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La main : « plus forte que le pixel » ?
L’ouvrage
est dédié à Robert Crumb, « maître
incontesté du lettrage manuscrit », qui, à
l'époque où le pixel n'esistait pas, traçait
ses lettres à la main, le seul outil qu’il ait eu à
sa disposition – comme le reste de l’humanité
des siècles durant. L’ustensile, soudainement supplanté
à grande échelle par le numérique, connaît
toutefois un regain d’attention de la part des artistes et
des graphistes et cet ouvrage entend le montrer à travers
des centaines d’exemples, en insistant sur l’expressivité
du lettrage manuscrit – opposable à la rigidité
et à la froideur mécanique du pixel ; comme si le
tout numérique avait engendré, en réaction,
un renouveau créatif que l’on ne peut plus ignorer.
Déjà
dans les années 1920-1930, certains graphistes avaient encore
recours à l’écriture manuelle, parfois pour
des raisons économiques, parfois pour se reposer des caractères
d’imprimerie préformatés et sortir des normes.
C’est à nouveau le cas depuis quelques années,
et ce livre propose un vaste tour d’horizon de ce mouvement
par le biais de divers supports, commentés avec pragmatisme
: couvertures de magazines et de livres, d’albums pour la
jeunesse (on aurait aimé voir davantage d’exemples
dans ce domaine), d’affiches (politiques, culturelles, etc.),
de publicités, de pochettes de CD, voire de pages Internet
! Pour mettre un peu d’ordre dans cette pléthore, les
auteurs ont choisi de diviser l’ouvrage en plusieurs parties,
chacune abordant cette révolution sous l’angle d’un
procédé, d’une technique artistique particulière
ou d’un concept ; les chapitres sont intitulés : «
Griffonner », « Gratter », «Calligraphier»,
« Ombrer », ou encore « ironiser » ou «
symboliser ».
Ainsi, le griffonnage
donne l’illusion d’un geste spontané (certains
lettrages imitent par exemple l’écriture enfantine),
et fait l’effet d’une improvisation créative
souvent associée à « l’idée
de contestation, d’opposition clandestine ». Le
grattage rejoint l’idée que l’on se fait de l’écriture
primitive et la force de ces messages est liée à l’effet
d’immédiateté qu’ils engendrent, jusqu’à
parfois atteindre des formes extrêmes (comme dans l’art
brut, ou encore la scarification – voir l’annonce d’une
conférence de Stefan Sagmeister que l’artiste a inscrit
sur sa peau à l’aide de lames de rasoirs…). L’ombrage,
lié traditionnellement à la peinture d’enseignes
ou aux artistes psychédéliques, permet une mise en
relief des caractères, de la lisibilité à l’illisibilité
- dans des formes exagérées. L’artiste qui s’essaiera
à la calligraphie, souvent associée à la seule
idée d’ornementation, peut aussi, tout en s’inspirant
d’anciennes traditions, faire montre d’inventivité,
une remarque valable aussi pour la broderie, une mode d’écriture
souvent rejeté et considéré comme peu sérieux
et pourtant source d’inspiration pour « les caractères
en mode point par point », pas si éloignés
que cela du pixel… Quant à la symbolisation, on la
trouve déjà dans certaines polices de caractères,
quand la fantaisie d’un alphabet s’adapte à un
thème ou à un contexte ; les lettres peuvent aussi
former des objets, et la texture de ces lettres est en symbiose
avec le message constitué et cet étonnant chapitre
regorge d’exemples inventifs : mots formées à
l’aide d’ossements, de brindilles, de sucre glace, de
plumes, de gouttes d’eau ou de verre pilé…

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C’est
ainsi un ouvrage complet et passionnant que proposent Steven
Heller, directeur artistique de la New York Times Book Review
et Mirko Ilic, un graphiste qui a expérimenté
certaines de ces nouvelles écritures manuscrites
dans son travail ; tous deux, sans rejeter en bloc la création
numérique (voir à ce propos le travail web
de Juliette Borda), s'interrogent cependant sur ses limites
à travers ces multiples contre-exemples stimulants.
Blandine
Longre
(juin 2005)
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http://www.mirkoilic.com/
http://www.allworth.com/Authors/Bio_SH.htm
http://www.thameshudson.fr/
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