|
Barbe à papa
Un géniteur
absent et une mère (mal) remariée. Une profession
exercée sans conviction (auteur à succès pour
la jeunesse, avec son best-seller Les Carottes géantes
attaquent). Un appartement deux pièces à Paris.
Quelques copains. Des aventures. « C’était
ça, ma vie, en creux et en bosses. » Telle est
la situation de notre pré-quadragénaire cynique et
velléitaire, embourbé dans un quotidien sans enthousiasme(s).

|
Un
soir, au cours d’un dîner organisé par
Fabio, son ami et éditeur, il rencontre l’amour,
les frissons et tout le tintouin en Kiki, illustratrice de
son état, pour qui il deviendra le « Gros Toto
» pendant quatre années hautes en couleurs. L’idylle
s’évanouira en un clin d’œil pour
une éprouvette de spermatozoïdes trop peu performants.
De coups de blues en fiascos, la scoumoune s’accroche
alors. Et les femmes à barbe s’approchent encore.
Les femmes à barbe ? Une catégorie d’humanoïdes
qui réunit une population éclectique et malintentionnée.
Ou, plus simplement, les incarnations d’un même
traumatisme d’enfance – relayé par une
bien singulière mythologie – englobant ces personnes
qui prennent un malin plaisir à contrarier le destin
d’autrui. À un désarroi d’adulte
répond ici une imagerie de môme. |
Mais tout bascule
lorsque le narrateur meurt, au propre comme au figuré, la
nuit de son anniversaire, peut-être inspiré par cette
réplique de film : « Jetez vos mauvaises cartes,
Vienna! Johnny Guitare vous en offre de nouvelles. »
Au placard donc son ancienne peau ; va pour la marginalité
dorée, facilitée par un boulot pour le moins déconcertant.
Il mène une sympathique et distante existence, jusqu’au
moment où Charlotte surgit. Celle-ci affiche vingt-cinq ans
et une étrange revendication derrière sa barbe…
Dans cette histoire
d’un homme qui se coupe de son passé, pour en être
rattrapé de la façon la plus inattendue, la question
de la paternité est posée d’une manière
décalée, ce qui colle au ton du livre. Usant d’une
langue sans prétention, précise, sautillante et pétillante,
Dominique Zay nous régale d’un texte unique, pour faire
mouche. Arsène Lupin, Carlo Giuliani, Cabrel, Kouchner exécutent
aussi de rapides entrechats dans ce curieux ballet orchestré
de main de maître par un écrivain français qui
signe déjà son cinquième opus. Un petit trésor,
mis en avant par les dynamiques et étonnantes éditions
Après la Lune, qui nous happe dès les premiers mots.
Drôlement caustique et caustiquement drôle. Une friandise
acidulée à déguster sans modération.
Samia
Hammami
(juillet 2006)
Samia
Hammami, licenciée et agrégée
en langues et littératures romanes, a rédigé
un mémoire sur « La figure de la prostituée
dans l’œuvre romanesque d’André
Baillon ». Détentrice d’un Master en FLES,
elle est actuellement professeur de français langue étrangère
à l’Université de Liège. Elle est correctrice
de la revue Jibrile.

http://apreslalune.free.fr/
|