La folle et véritable vie de Luigi Prizzoti
Conçu et mis en scène par Édouard Baer
Lyon, Théâtre de la Croix-Rousse 19-21 décembre 2006
Paris, la Cigale, 5-20 janvier 2007



Généreux !

Édouard Baer ou la générosité… oui, généreux comme pas un, le metteur en scène, le comédien, la bouille mal rasée mal coiffée, généreux en vestons de velours, un sourire patent au milieu d’une grosse troupe de vingt bonshommes et bonnes femmes généreusement invités pour deux riches heures de spectacle, où le rire le plus franc le partage au sourire le plus fin : voici La folle et véritable vie de Luigi Prizzoti, récit hétéroclite à saynètes autour d’un personnage égocentriste généreux, Luigi, l’artiste imaginaire grâce auquel Édouard Baer joue avec son propre personnage, avec la gaieté d’un clown, dans la fausse introspection d’un faux récit de formation, offrant toute cette fausseté généreuse en improvisations ciselées pour amis de la langue française, comme en numéros de cirque bien inspirés, avec les acolytes de toujours (Jean-Michel Lahmi, Francis von Litsenborgh), des nouveaux venus bienvenus (Nader Boussandel), des invités fort sympathiques (Philippe Duquesne) et des surprises qu’on dévoilera d’autant moins qu’elles peuvent changer d’un spectacle à l’autre, puisque ce spectacle « tourne » depuis quelques temps maintenant (il tourne même en DVD, désormais), c’est-à-dire qu’il change, en s’adaptant à ses comédiens, comme à son public, d’ailleurs, et à Lyon, Édouard Baer devient généreusement lyonnais, comme il est parisien à Paris, comme on imagine qu’il a même dû être marseillais à Marseille (les aléas du métier), car la scène selon lui est un espace de liberté, qui joue avec cette liberté apparente, qui joue avec tout, un espace de jeu pour une troupe délibérément protéiforme, absurde, haute en couleurs, poussant le bouchon jusqu’à mettre aussi en scène l’envers du décor, le point de vue de l’artiste, mais aussi celui du public, ou de gens venus d’Ailleurs (là encore, mieux vaut vous laisser la surprise), un spectacle de mise en abîme mise en abîme dans une mise en abîme du spectacle dans le spectacle, mais oui, du carton-pâte qui s’amuse à la mélancolie, comme à la profondeur (« j’ai laissé la mort enterrer la mort », dit l’Artiste, et nous méditons), pour faire un tour généreux des sentiments humains, car l’artiste est comme tout un chacun, la générosité en plus, le bagout, mais aussi l’action, le spectaculaire, le goût des jolies poulettes, avec de l’élégance tout de même, bref, oui, bref, un sacré bazar comique qui puise dans tout l’immense potentiel du théâtre, un one-man show à vingt personnes qui vous fera rapidement renoncer à vouloir le définir, pour mieux l’apprécier, enfin, une envolée magique, onirique et ironique, qui ne tient pas en un jeu de mots, ni en une seule phrase, et que je ne pourrai pas mieux décrire, désolé, qu’en vous laissant sur des points de suspension lourds de sous-entendus chaleureux, après cet énième groupe nominal : « de la déconne »…

Nicolas Cavaillès
(décembre 2006)

Édouard Baer, tout simplement
http://ebaertoutsimplement.typepad.fr

http://www.edouardbaerlemusichall.com

http://www.croix-rousse.com/

http://www.lacigale.fr