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du
même auteur : Rouge, Noir, ignorant
Quand il commence à faire noir le ciel est sale. Rayé.
Oublié de se laver la figure. Je t'ai dit tout ce que j'ai
dit à personne d'autre. Avant on s'amusait tellement avec
toi. Fini tout ça. Je dois te dire la vérité.
Je l'ai toujours fait. Pas menti. Je t'ai amené ici pour
me débarrasser de toi.
Dans une Angleterre
brique rouge et terrain vague, Les Enfants constitue
une fascinante plongée dans l'apocalyptique univers d'Edward
Bond. Une poupée à la main qu'il traîne partout
et qu'il tente de tuer en vain, Joe, jeune garçon inoffensif
d'une dizaine d'années, accomplit un crime à la demande
de sa mère qui, elle, se décharge totalement de sa
responsabilité dans l'affaire. La relation entre cette mère
psychotique et son fils désormais meurtrier qui fait promettre
à ses amis de garder le silence sous peine de tous finir
en prison est le point de départ d'une épopée
désertique aussi haletante qu'étrange.
Suite à l'incendie déclenché dans les nouveaux
quartiers dans le seul but de satisfaire aux desseins de sa mère,
Joe, acculé, n'a pour seul choix que de partir. Mais la ville
se vide complètement et sans explication avant même
son départ. Le monde entier se transforme en un continent
où plus rien ne se produit. Il reprend l'apparence des plaines
de sables des Pièces de Guerres où le
temps était aboli. Livrés à eux-mêmes,
Joe et les enfants qui l'accompagnent évoluent dans un monde
dépeuplé, sans âme qui vive si ce n'est celle
de cet homme cadavérique, incapable de marcher seul, retrouvé
dans un des innombrables terrains vagues de la ville, et que les
enfants décident bon gré mal gré de transporter
sur une civière de fortune, et ce, au risque et péril
de leurs jeunes vies.
Au fur et à mesure des voyages, des jours et des nuits, de
l'espace et du temps, de la faim qui picote les ventres comme une
machine à coudre, la bande s'amenuise, les uns partent, las
de l'interminable voyage, les autres meurent de faim, de froid,
de fatigue. Ils ne restent bientôt plus que Joe et cet homme
mystérieux aux abords d'un port rempli de marchandises, biens
destinés à la consommation des ménages, opium
du peuple des pièces du dramaturge. Confronté à
la vérité, l'unique, qu'il est le responsable de la
catastrophe et meurtrier d'un jeune enfant, Joe, dernier homme au
monde, se met en quête de trouver quelqu'un.
Monté en juin dernier au Théâtre d'Alfortville,
Les Enfants est une pièce en rupture avec
le monde et ses règles, avec le capitalisme, thématique
largement abordé dans l'introduction de la pièce Le
Fou.
C'est encore et toujours aux systèmes occidentaux que s'attaque
Edward Bond dans Onze débardeurs, pièce
qui relate la destinée d'un jeune "sauvageon" placide
et silencieux. De ces petits hommes à qui rien ne fait peur.
La pièce débute séance tenante sur les réprimandes
et les allégations d'un proviseur contre un de ses élèves,
personnage principal qui, aux mots, préfère les actes
instinctifs. Le proviseur, elle, sombre dans le verbiage, s'englue
dans le discours ambiant sur la petite délinquance, reste
seule face à un mur. Accusé sans preuve, l'élève
est maladroitement poussé en dehors du système scolaire.
Il se venge et poignarde alors son proviseur. Le parcours classique
suit. La prison, l'exclusion, la marge et tout ça pour finir
soldat dans une triste guerre.
La lente descente
de cet enfant-soldat et de cet enfant-meurtrier pose l'aporétique
question de la responsabilité personnelle et collective quant
à nos décisions, quant aux systèmes politiques
de nos sociétés contemporaines fondées sur
la violence et l'agression. Sujet sensible et plus que jamais d'actualité
alors que se profile en France la loi autorisant la prison pour
les mineurs de moins de 16 ans.
Philippe
Beer-Gabel
(septembre 2002)

lArche
http://www.arche-editeur.com/Catalogue/B/bond2.htm
Les
éditions Methuen
http://www.methuen.co.uk/authorpages/edwardbond.html
E.
Bond
http://www.peripheries.net/g-bond.htm
http://www.colline.fr/site/lexi5bon.htm
http://home.tvd.be/cr26676/EdwardBond.html
http://www.humanite.presse.fr/journal/ |