Poésie picturale
Portraits
des Dames d'Egypte plonge le lecteur au beau milieu de la
campagne d'Egypte de Bonaparte (1798-1801), une expédition
scientifique mais surtout militaire, visant à contrôler
la route des Indes ; des milliers d'hommes prêts au combat
et tentés par les pillages à venir et les douceurs
mythiques de l'Orient. Parmi eux, un artiste peintre, Camille Puteaux,
qui jusque là n'a peint que la bravoure guerrière
et le sang des batailles ; mais la guerre l'écoeure et il
sait que désormais, les femmes honoreront ses tableaux. Il
s'embarque avec les troupes en mai 1798 et rêve déjà
les femmes orientales qui bientôt peupleront ses toiles encore
vierges. Tout ce qu'il trouve au long de son voyage le laisse pourtant
sur sa faim : quelques ombres voilées, des figures de proues
et des femmes imaginaires... Arrivé au Caire en juillet,
le peintre est littéralement enivré par les senteurs
nouvelles des épices et des vents sableux venus du désert.
Plus il y séjourne, plus il se fait audacieux et mêle
à ses pigments des ingrédients locaux, du khôl
et de la cannelle, puis le limon fertile et la sueur des hommes
lors de traversées du désert. De retour au Caire,
il abandonne l'armée de la république et s'installe
enfin dans ce pays, comme adopté, toujours en quête
de la dame des dames, une Isis universelle, synthèse de toutes
les femmes, un idéal esthétique et sentimental, érotique
et poétique tout à la fois : "Lui espérait
le miracle, ce jour béni où se mélangerait
dans ses couleurs la pierre philosophale, la substance alchimique
qui ferait vraiment de lui le peintre des femmes..."
Là, pour tromper l'attente, le peintre se fait poète
et magicien, laissant voguer cette imagination d'où sont
nés ses portraits de dames : il nous conte alors chacune
des histoires qui se dissimulent sous la surface plane de ses oeuvres
; car chacune des nouvelles a un titre qui est aussi celui d'une
toile de Puteaux et dévoile un monde parallèle, jusqu'à
présent occulté par la campagne militaire ; une multitude
de récits se succèdent, poignants et poétiques,
pathétiques et cocasses, et tous semblent imprégnés
des paradoxes de l'Orient tel qu'il est fantasmé par les
occidentaux : un Orient où raffinement et barbarie se côtoient,
où cruauté et tendresse cohabitent, où rêve
et réalité sont inextricablement mêlés,
comme dans La Dame des sables ; la veine fantastique est
ici merveilleusement bien exploitée, comme dans La main
de la mahométane ou La dame au grain de beauté,
ou La Fellah bleue de la conciergerie ; la plupart mettent
en scène des soldats las et souvent désoeuvrés,
des "hommes qui ont senti le néant de cette aventure",
et la
tragédie d'Antoine, le général romain irrésistiblement
attiré par Cléopâtre l'ensorceleuse, ne semble
jamais loin. Certains sont voués à demeurer sur une
terre qui peut se faire accueillante, comme le soldat Guyon dans
La Dame du Mamelouk à l'oreille coupée mais
d'autres, comme les militaires rencontrés dans La fiancée
de Jaffa, n'ont aucune idée du terrible sort qui les
attend, se croyant invulnérable face à une simple
jeune fille qui donne son corps sans honte. Ces contes résonnent
comme des récits surnaturels ramenés de lointains
voyages et que l'on échangerait un soir d'hiver et tous,
jusqu'au dernier (un épilogue au dénouement très
espiègle et où l'on retrouve l'artiste), enchantent
le lecteur.
Blandine
Longre
(mai 2002)

http://www.julliard.fr
http://2terres.hautesavoie.net/cegypte/texte/caegysa0.html
http://www.louvre.fr/francais/collec/ae/ae_hp.htm
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http://www.arte-tv.com/hebdo/dessouscartes/19980704/ftext/start.html
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