|
Le dernier film
d'Amos Gitai est enveloppé d'une indicible douceur : pudeur
des mouvements de caméras lents et caressants, montage et
mise en scène « impressionnistes », nombreuses ellipses,
fragile beauté des personnages et des paysages, souffle discret
et récurent de la musique (quelques notes d'une symphonie
de Mahler)…
Eden s'ouvre sur deux dialogues : dans le Connecticut, Kalman annonce
à son père son départ imminent pour la « Terre
promise » et sa volonté d'y faire fortune ; Samantha (la
soeur de Kalman) discute avec son mari Dov, architecte, sur le sable
d'un chantier en Palestine.
Les personnages, peu nombreux, évoluent en Palestine sous
mandat britannique pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il s'agit
d'une période clef : celle de la gestation d'un état
(une scène propose une belle métaphore : Samantha
amasse du sable sur son ventre en forme de dôme), où
tous les possibles restent ouverts, même celui d'un état
binational avec les arabes défendu par la gauche sioniste
à l'époque.
Les fils des destins individuels, de la politique, des idéologies
et des pages sombres de la guerre en Europe s'entremêlent
peu à peu, le trajet des individus se faisant le reflet de
la grande Histoire. Jamais cependant le cinéaste ne porte
le moindre jugement. Samantha, personnage principal à la
grâce diaphane, est emblématique de l'approche de Gitai :
indécise, effacée et « neutre », elle oscille entre
les thèses marxistes de son mari, l'âpreté au
gain de son frère, et le nihilisme de son amant libraire.
Comme il l'avait fait avec Kippour
(son opus précédent), Gitai revisite le passé
d'Israël et de son peuple sans didactisme ni explication. Sa
caméra se veut le témoin discret et attentif des fractures
intimes, de la sensualité des choses, du contraste des discours
et de la lumière du temps.
Frustrant le spectateur de tout point de vue simpliste, Eden donne
à voir le réel dans toute sa complexité, faisant
le pari qu'il est plus important de poser des questions que d'y
apporter des réponses.
Jean-Emmanuel
Denave

Kippour
: lire la chronique de Sit'art Mag
Site consacré
au réalisateur
http://www.indic.co.il/AmosGitai/
http://www.cinemed.tm.fr/asp/Personnes/realisateur_no.asp?code=1937
Festival
de Venise
http://www.labiennale.org
|