Druse», un livre de série, donc empreint de ludisme. Ainsi,
en quatrième de couverture: «l’auteure, Eleanor Druse, est une
spirite dotée de pouvoirs métapsychiques, qui vit dans le
Maine natal de Stephen King». (Pour de vrai! Et la sorcière
de Blair aussi a bien existé!…).
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Autre
jeu de rôles en avant-propos, sous la forme malicieuse d’une lettre
de Druse à Stephen King: «Cher M. King, je vous écris parce que
je tiens de la lecture de vos livres que vous croyez vraiment au
monde des esprits, parce que vous avez comme moi flirté avec la
mort [King a été renversé par une voiture en 1999 et admis à
l’hôpital central du Maine], et parce que vous êtes aussi du
Maine.» La missive tient trois pages, le stratagème, lui, a
duré à plusieurs semaines après la publication, jusqu’à rendre à César ce qui lui appartient et au romancier
américain Rick Dooling
l’écriture de «The Journals…»
(sur commande de Stephen King). Mais
il reste tout de même du King le style direct, les pensées en italique,
les conversations et les expressions familières typiques des petites
villes nord-américaines _ soit le petit monde des grands classiques
de Stephen King, comme «Pet Semetary»
(Doubleday, 1983), «Christine»
(Viking, 1983) et le premier grand succès «Carrie» (Doubleday, 1974).
Dans
les doutes de Druse, Dooling montre sa
patte, sa conception intéressante de l’esprit humain et du cerveau
«Et
si la grande aventure intérieure de toute ma vie spirituelle dérivait
d’une lésion?» Dans les doutes de Druse face aux liens psychosomatiques,
et face à la médecine en général, Dooling
montre sa patte, sa conception intéressante de l’esprit humain et
du cerveau. De la lobotomie, il propose un bref historique simple
et bienvenu pour rattraper l’attention perdue dans des lieux communs
de l’horreur basique (monstre, combat final…). Le roman est en tout
cas bien ficelé, agréable à lire — sauf en sa toute fin, décevante
— et il faut sans doute se réjouir de l’écriture de certains
épisodes de SKKH par Rick Dooling.
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Le
lecteur français peut enfin voir. Pour un auteur au style
très cinématographique, adapté au grand écran avec bonheur
par Stanley Kubrick («Shining»), Taylor Hackford
(«Dolores Claiborne»), Bryan
Singer («Apt Pupil»), Brian
de Palma («Carrie») et Rob Reiner
(«Stand by Me»), Stephen King n’a guère brillé dans
ses propres tentatives derrière la caméra en tant qu’assistant
(la série «The Shining» en
1997) ou même en tant que metteur en scène («Maximum Overdrive» en
1986).
Jamais meilleur qu’adapté donc, le roi de l’épouvante tient
peut-être enfin son chef-d’œuvre audio-visuel (dans une adaptation,
paradoxalement, et alors qu’il serait, selon un récent documentaire,
aujourd’hui presque aveugle!). |
Aux Etats-Unis, la chaîne nationale ABC a déclenché l’ire des amateurs
par sa diffusion riche en coupures publicitaires et même interrompue
pendant plusieurs semaines entre les épisodes 9 et 10 (sur les 13
de SKKH). En Europe, la BBC a pris le relais en mettant davantage
en valeur cette série regardée en 2004 jusqu’en Nouvelle-Zélande,
soit aux antipodes du pays de «La Ferme des célébrités».
Dans le PAF, SKKH est longtemps apparue comme une étrange lacune,
enfin comblée depuis le 26 février dernier et la découverte du premier
épisode en France — quelques jours après la Suisse, tout de même. Et encore…
Comme bien souvent en matière de série de qualité, hormis le câble,
le satellite ou certaines antennes parisiennes, point de salut !
François
Cavaillès
(mars 2005)
Francois
Cavaillès est journaliste. Ancien reporter
en radio, puis en presse, dans la région d'Ottawa au Canada,
il couvre aujourd'hui l'Asie du Sud-Est et enseigne le francais
a l'université Chulalongkorn de Bangkok.
(Les
extraits ci-dessus sont librement traduits par le journaliste, dans
l’attente d’une publication de l’ouvrage en français.)
tous les samedis à 22h30 sur Paris Première

http://www.mostra.org/21/english/films/reino1-i.htm
http://www.hyperionbooks.com/
http://www.kingdomhospitalofmaine.com/pain_room.html
http://www.stephenking.com/index_flash.php
http://www.paris-premiere.fr/page.php?P=data/lachaine/dossier/&art_id=108564
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