|
Un
beau rêve de tablier bleu
Au Maroc, Noura
habite dans un « douar », un village rural. Il faut
une heure de marche dans le désert brûlant pour gagner
la ville voisine, Oum Jrane, où se trouve l’école.
Plus loin encore il y a Ouarzazate où habite le méchant
oncle Mohammed. Tout un été Noura a dû travailler
très dur pour cet homme horrible qui n’arrêtait
pas de la traiter de feignante. De toute façon, la petite
fille est déterminée, elle fera des études
et sera médecin, n’est-ce pas « le plus beau
des métiers puisqu’il donne le pouvoir de guérir
» ? Seulement voilà : Noura est une fille et ses
parents, Moussa et Bahia, sont trop pauvres, alors elle n’ira
pas à l’école, elle ne portera pas de tablier
bleu… « Elle est grande, maintenant, elle doit être
raisonnable », tel était déjà le
refrain de l’oncle Mohammed. Mais pourquoi Sami, son grand
frère, peut-il profiter de l’école et pas elle
? Moussa tente de calmer Noura dont il comprend la détresse.
L’enfant, décidée et résolue, s’enfuit
de la maison et affronte le désert pour aller convaincre
l’instituteur de son bon droit. Pendant ce temps Moussa disparaît
: ne supportant pas le chagrin de sa fille, est-il parti pour toujours
?
 |
Cécile
Roumiguière construit un joli récit de quête
et emporte le lecteur derrière une petite héroïne
admirable. On est conquis par la détermination de Noura,
par sa ténacité, son courage et sa force. Elle
sait que l’école s’inscrit dans le chemin
du progrès et de la connaissance. Elle arrive même
à convaincre sa mère qu’elle aussi peut
apprendre et transmettre : Bahia n’est pas « trop
vieille », non, simplement elle a peut-être
« peur » de lire… Noura émeut
quand, malgré la réussite de son expédition,
son cœur se serre à la pensée du père
disparu. Elle fait rire quand, visant résolument l’avenir
et se voyant déjà docteur, elle prévoit
avec humour d’inventer « des chaussures refroidissantes
pour marcher sur les sols trop chauds ». |
L’auteur
profite de l’aventure de Noura pour décrire la vie
quotidienne dans un village du désert marocain, la nourriture
et les traditions de ses habitants, les travaux, les jeux et les
espoirs des enfants. Les illustrations de Claire Delvaux jalonnent
agréablement l’histoire, en traduisent la sensibilité
et participent à son réalisme. Ce petit livre très
équilibré annonce une nouvelle collection jeunesse
prometteuse, ouverte au monde.
Ecrit au présent
et au futur, le roman initie tout en invitant à se projeter
dans l’avenir. L’école et les apprentissages
y sont valorisés. Les petits enfants français seront
touchés par Noura «celle qui rayonne de lumière»
; ils découvriront une autre façon de vivre, une culture
différente et un pays aux conditions naturelles parfois difficiles.
Dans ce contexte délicat, Cécile Roumiguière
a voulu conclure heureusement son récit : Moussa revient,
porteur de bonnes nouvelles, et le méchant Mohammed se révèle
meilleur. On imagine bien la fierté de Noura dans le tablier
bleu, symbole de tous les possibles, qu’elle portera à
la rentrée et qui, finalement, ne coûtera pas de sacrifice.
Ainsi le jeune lecteur jusqu’au bout sera séduit par
un beau rêve couleur de ciel…
Martine
Falgayrac
(octobre 2004)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

http://www.magnard.fr/jeunesse/
|