Portraits des dames d'Egypte
Julliard, 2002

parution en poche, août 2005
(Pocket)

 

Poésie picturale

Portraits des Dames d'Egypte plonge le lecteur au beau milieu de la campagne d'Egypte de Bonaparte (1798-1801), une expédition scientifique mais surtout militaire, visant à contrôler la route des Indes ; des milliers d'hommes prêts au combat et tentés par les pillages à venir et les douceurs mythiques de l'Orient. Parmi eux, un artiste peintre, Camille Puteaux, qui jusque là n'a peint que la bravoure guerrière et le sang des batailles ; mais la guerre l'écoeure et il sait que désormais, les femmes honoreront ses tableaux. Il s'embarque avec les troupes en mai 1798 et rêve déjà les femmes orientales qui bientôt peupleront ses toiles encore vierges. Tout ce qu'il trouve au long de son voyage le laisse pourtant sur sa faim : quelques ombres voilées, des figures de proues et des femmes imaginaires... Arrivé au Caire en juillet, le peintre est littéralement enivré par les senteurs nouvelles des épices et des vents sableux venus du désert. Plus il y séjourne, plus il se fait audacieux et mêle à ses pigments des ingrédients locaux, du khôl et de la cannelle, puis le limon fertile et la sueur des hommes lors de traversées du désert. De retour au Caire, il abandonne l'armée de la république et s'installe enfin dans ce pays, comme adopté, toujours en quête de la dame des dames, une Isis universelle, synthèse de toutes les femmes, un idéal esthétique et sentimental, érotique et poétique tout à la fois : "Lui espérait le miracle, ce jour béni où se mélangerait dans ses couleurs la pierre philosophale, la substance alchimique qui ferait vraiment de lui le peintre des femmes..."
Là, pour tromper l'attente, le peintre se fait poète et magicien, laissant voguer cette imagination d'où sont nés ses portraits de dames : il nous conte alors chacune des histoires qui se dissimulent sous la surface plane de ses oeuvres ; car chacune des nouvelles a un titre qui est aussi celui d'une toile de Puteaux et dévoile un monde parallèle, jusqu'à présent occulté par la campagne militaire ; une multitude de récits se succèdent, poignants et poétiques, pathétiques et cocasses, et tous semblent imprégnés des paradoxes de l'Orient tel qu'il est fantasmé par les occidentaux : un Orient où raffinement et barbarie se côtoient, où cruauté et tendresse cohabitent, où rêve et réalité sont inextricablement mêlés, comme dans La Dame des sables ; la veine fantastique est ici merveilleusement bien exploitée, comme dans La main de la mahométane ou La dame au grain de beauté, ou La Fellah bleue de la conciergerie ; la plupart mettent en scène des soldats las et souvent désoeuvrés, des "hommes qui ont senti le néant de cette aventure",
et la tragédie d'Antoine, le général romain irrésistiblement attiré par Cléopâtre l'ensorceleuse, ne semble jamais loin. Certains sont voués à demeurer sur une terre qui peut se faire accueillante, comme le soldat Guyon dans La Dame du Mamelouk à l'oreille coupée mais d'autres, comme les militaires rencontrés dans La fiancée de Jaffa, n'ont aucune idée du terrible sort qui les attend, se croyant invulnérable face à une simple jeune fille qui donne son corps sans honte. Ces contes résonnent comme des récits surnaturels ramenés de lointains voyages et que l'on échangerait un soir d'hiver et tous, jusqu'au dernier (un épilogue au dénouement très espiègle et où l'on retrouve l'artiste), enchantent le lecteur.

Blandine Longre
(mai 2002)

http://www.julliard.fr

http://2terres.hautesavoie.net/cegypte/texte/caegysa0.html

http://www.louvre.fr/francais/collec/ae/ae_hp.htm

http://www.napoleon.org/fr/salle_lecture/articles/files/Origine

http://www.arte-tv.com/hebdo/dessouscartes/19980704/ftext/start.html