C’est toujours la faute à la femme à barbe
de Dominique Zay

Après la lune, 2006

 

 


Barbe à papa

Un géniteur absent et une mère (mal) remariée. Une profession exercée sans conviction (auteur à succès pour la jeunesse, avec son best-seller Les Carottes géantes attaquent). Un appartement deux pièces à Paris. Quelques copains. Des aventures. « C’était ça, ma vie, en creux et en bosses. » Telle est la situation de notre pré-quadragénaire cynique et velléitaire, embourbé dans un quotidien sans enthousiasme(s).


Un soir, au cours d’un dîner organisé par Fabio, son ami et éditeur, il rencontre l’amour, les frissons et tout le tintouin en Kiki, illustratrice de son état, pour qui il deviendra le « Gros Toto » pendant quatre années hautes en couleurs. L’idylle s’évanouira en un clin d’œil pour une éprouvette de spermatozoïdes trop peu performants. De coups de blues en fiascos, la scoumoune s’accroche alors. Et les femmes à barbe s’approchent encore. Les femmes à barbe ? Une catégorie d’humanoïdes qui réunit une population éclectique et malintentionnée. Ou, plus simplement, les incarnations d’un même traumatisme d’enfance – relayé par une bien singulière mythologie – englobant ces personnes qui prennent un malin plaisir à contrarier le destin d’autrui. À un désarroi d’adulte répond ici une imagerie de môme.

Mais tout bascule lorsque le narrateur meurt, au propre comme au figuré, la nuit de son anniversaire, peut-être inspiré par cette réplique de film : « Jetez vos mauvaises cartes, Vienna! Johnny Guitare vous en offre de nouvelles. » Au placard donc son ancienne peau ; va pour la marginalité dorée, facilitée par un boulot pour le moins déconcertant. Il mène une sympathique et distante existence, jusqu’au moment où Charlotte surgit. Celle-ci affiche vingt-cinq ans et une étrange revendication derrière sa barbe…

Dans cette histoire d’un homme qui se coupe de son passé, pour en être rattrapé de la façon la plus inattendue, la question de la paternité est posée d’une manière décalée, ce qui colle au ton du livre. Usant d’une langue sans prétention, précise, sautillante et pétillante, Dominique Zay nous régale d’un texte unique, pour faire mouche. Arsène Lupin, Carlo Giuliani, Cabrel, Kouchner exécutent aussi de rapides entrechats dans ce curieux ballet orchestré de main de maître par un écrivain français qui signe déjà son cinquième opus. Un petit trésor, mis en avant par les dynamiques et étonnantes éditions Après la Lune, qui nous happe dès les premiers mots. Drôlement caustique et caustiquement drôle. Une friandise acidulée à déguster sans modération.

Samia Hammami
(juillet 2006)

Samia Hammami, licenciée et agrégée en langues et littératures romanes, a rédigé un mémoire sur « La figure de la prostituée dans l’œuvre romanesque d’André Baillon ». Détentrice d’un Master en FLES, elle est actuellement professeur de français langue étrangère à l’Université de Liège. Elle est correctrice de la revue Jibrile.

 

http://apreslalune.free.fr/