Vampires et monstres
sacrés de la musique répétitive (Philip Glass,
le Kronos Quartet) s'étaient donnés rendez-vous à
l'Auditorium pour le second ciné-concert de l'année.
Chef de file de la musique minimaliste (avec Terry Riley et Steve
Reich), Philip Glass a mis en musique le Dracula
(1931) de Tod Browning, où apparaît pour la première
fois au cinéma le légendaire Bela Lugosi. Si
nous n'avions guère apprécié la " symphonie d'horreur "
d'Art Zoyd accompagnant le Nosferatu
de Murnau, le travail de Glass s'est avéré autrement
intéressant.
Art Zoyd, en effet, s'était fourvoyé dans l'impasse
de la redondance et d'une composition soulignant très lourdement
des images à l'expressionnisme déjà outré.
L'approche de Glass est totalement différente : musique et
cinéma constituent deux flux parallèles et autonomes,
ne se croisant que par intermittence et de manière sporadique.
Si les thèmes musicaux ont été composés
en fonction du caractère des différents personnages,
ils n'en conservent aucun trait psychologique et s'émancipent
de la narration et de la représentation des affects. Ils ne
font que suggérer des sensations et affleurer les images pour
très vite retourner à un univers purement musical. L'hypnose
et l'envoûtement donc, plutôt que la catharsis et l'expression.
Ce ciné-concert a constitué un objet artistique à
part entière : ni concert ni projection cinématographique,
mais jeu subtil entre deux matières se croisant et se décroisant.
Projeté en version originale non sous-titrée avec une
bande-son de qualité médiocre, il n'était guère
possible de suivre le film, et tel n'était pas le but de l'événement.
De plus, placés derrière l'écran géant,
Philip Glass et le quartet apparaissaient de temps en temps en surimpression,
grâce à des éclairages aux couleurs dominantes
changeantes (bleu, rouge, vert…). La présence physique des
musiciens contaminait le film et brisait clairement toute idée
de simple projection mise en musique. Il s'agissait d'un travail au
dispositif en forme de vases communicants où la musique s'inspire
du film puis lui insuffle des sensations nouvelles, le recouvre d'une
atmosphère différente. Une expérience étrange,
plutôt réussie.
Jean-Emmanuel
Denave

Nosferatu
: chronique de Sit'art Mag.
Dracula et
Bram Stoker
http://personal.inet.fi/surf/dracula/dmain.htm
un article
du Monde
consacré à Dracula
http://www.lemonde.fr/article/0,2320,dos-2828-18759-QUO-1-2031-,00.html
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