The Calligrapher
(The Fourth Estate, 2003)


Le Calligraphe
Traduit de l'anglais par Marie-Claire Pasquier
Plon, janvier 2005

 

 

Les souffrances du jeune Jasper...

John Donne, poète dit "métaphysique" (au même titre que Marvell), né sous le règne d'Élisabeth Ière et mort sous celui de Jacques Ier, est sans doute l'un des auteurs (hormis Shakespeare, son contemporain) qui a laissé une empreinte mémorable sur la littérature anglo-saxonne : l'on doit à T.S. Eliot d'avoir réhabilité son oeuvre au début du XXe siècle, une poésie hybride et réputée difficile, parfois rédhibitoire, entre maniérisme et baroque. C'est une partie de cette oeuvre qui a inspiré Edward Docx pour son premier roman, les "Songs and sonnets", poèmes d'amour inclassables, qui vont délibérément à l'encontre de tout pétrarquisme et de l'amour courtois et dans lesquels le poète porte un regard cynique et ludique, très moderne, sur les relations entre les hommes et femmes, les infidélités des uns et des autres. Edward Docx n'est certainement pas le premier, ni le dernier, à admirer la complexité de Donne et à lui rendre hommage et de grands écrivains (entre autres, Julien Greene avec Jeunesse Immortelle) ne sont pas trompés en trouvant dans ces poèmes hors normes des vérités atemporelles et une universalité certaine.

Ce roman se fonde sur une double trouvaille : proposer un narrateur qui soit un Don Juan de pacotille, mais qui exerce une profession hors du commun, et qui soit donc suffisamment cultivé et ainsi capable de construire d'astucieux parallèles entre les poèmes d'amour de John Donne et sa propre vie amoureuse, plutôt mouvementée. C'est ainsi que Jasper Jackson, calligraphe de son état, multiplie les conquêtes d'un soir, trompe sans vergogne une fiancée un peu naïve, jusqu'au jour où il aperçoit, depuis la fenêtre de son atelier où il est en train de copier patiemment Air and Angels (la commande d'un riche mécène américain), une beauté rare ; une découverte qui met un frein à ses frasques de jeune libertin londonien, lui qui avait fait siens les vers de Donne :"Oh, to vex me, contraries meet in one: / Inconstancy unnaturally has begot / A constant habit;"

Edward Docx propose ici une entreprise de vulgarisation louable et réussie, une sorte de mode d'emploi bien construit des relations amoureuses, une mise en pratique jamais ennuyeuse pour qui voudrait découvrir le grand poète, ou tout simplement passer un bon moment ; les drolatiques mésaventures de Jasper Jackson rappellent par instants les facéties narratives de David Lodge ou de Kingsley Amis (mais sans leur profondeur). L'humour décalé des dialogues et des situations va de pair avec le caractère nonchalant et léger du narrateur ; un roman où est pris qui croyait prendre, parsemé de rebondissements et de situations cocasses, parfois vaudevillesques, et rythmé par les merveilleux poèmes de Donne, auquel Edward Docx doit beaucoup : Il est vrai que sans le poète, ce premier roman frivole aurait pu passer inaperçu... Ce n'est pas le cas, les droits ont déjà été vendus en France, en Italie, en Allemagne et en Espagne ; preuve de la valeur "mercantile" de l'ouvrage, ce qui ne lui enlève cependant pas ses autres qualités. The Calligrapher, sans être un chef d'oeuvre, marque un début élégant et prometteur.

Blandine Longre
(août 2003)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

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