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Chronique
du dernier demi-siècle : un naufrage
Comme en arrière-plan,
s’écoule le temps politique, la succession des mandats
présidentiels (De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing,
Mitterrand I, Mitterrand II, Chirac I, Chirac II…). Sur la
scène elle-même, se joue la vie personnelle du narrateur,
Paul Blick, avec les péripéties qui jalonnent une
existence faite d’immobilisme et de tourments, de laisser-faire
et de bonds en avant.
Mais les deux
plans, le décor et la pièce qui se déploie
sous nos yeux ne sont pas aussi distincts qu’il n’y
paraît ; ils se rejoignent, se croisent, se superposent :
on a bien affaire à une « vie française »,
celle d’un homme de notre époque et de notre contrée
qui cherche sa voie, qui pense parfois l’avoir trouvée,
qui la perd ou pense l’avoir perdue ; un homme qui déroule
son histoire cahoteuse au milieu d’une Histoire dont le propre
déroulement chaotique ne peut être enrayé.
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Jean-Paul
Dubois, donc, nous plonge directement dans les perturbations
de la vie de Paul Blick, depuis la première tempête
vécue par l’enfant – la mort de son frère
– jusqu’à la dernière –
la mort de sa femme dans des circonstances qu’il devra
apprendre à maîtriser, puisqu’elle entraînera
les désillusions, la ruine financière, la
maladie de sa fille, et que l’autre femme de sa vie,
sa mère, s’effacera à son tour en toute
lucidité politique… Entre temps, il y aura
eu mai 68, une jeunesse d’étudiant en sociologie
(c’est-à-dire tournée vers beaucoup
d’autres préoccupations que les études),
les amours et les amitiés, la musique, les changements
de cap, le mariage, les enfants et le travail d’homme
au foyer, les courts et longs voyages à la recherche
d’arbres à photographier, figés dans
leur solitude orgueilleuse, une solitude dans laquelle Paul
Blick se reconnaît lui-même, repoussant les
sollicitations sociales, relationnelles, professionnelles
et politiques (une drôle d’intervention de Mitterrand,
notamment).
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Chronique du
dernier demi-siècle, compte rendu d’une initiation
(initiation au vieillissement et au désenchantement, et aussi
à une vie qui ne demande qu’à se construire
ou au moins à se dessiner), récit d’un naufrage
auquel on tâche de réchapper tant bien que mal (et
la véritable confrontation avec les éléments
déchaînés subie par Paul et son beau-père
une nuit d’orage méditerranéen s’impose
comme une récapitulation concrète de la situation),
tragi-comédie pathétique ou drame socio-familial,
incessant questionnement individuel qui demeurera sans réponses,
traversée d’un territoire parsemé de viaducs,
de tunnels, de paysages lumineux et de sombres pièges…
Une vie française est tout cela
à la fois : sous un titre dont l’apparente simplicité
annonce un programme dense et périlleux, un vrai roman d’aujourd’hui,
personnel et universel.
Jean-Pierre
Longre
(novembre 2004)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème
siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est
l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

http://www.prix-litteraires.net/femina.php
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