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« Un
jour, j'ai survolé la Caraïbe en avion. Ciel bleu, soleil
insolent. En bas, la mer semblait calme. La mer… Plutôt qu'une
mer, j'ai eu l'impression de survoler un lac, immense certes, mais
un lac tout de même. Et, partout, essaimées sur ce
lac, des îles, un archipel d'îles. » Eduardo Manet
écrivit un jour cela pour le Magazine littéraire (octobre
1998), et Mauricio, le héros de La sagesse du singe, aurait
pu le prendre à son compte. Mauricio Gomez, né à
Puerto Rico comme Eduardo naquit à Cuba, et prenant le nom
de Ravel, un musicien, comme Eduardo porte celui de Manet, un peintre.
Après la mort de sa mère et le départ de son
père, le jeune Mauricio va s'installer en France, toujours
habité par son île-mère, natale et mentale,
à la recherche de son destin, de l'art, de l'amour, de l'absolu,
de la « sagesse ». De rencontres en voyages, de souvenirs en projets,
sa quête est celle de l'exilé. L'exil, il en est souvent
question dans les livres d'Eduardo Manet (Rhapsodie cubaine
ou D'amour et d'exil, par exemple), un exil aussi
bien géographique que linguistique. « Que trahissons-nous
de nous-mêmes lorsque nous abandonnons notre langue maternelle ?
Et que faire de ce manque ? », se demande Mauricio.
C'est ce manque qu'il porte avec lui dans ses trajets entre Paris
et Biarritz, et jusqu'à Cuba, l'île qui ressemble tant
à la sienne. Ce manque qu'il paraît vouloir combler
en contemplant les vagues lors de ses longues marches au bord de
la mer. Mais Begonia, le grand amour qu'il attendait sans le savoir,
Begonia la spécialiste des grottes préhistoriques
du Pays Basque, aura vu clair dans les mystères de son amant :
« Ton problème ce n'est pas la mer, Mauricio. Tu n'as
pas coupé le cordon ombilical. C'est aussi simple que ça ».
Car les louvoiements du récit, les va-et-vient entre présent
et passé, entre Europe et Caraïbes, entre actualité
et souvenirs, tout tourne autour de la figure mythique de la mère,
cette belle Sarah Lévi-Lopez morte trop tôt, de qui
il tient son goût des livres et de la musique, pour qui il
écrivait des poèmes, qui hante ses rêves, et
dont la mémoire est une blessure sans cesse réveillée
au plus profond de lui-même.
Mauricio
Gomez-Ravel est un personnage attachant dont on ne perce pas complètement
les secrets ; exilé jusqu'à l'intérieur de
lui-même, ses tribulations, sa soif d'amour et sa recherche
de la « sagesse du singe » trahissent la quête profonde
et mystérieuse de tout être humain, la quête
de soi.
Jean-Pierre
Longre
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical.
Il a participé à l'édition des romans de Queneau
dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

Grasset
http://www.edition-grasset.fr
http://www.alsapresse.com/jdj/99/04/16/dossier/index.html
http://www.lire.fr/Francais/251_004944J.asp
http://www.magazine-litteraire.com/dossiers/caraibe.htm
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