Pont des arts
Éditions P.O.L.
Traduit du roumain par Alain Paruit

 

Du même auteur : Attente, POL, 2003

 

Le pont des rats...

Dumitru Tsepeneag, après avoir publié trois ouvrages en français (Le mot sablier, qui relate le difficile passage d'une langue à l'autre, Roman de gare et Pigeon vole) est revenu au roumain avec Hôtel Europa (voir dans le bulletin de Rhône Roumanie n° 14 , l'article de R. Bataturesco), puis Pont des arts.

On peut soupçonner l'auteur de profiter de son bilinguisme pour, tout en rédigeant dans sa langue natale, penser en français des passages entiers du roman. Pont des arts se présente comme une suite d'Hôtel Europa, aussi bouillonnante dans l'écriture et les relations des personnages entre eux. Personnages que l'on retrouve d'un roman à l'autre, mais qui mêlent sans vergogne l'Auteur à leurs intrigues (Auteur qui, par là, prend le statut de personnage fictif, d'autant plus qu'il s'adjoint un double, Ed Pastenague - anagramme de D. Tsepeneag et pseudonyme sous lequel il publia Pigeon vole...). Où est la fiction, où la réalité? Celle-ci, en tout cas, est bien présente, sous la forme de faits divers soigneusement découpés dans les journaux par le narrateur et sa compagne, et transcrits dans le corps du roman; sous la forme aussi d'échappées dans l'actualité la plus immédiate: la guerre de Bosnie, la situation en Roumanie, et même l'affaire du Pont des Arts dont Jacques Chirac a voulu faire cadeau à la ville de Kyoto, initiative contre laquelle des communistes japonais viennent manifester à Paris !

Récit foisonnant, mais rythmé par des images récurrentes : les pigeons sur la fenêtre, le chat du foyer, le couple d'étrangers qui se fait alpaguer par une escouade de contrôleurs de la RATP, ce qui donne lieu à une page mémorable concernant l'image des Roumains en France... Images, et jeux anagrammatiques sur les mots: alors que le prénom bien français de Marianne, compagne de l'auteur, semble se superposer à ceux des figures fictives Maria et Ana, les lettres dansent sur le Pont des Arts qui est aussi celui des Rats et, pourquoi pas, du Tsar... Soyons en sûrs, chaque lecture de Pont des arts serait l'occasion de débusquer d'autres secrets, qui laissent transparaître leurs silhouettes sans se dévoiler entièrement.

JP. Longre

Jean-Pierre Longre, enseignant en littérature du XXème siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison des langages littéraire et musical. Il a participé à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

http://www.pol-editeur.fr/

Littérature roumaine
http://www.bnf.fr/pages/liens/d4/sle/roumanie-sle-d4.html

http://allromania.com/rhone/bl24/francophonie.htm

http://www.complete-review.com/reviews/romania/tsepend.htm