L’arbre à méduses
de Mylène Dressler

traduit de l’anglais par Bernard Turle
Philippe Rey, 2007

 

 

« Que c’est paisible de s’immerger dans l’histoire d’autrui ! »

Beau roman intergénérationnel, composé de plusieurs portraits de femmes, L’arbre à méduses nous transporte dans un univers clos mais pas nécessairement étouffant, dans la vie intérieure d’une jeune danseuse qui s’apprête à abandonner sa carrière et échapper, d’une certaine façon, à une tradition familiale dans laquelle elle s’est laissé entraîner sans en avoir conscience. C’est donc Marget qui se raconte, mais elle raconte aussi ses deux grand-mères si surprenantes, qui vivent en couple depuis des années – un duo mal assorti, en apparence ; car les deux femmes, maintenant installées en Californie, s’aiment et se soutiennent l’une l’autre depuis leur rencontre en Indonésie pendant la seconde guerre mondiale : Gerda, solide et autoritaire, qui mène (et parfois sauve) son petit monde depuis toujours et Fanny, discrète et docile.
Marget est venue les rejoindre dans leur maison, d’abord pour elles, pour les aider (Gerda est censée se faire opérer sous peu) mais aussi pour elle-même ; retour aux sources, pèlerinage narratif aussi, tandis que Marget tâche de glaner ici ou là quelques tranches de vie passées de ses grands-mères, en y mêlant ce qu’elle sait ou apprend sur sa propre mère, la fille de Fanny ; Marget se fait enquêteuse, cherche à ouvrir les « tiroirs fermés » par Gerda et Fanny, mais aussi par Tante Pippy, la sœur de Gerda ou par sa fille Corinne, certes plus extravertie ; une façon pour elle de se comprendre, d’accepter sa maternité à venir et de s’inscrire à son tour dans la riche histoire de cette famille pas comme les autres, une famille qui s’est construite au fil du temps sans les hommes (éternels absents, inconnus, morts ou partis), entre Orient et Occident, entre l’Indonésie, la Hollande et les Etats-Unis.

Cette suite de petits épisodes permet de retracer de façon désordonnée un passé hétéroclite, pas toujours reluisant, qui court toujours dans la mémoire de Gerda et de Fanny, en parallèle au temps présent ; l’auteure est ici parvenue à insuffler la vie à des personnages attachants en s’attardant sur quelques détails seulement, par petites touches impressionnistes qui captent l’essentiel tout en donnant envie d’en savoir toujours plus sur les protagonistes, qui se livrent timidement ou non. Les passages indonésiens (lors de l’occupation japonaise) sont particulièrement passionnants et donnent à voir un monde révolu, tout en soulignant le courage de Gerda et de sa tribu.

Blandine Longre
(mars 2007)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

 

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