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Généreux !
Édouard
Baer ou la générosité… oui, généreux
comme pas un, le metteur en scène, le comédien, la
bouille mal rasée mal coiffée, généreux
en vestons de velours, un sourire patent au milieu d’une grosse
troupe de vingt bonshommes et bonnes femmes généreusement
invités pour deux riches heures de spectacle, où le
rire le plus franc le partage au sourire le plus fin : voici La
folle et véritable vie de Luigi Prizzoti, récit
hétéroclite à saynètes autour d’un
personnage égocentriste généreux, Luigi, l’artiste
imaginaire grâce auquel Édouard Baer joue avec son
propre personnage, avec la gaieté d’un clown, dans
la fausse introspection d’un faux récit de formation,
offrant toute cette fausseté généreuse en improvisations
ciselées pour amis de la langue française, comme en
numéros de cirque bien inspirés, avec les acolytes
de toujours (Jean-Michel Lahmi, Francis von Litsenborgh), des nouveaux
venus bienvenus (Nader Boussandel), des invités fort sympathiques
(Philippe Duquesne) et des surprises qu’on dévoilera
d’autant moins qu’elles peuvent changer d’un spectacle
à l’autre, puisque ce spectacle « tourne »
depuis quelques temps maintenant (il tourne même en DVD, désormais),
c’est-à-dire qu’il change, en s’adaptant
à ses comédiens, comme à son public, d’ailleurs,
et à Lyon, Édouard Baer devient généreusement
lyonnais, comme il est parisien à Paris, comme on imagine
qu’il a même dû être marseillais à
Marseille (les aléas du métier), car la scène
selon lui est un espace de liberté, qui joue avec cette liberté
apparente, qui joue avec tout, un espace de jeu pour une troupe
délibérément protéiforme, absurde, haute
en couleurs, poussant le bouchon jusqu’à mettre aussi
en scène l’envers du décor, le point de vue
de l’artiste, mais aussi celui du public, ou de gens venus
d’Ailleurs (là encore, mieux vaut vous laisser la surprise),
un spectacle de mise en abîme mise en abîme dans une
mise en abîme du spectacle dans le spectacle, mais oui, du
carton-pâte qui s’amuse à la mélancolie,
comme à la profondeur (« j’ai laissé
la mort enterrer la mort », dit l’Artiste, et nous
méditons), pour faire un tour généreux des
sentiments humains, car l’artiste est comme tout un chacun,
la générosité en plus, le bagout, mais aussi
l’action, le spectaculaire, le goût des jolies poulettes,
avec de l’élégance tout de même, bref,
oui, bref, un sacré bazar comique qui puise dans tout l’immense
potentiel du théâtre, un one-man show à vingt
personnes qui vous fera rapidement renoncer à vouloir le
définir, pour mieux l’apprécier, enfin, une
envolée magique, onirique et ironique, qui ne tient pas en
un jeu de mots, ni en une seule phrase, et que je ne pourrai pas
mieux décrire, désolé, qu’en vous laissant
sur des points de suspension lourds de sous-entendus chaleureux,
après cet énième groupe nominal : « de
la déconne »…
Nicolas
Cavaillès
(décembre
2006)

Édouard
Baer, tout simplement
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