d'Amos Gitai
d'après le roman Homely Girl d'Arthur Miller

Sélection officielle Festival de Venise 2001

France/Italie/Israël, 2001, durée 1h30
Sortie le 29 août 2001

avec Samantha Morton
Danny Huston et Thomas Jane

 

Le dernier film d'Amos Gitai est enveloppé d'une indicible douceur : pudeur des mouvements de caméras lents et caressants, montage et mise en scène « impressionnistes », nombreuses ellipses, fragile beauté des personnages et des paysages, souffle discret et récurent de la musique (quelques notes d'une symphonie de Mahler)…
Eden s'ouvre sur deux dialogues : dans le Connecticut, Kalman annonce à son père son départ imminent pour la « Terre promise » et sa volonté d'y faire fortune ; Samantha (la soeur de Kalman) discute avec son mari Dov, architecte, sur le sable d'un chantier en Palestine.
Les personnages, peu nombreux, évoluent en Palestine sous mandat britannique pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il s'agit d'une période clef : celle de la gestation d'un état (une scène propose une belle métaphore : Samantha amasse du sable sur son ventre en forme de dôme), où tous les possibles restent ouverts, même celui d'un état binational avec les arabes défendu par la gauche sioniste à l'époque.
Les fils des destins individuels, de la politique, des idéologies et des pages sombres de la guerre en Europe s'entremêlent peu à peu, le trajet des individus se faisant le reflet de la grande Histoire. Jamais cependant le cinéaste ne porte le moindre jugement. Samantha, personnage principal à la grâce diaphane, est emblématique de l'approche de Gitai : indécise, effacée et « neutre », elle oscille entre les thèses marxistes de son mari, l'âpreté au gain de son frère, et le nihilisme de son amant libraire.
Comme il l'avait fait avec Kippour (son opus précédent), Gitai revisite le passé d'Israël et de son peuple sans didactisme ni explication. Sa caméra se veut le témoin discret et attentif des fractures intimes, de la sensualité des choses, du contraste des discours et de la lumière du temps.
Frustrant le spectateur de tout point de vue simpliste, Eden donne à voir le réel dans toute sa complexité, faisant le pari qu'il est plus important de poser des questions que d'y apporter des réponses.

Jean-Emmanuel Denave

 

Kippour : lire la chronique de Sit'art Mag

Site consacré au réalisateur
http://www.indic.co.il/AmosGitai/

http://www.cinemed.tm.fr/asp/Personnes/realisateur_no.asp?code=1937

Festival de Venise
http://www.labiennale.org