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Space-opera
Jean-Yves
Duhoo inaugure ici un genre peu exploré encore en bande dessinée,
le reportage d’anticipation. On entre dedans comme dans un
space-opera ! Il explique en préambule que les innovations
technologiques et écologiques dont il est question existent
déjà, soit à l’état de projet,
soit expérimentées à des échelles locales.
2015
: le réchauffement climatique provoque une rapide montée
des eaux et la destruction des villes côtières. Il
faut donc reloger dans l’urgence vingt millions de personnes
dans une Futureville à construire de toutes pièces.
Il existe déjà un modèle phare en matière
d’environnement, Ecoloville, fondée en 2008 par des
écologistes.
C’est donc là que débarque la délégation
chargée de réfléchir sur la nouvelle ville.
Ses membres ont tant à découvrir : le POUL (Plan d’Occupation
Urbanistique Local), le marché, les deux millions de m2 de
panneaux solaires qui assurent une indépendance énergétique
partielle, l’incontournable société Tricel,
qui gère le recyclage des déchets, les nuages qui
passent et qui paralysent les ascenseurs, les menus écolos
qui ne font pas toujours saliver, l’Iceberg rescapé
du Pôle Nord et pieusement conservé en ville, telle
une relique.
Le
paradis, Ecoloville ? Pas si sûr ! Faut voir ! Il y a les
Alternos, écolos purs et durs des friches du Nord, qui ne
rigolent ni avec les idéaux ni avec les milices ou le libéralisme
larvé. Il y a les vélos qui laissent la place aux
autos et aux embouteillages, même si elles roulent au biocarburant.
Il y a Tricel qui dicte sa loi… économique parfois
de manière musclée. Il y a le système de régulation
thermique de la ville qui a quelques faiblesses, entraînant
des surchauffes. Il y a l’homme de l’ombre, scientifique
visionnaire et asocial, savant fou fêlé et génial,
sur lequel, hélas, repose TOUT le système…
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Même
si le sourire se coince parfois, on se régale à
lire cette fable sociale que Duhoo raconte avec brio et désenchantement
parfois, à découvrir une ville construite sur
des principes écologiques très rigoureux, qui
n’est nullement une utopie et qu’il serait donc
possible de créer et d’habiter aujourd’hui,
en utilisant nos technologies. Pour autant, fait-il bon y
vivre à Ecoloville? Pas vraiment ! Le ton est vif,
ironique, acerbe et Duhoo montre rapidement les limites et
les grains de sable qui enrayent ce beau système :
privatisation excessive, pouvoir de l’argent, partages
inégaux… et l’esprit humain qui s’emballe
comme une chaudière mal réglée. A lire,
à méditer, à diffuser.
Catherine
Gentile
(mars 2006) |
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
Ed. Cedis, 1999) ; elle chronique aussi littérature de jeunesse
et bande dessinée dans la revue Inter CDI.

Jean-Yves
Duhoo est illustrateur et il travaille pour de nombreux journaux
et magazines : Bang !, Libération, Science et vie junior,
Capsule cosmique. Il a été professeur de dessin
au Japon. Il a publié Sainte fabrique
(L’Association) et, très récemment, il a dessiné
L’Inconnu à la déverse,
sur un scénario de Dorothée
de Monfreid, publié dans la nouvelle collection Onomatopée,
chez Lito.
http://www.hachette-litteratures.com
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