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Rififiction
dans l’édition jeunesse
Non, La
Gloire de mon frère n’est pas un remake
de Pagnol mais est construit à partir d’un soupçon
d’autobiographie. Ce court roman reprend de façon tout
à fait originale l’histoire du premier roman d’Emmanuel
Arnaud, Les Trilingues, édité
lui aussi au Rouergue (2006). Il reprend non les personnages, ni
l’intrigue ni les thèmes, mais l’histoire de
la publication d’un roman pour ados et la découverte
que l’auteur a faite des métiers de l’édition
à cette occasion. Éditrice, correctrice, conseillère,
une certaine Sophie, guide l’écriture finale, pilote
l’auteur dans les salons du livre, interviews, etc. et veille
à l’avenir de l’œuvre.
Tout cela est une fiction et non une autobiographie, même
si le premier roman évoqué s’intitule ici Les
Bilingues, le second Les Trilingues, etc. (c’est
d’une série qu’il est ici question) et si l’expérience
de ce premier roman a pu nourrir l’oeuvre.
L’auteur-personnage du roman, narrateur de cette histoire,
s’appelle Hector Fenouilh. Il a 12 ans et il écrit.
Le problème vient de cette conjonction : que faire, quand
on a douze ans et qu’on veut être pris au sérieux
? La solution proposée est logique : on prend un AAO (Adulte
Auteur Officiel) qui se fait passer pour l’auteur et on continue
à écrire dans l’ombre tandis que l’autre
répond aux questions et boit du champagne. C’est aussi
une fiction totale, un conte de fées moderne – comme
on l’a dit de J. K. Rowlings – dans la mesure où
le roman d’Hector a un énorme succès, est traduit
en plusieurs langues (dont le chinois) et est très vite adapté
pour le cinéma.
L’AAO choisi par Hector est son grand frère, Jean-Luc,
22 ans, qui fait des études dans une école d’ingénieur
(tiens ! comme l’auteur E. Arnaud quelques années auparavant),
pas très futé, d’après son petit frère.
Son humour est passablement lourd, Il ne connaît rien à
la littérature (à part Hector Malot qu’on l’a
obligé à lire quand il était petit) ; il ne
s’intéresse qu’aux filles et à ce qui
permet de les attirer (lunettes de soleil, argent, …). De
cette situation naissent des scènes comiques, où Hector
s’inquiète des bourdes de son substitut, et des situations
paradoxales, où il doit se faire le porte-parole de son frère
auprès d’une belle : restant dans l’ombre (façon
Cyrano). Il lui dicte des SMS en haïkus et d’autres messages
poétiques, alors que de son côté il est pris
par les mêmes affres amoureuses : doit-il révéler
à celle qu’il aime (la fille de l’éditrice)
qui il est ? Comme Superman/Clark.
On ne dira pas le retournement très savoureux des derniers
chapitres, afin de ne pas gâcher la surprise, mais on peut
tout de même indiquer que la fin révèle que
bien des œuvres très célèbres ont d’après
cette histoire profité d’une supercherie semblable
(du rôle des enfants cachés dans la grande littérature).
La fascination d’Hector pour la littérature adulte
inspire de belles pages, paradoxales bien sûr, sur les différences
entre littérature adulte et littérature pour ados
et les contraintes qui pèsent sur l’une comme sur l’autre.
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On
ne peut que se réjouir que l’écriture
soit ainsi valorisée : passion pour l’un, source
de profit et d’autres bénéfices pour l’autre,
elle fait de l’auteur un héros des temps modernes,
le lien avec Superman n’est pas qu’occasionnel.
Enfin, le portrait de l’édition jeunesse brossé
ici, souvent caricatural et comique, entre création
et commerce (notamment à travers la ressource facile
des séries), quête de talents et manipulations
par les médias (notamment via les critiques sur la
toile…) est très intéressant et mérite
d’être médité (tout comme la place
faite chez nous à la littérature bouldave, trop
mal connue comme on sait).
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
(novembre 2007)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

http://www.lerouergue.com
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