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Morceaux
choisis
Qui sont Charles
Feydal, Joseph Méry, Charles de Coynard, Isabelle Eberhardt,
Fernand Fleuret… et la dizaine d’autres auteurs présentés
dans ce recueil ? Peut-être des inconnus aujourd’hui,
mais tous furent modérément illustres en leur temps,
participant activement à la vie littéraire des XIXe
ou XXe siècles. Pour quelles raisons auraient-ils malgré
tout été frappés d’oubli ? Dans une préface
tout aussi savoureuse qu’acide, Eric Dussert nous apporte
quelques tentatives de réponses, en mettant cela sur le compte
de « l’aléatoire et du fantasque »
(la littérature étant une « sale bête
») ; il se donne ainsi l’objectif de les réhabiliter,
même modestement, en proposant de découvrir chacun
de ces « seconds couteaux » (une « cohorte
fabuleuse », à laquelle les « grands
noms » de la littérature auraient fait de l’ombre)
par le biais d’un de leurs textes, et d’offrir ainsi
une seconde vie à ceux qui ont injustement été
mis à l’écart.
Ces textes, que cette renaissance permet par conséquent de
qualifier d’« increvables », sont effectivement
inusables : à la lecture de certains d’entre eux, le
lecteur-découvreur qui a cru pénétrer en terra
incognita éprouve d’emblée, et très paradoxalement,
le sentiment d’avancer en terrain familier, tant ces nouvelles
réveillent en nous le souvenir confus d’autres lectures,
évoquent des univers narratifs déjà côtoyés
ou des personnages déjà croisés ; nous sommes
bien face à des « classiques », dont les dénouements
sont parfois sans surprise, mais où le plaisir du lecteur
réside justement dans le fait que son horizon d’attente
est comblé (comme dans La vengeance de l’Oncle
Jean de Charles de Coynard ou Un trottin de Charles
Fedgal). D’autres nouvelles se démarquent du reste
de ce panorama par leur nature foncièrement ludique et facétieuse
; ainsi, Le Voyage dans mes poches (Charles Monselet),
qui relate l’enquête très particulière
menée par un homme qui a tout oublié de la soirée
bien arrosée de la veille, Les voyages d’un sac
de bonbons (Léo Lespès), dont le titre est explicite,
L’Expiation (Gabriel de Lautrec), qui oscille entre
humour noir et froideur calculatrice, ou encore cette savoureuse
satire de l’homme de lettres (Bonjour, Monsieur !
de Jean Richepin) dont la quête perfectionniste est empreinte
d’une mordante ironie.
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Même
si l’on a conscience qu’elles étaient
moins publiées que les hommes (statut social oblige),
on regrette toutefois que les auteures se retrouvent ici
en minorité ; une seule représentante, Isabelle
Eberhardt (1877-1904), aventurière et voyageuse,
présentée comme «hors du commun
» pour l’époque, et dont on découvrira
le récit intitulé Amara le forçat,
histoire d’une brève rencontre atypique entre
le narrateur/narratrice et un homme de retour du bagne,
le temps d’une traversée Marseille-Alger
Ajoutons que chaque auteur est soigneusement présenté
en regard des textes, et que les bio-biblios d’Eric
Dussert, qui met en lumière quelques traits singuliers
de chacun de ces «oubliés» et replace
l’œuvre dans son contexte, sont écrites
sous la forme de petits récits très enlevés,
que l’on doit absolument lire avant d’entamer
le texte lui-même.
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Blandine
Longre
(mai 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.atelierdugue.com/
http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/-Atelier-du-Gue-.html
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