Hirai Târo,
plus connu sous son pseudonyme, Edogawa Ranpo (la transposition
phonétique en Japonais d'Edgar Allan Poe, que l'auteur admirait),
est au Japon ce que W.W. Collins est à
l'Angleterre ou ce que Gaston Leroux est à la France : un
des fondateurs du genre policier d'investigation, populaire, soit,
mais parfois susceptible de dépasser le simple divertissement
pour atteindre des profondeurs psychologiques insoupçonnées,
même par le plus attentif des lecteurs. C'est le cas de ce
court roman policier dans lequel, dès le début, il
semble n'y avoir aucune différence entre l'auteur et le narrateur,
lui-même auteur de romans policier. Ce dernier s'improvise
détective pour les longs cils de Shizuko Oyamada, que son
ancien amant ne cesse de harceler par de cruelles lettres, menaçant
de tuer son mari (à qui elle n'a jamais confié son
erreur de jeunesse).
L'enquête qui suit est caractérisée par une
atmosphère de plus en plus étouffante et par la finesse
de l'analyse psychologique ; peu à peu, ce qui semblait être
un pur divertissement (pour le lecteur comme pour le narrateur)
et une investigation classique se révèle être
un abîme, les hypothèses ne cessant de se succéder
dans l'esprit de notre narrateur ; ce dernier, envoûté
par l'implicite soumission sexuelle de cette femme, plonge alors
"dans les délices diaboliques des plaisirs de la
chair" ; dans son enquête, il se révèle
être un fin limier, mais a la fâcheuse tendance à
réagir comme un esthète, un auteur de fiction, plutôt
qu'un homme, de sorte que la frontière entre monde réel
et univers fictionnel n'est jamais nette.
Ne révélons pas la chute de cette aventure, disons
simplement qu'elle se termine davantage comme un roman que comme
un policier...
B.Longre
A
lire sans faute, le court mais sarcastique récit qui complète
l'ouvrage et qui témoigne de l'intérêt de l'auteur
pour la psychologie : Le
test psychologique.

Chronique portant
sur La chambre rouge, du même
auteur.
http://www.mauvaisgenres.com/pebmm.htm
http://www.plathey.net/livres/japon/edogawa.html
|