L’école du désert
illustrations de Claire Delvaux
Tipik Cadet, Magnard jeunesse 2004
à partir de 7 ans

 

 

Un beau rêve de tablier bleu

Au Maroc, Noura habite dans un « douar », un village rural. Il faut une heure de marche dans le désert brûlant pour gagner la ville voisine, Oum Jrane, où se trouve l’école. Plus loin encore il y a Ouarzazate où habite le méchant oncle Mohammed. Tout un été Noura a dû travailler très dur pour cet homme horrible qui n’arrêtait pas de la traiter de feignante. De toute façon, la petite fille est déterminée, elle fera des études et sera médecin, n’est-ce pas « le plus beau des métiers puisqu’il donne le pouvoir de guérir » ? Seulement voilà : Noura est une fille et ses parents, Moussa et Bahia, sont trop pauvres, alors elle n’ira pas à l’école, elle ne portera pas de tablier bleu… « Elle est grande, maintenant, elle doit être raisonnable », tel était déjà le refrain de l’oncle Mohammed. Mais pourquoi Sami, son grand frère, peut-il profiter de l’école et pas elle ? Moussa tente de calmer Noura dont il comprend la détresse. L’enfant, décidée et résolue, s’enfuit de la maison et affronte le désert pour aller convaincre l’instituteur de son bon droit. Pendant ce temps Moussa disparaît : ne supportant pas le chagrin de sa fille, est-il parti pour toujours ?

Cécile Roumiguière construit un joli récit de quête et emporte le lecteur derrière une petite héroïne admirable. On est conquis par la détermination de Noura, par sa ténacité, son courage et sa force. Elle sait que l’école s’inscrit dans le chemin du progrès et de la connaissance. Elle arrive même à convaincre sa mère qu’elle aussi peut apprendre et transmettre : Bahia n’est pas « trop vieille », non, simplement elle a peut-être « peur » de lire… Noura émeut quand, malgré la réussite de son expédition, son cœur se serre à la pensée du père disparu. Elle fait rire quand, visant résolument l’avenir et se voyant déjà docteur, elle prévoit avec humour d’inventer « des chaussures refroidissantes pour marcher sur les sols trop chauds ».

L’auteur profite de l’aventure de Noura pour décrire la vie quotidienne dans un village du désert marocain, la nourriture et les traditions de ses habitants, les travaux, les jeux et les espoirs des enfants. Les illustrations de Claire Delvaux jalonnent agréablement l’histoire, en traduisent la sensibilité et participent à son réalisme. Ce petit livre très équilibré annonce une nouvelle collection jeunesse prometteuse, ouverte au monde.

Ecrit au présent et au futur, le roman initie tout en invitant à se projeter dans l’avenir. L’école et les apprentissages y sont valorisés. Les petits enfants français seront touchés par Noura «celle qui rayonne de lumière» ; ils découvriront une autre façon de vivre, une culture différente et un pays aux conditions naturelles parfois difficiles. Dans ce contexte délicat, Cécile Roumiguière a voulu conclure heureusement son récit : Moussa revient, porteur de bonnes nouvelles, et le méchant Mohammed se révèle meilleur. On imagine bien la fierté de Noura dans le tablier bleu, symbole de tous les possibles, qu’elle portera à la rentrée et qui, finalement, ne coûtera pas de sacrifice. Ainsi le jeune lecteur jusqu’au bout sera séduit par un beau rêve couleur de ciel…

Martine Falgayrac
(octobre 2004)

Martine Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

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