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«
Que c’est paisible de s’immerger dans l’histoire
d’autrui ! »
Beau roman intergénérationnel,
composé de plusieurs portraits de femmes, L’arbre
à méduses nous transporte dans un univers
clos mais pas nécessairement étouffant, dans la vie
intérieure d’une jeune danseuse qui s’apprête
à abandonner sa carrière et échapper, d’une
certaine façon, à une tradition familiale dans laquelle
elle s’est laissé entraîner sans en avoir conscience.
C’est donc Marget qui se raconte, mais elle raconte aussi
ses deux grand-mères si surprenantes, qui vivent en couple
depuis des années – un duo mal assorti, en apparence
; car les deux femmes, maintenant installées en Californie,
s’aiment et se soutiennent l’une l’autre depuis
leur rencontre en Indonésie pendant la seconde guerre mondiale
: Gerda, solide et autoritaire, qui mène (et parfois sauve)
son petit monde depuis toujours et Fanny, discrète et docile.
Marget est venue les rejoindre dans leur maison, d’abord pour
elles, pour les aider (Gerda est censée se faire opérer
sous peu) mais aussi pour elle-même ; retour aux sources,
pèlerinage narratif aussi, tandis que Marget tâche
de glaner ici ou là quelques tranches de vie passées
de ses grands-mères, en y mêlant ce qu’elle sait
ou apprend sur sa propre mère, la fille de Fanny ; Marget
se fait enquêteuse, cherche à ouvrir les «
tiroirs fermés » par Gerda et Fanny, mais aussi
par Tante Pippy, la sœur de Gerda ou par sa fille Corinne,
certes plus extravertie ; une façon pour elle de se comprendre,
d’accepter sa maternité à venir et de s’inscrire
à son tour dans la riche histoire de cette famille pas comme
les autres, une famille qui s’est construite au fil du temps
sans les hommes (éternels absents, inconnus, morts ou partis),
entre Orient et Occident, entre l’Indonésie, la Hollande
et les Etats-Unis.
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Cette
suite de petits épisodes permet de retracer de façon
désordonnée un passé hétéroclite,
pas toujours reluisant, qui court toujours dans la mémoire
de Gerda et de Fanny, en parallèle au temps présent
; l’auteure est ici parvenue à insuffler la
vie à des personnages attachants en s’attardant
sur quelques détails seulement, par petites touches
impressionnistes qui captent l’essentiel tout en donnant
envie d’en savoir toujours plus sur les protagonistes,
qui se livrent timidement ou non. Les passages indonésiens
(lors de l’occupation japonaise) sont particulièrement
passionnants et donnent à voir un monde révolu,
tout en soulignant le courage de Gerda et de sa tribu.
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Blandine
Longre
(mars 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à
la littérature pour la jeunesse, au théâtre
(texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

http://www.philippe-rey.fr/
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