Ecoloville
de Jean-Yves Duhoo
Hachette littératures, 2006
(La Fouine illustrée)

 

 

Space-opera

Jean-Yves Duhoo inaugure ici un genre peu exploré encore en bande dessinée, le reportage d’anticipation. On entre dedans comme dans un space-opera ! Il explique en préambule que les innovations technologiques et écologiques dont il est question existent déjà, soit à l’état de projet, soit expérimentées à des échelles locales.

2015 : le réchauffement climatique provoque une rapide montée des eaux et la destruction des villes côtières. Il faut donc reloger dans l’urgence vingt millions de personnes dans une Futureville à construire de toutes pièces. Il existe déjà un modèle phare en matière d’environnement, Ecoloville, fondée en 2008 par des écologistes.
C’est donc là que débarque la délégation chargée de réfléchir sur la nouvelle ville. Ses membres ont tant à découvrir : le POUL (Plan d’Occupation Urbanistique Local), le marché, les deux millions de m2 de panneaux solaires qui assurent une indépendance énergétique partielle, l’incontournable société Tricel, qui gère le recyclage des déchets, les nuages qui passent et qui paralysent les ascenseurs, les menus écolos qui ne font pas toujours saliver, l’Iceberg rescapé du Pôle Nord et pieusement conservé en ville, telle une relique.

Le paradis, Ecoloville ? Pas si sûr ! Faut voir ! Il y a les Alternos, écolos purs et durs des friches du Nord, qui ne rigolent ni avec les idéaux ni avec les milices ou le libéralisme larvé. Il y a les vélos qui laissent la place aux autos et aux embouteillages, même si elles roulent au biocarburant. Il y a Tricel qui dicte sa loi… économique parfois de manière musclée. Il y a le système de régulation thermique de la ville qui a quelques faiblesses, entraînant des surchauffes. Il y a l’homme de l’ombre, scientifique visionnaire et asocial, savant fou fêlé et génial, sur lequel, hélas, repose TOUT le système…

Même si le sourire se coince parfois, on se régale à lire cette fable sociale que Duhoo raconte avec brio et désenchantement parfois, à découvrir une ville construite sur des principes écologiques très rigoureux, qui n’est nullement une utopie et qu’il serait donc possible de créer et d’habiter aujourd’hui, en utilisant nos technologies. Pour autant, fait-il bon y vivre à Ecoloville? Pas vraiment ! Le ton est vif, ironique, acerbe et Duhoo montre rapidement les limites et les grains de sable qui enrayent ce beau système : privatisation excessive, pouvoir de l’argent, partages inégaux… et l’esprit humain qui s’emballe comme une chaudière mal réglée. A lire, à méditer, à diffuser.

Catherine Gentile
(mars 2006)

Catherine Gentile est documentaliste, formatrice en littérature jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville et auteur de Bulles en stock (Bibliographie sélective et commentée de bandes dessinées, Ed. Cedis, 1999) ; elle chronique aussi littérature de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI.

Jean-Yves Duhoo est illustrateur et il travaille pour de nombreux journaux et magazines : Bang !, Libération, Science et vie junior, Capsule cosmique. Il a été professeur de dessin au Japon. Il a publié Sainte fabrique (L’Association) et, très récemment, il a dessiné L’Inconnu à la déverse, sur un scénario de Dorothée de Monfreid, publié dans la nouvelle collection Onomatopée, chez Lito.

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