Oh, Play That Thing !
(volume II of The Last Roundup)
Vintage, 2005 (J. Cape, 2004)

 

 

Le rêve américain à lui tout seul

Avec Oh, Play That Thing ! , deuxième volume de The Last Roundup, Roddy Doyle continue le récit captivant des aventures de l’Irlandais Henry Smart et retrace de façon cinématographique son parcours de vie dès son arrivée à New York.

Dans un paysage urbain typique des grandes villes américaines des années 1910-1920 où les habitants se souviennent encore d’Ellis Island, Roddy Doyle montre la naissance des mythes américains du XXe siècle : New York, Chicago, Manhattan, le Bronx, Harlem. Vus par ce jeune Irlandais qui, après avoir combattu pour son pays, quitte l’Irlande pour sauver sa peau, ces endroits deviennent des lieux initiatiques et acquièrent une importance quasi-mystique pour celui qui veut réussir son rêve américain. Henry Smart commence sa nouvelle vie dans un nouveau monde où il se perd pour mieux se retrouver, où il devient nouveau, où il n’est plus irlandais, ni européen, ni blanc, ni noir, il est nouveau, il est un « Yank ».
A travers son voyage et des rencontres insolites il se forge une nouvelle identité : sandwich-man, vendeur de rêves, ancien tueur à gage chassé par les gangsters italiens et autres de New York et Chicago, Henry Smart finit par rencontrer Louis Armstrong et devenir son «white man», sa main droite, son passeport d’entrée dans le monde des blancs.

Les femmes de sa vie sillonnent son parcours de façon initiatique : Miss O’Shea, sa femme irlandaise, Saoirse sa fille, Florence – équivalent féminin de Henry Smart dans le Nouveau Monde où tout est possible, Dora – la noire qui lui fait connaître Louis Armstrong, Hettie, Mildred, toutes ces femmes participent aux retrouvailles de Henry Smart avec les forces enfouies qui l’habitent et ne demandent qu’à faire surface. Ce torrent vital qui pousse Henry à réussir tout ce qu’il entreprend devient en quelque sorte le fil conducteur du livre. « Better and better, every day, in every way » sera son mot d’ordre à partir de sa rencontre avec Florence, «the half-sister».

Les répliques sont courtes et percutantes, les descriptions fines et faites avec peu de mots : tout dans ce livre va à l’essentiel, comme le personnage lui-même qui n’a pas de temps à perdre, car il doit vivre et se faire. Henry Smart est un « self-made man », le rêve américain à lui seul. « I’m Henry Smart », dit-il pour conclure, ce qui laisse entendre que la quête du personnage est achevée, qu’il a trouvé ce qu’il cherchait, qu’il s’est trouvé.
Oh, Play That Thing ! est un livre à bout de souffle, quelques fois à bout de nerfs, qui va au bout des limites du monde ancien, transgressant les vieilles frontières sociales et psychologiques sur les rythmes du jazz endiablé de Louis Armstrong.

Corina Veleanu
(juillet 2006)

Lire aussi

A star called Henry J. Cape 1999 / La légende d'Henry Smart (Denoël, 2000)

http://www.randomhouse.co.uk/catalog/author.htm?authorID=620


http://books.guardian.co.uk/reviews/generalfiction/0,,1301815,00.html