Sally
perdue dans Londres...
Après
les désarrois de Ned Allen, les affres existentielles de
Ben Bradford et les déboires de Nick en terre australe, ce
sont les mésaventures de Sally Goodchild que Douglas Kennedy
nous conte sur un rythme toujours aussi haletant. A
Special Relationship est un titre presque trompeur
: on pourrait penser que l'écrivain américain a changé
de registre, s'est lancé dans un traité historique
ou dans un thriller politico-diplomatique, pour mieux discuter la
très controversée alliance anglo-américaine
qui fait de nouveau couler tant d'encre... Rien de tout cela, c'est
bien un véritable roman à suspense qu'il nous offre
ici ; et pourtant, l'allusion à cette "relation"
très spéciale (déjà chère à
Churchill, sans parler de Tony Blair) est bel et bien volontaire
(dommage que le titre français l'ait effacée), mais
elle est traitée à un degré plus intime et
sociologique, à travers le parcours chaotique et douloureux
d'une Américaine confrontée à la froideur et
à l'ironie britanniques et aux machinations d'un époux
peu fiable (britannique lui aussi...).
Sally Goodchild
rencontre Tony Hobbs en Somalie, alors que tous deux couvrent une
catastrophe humanitaire pour leurs journaux respectifs (l'un à
Boston, l'autre à Londres) : les deux reporters tombent amoureux,
Sally attend un enfant, Tony la demande en mariage et sur sa lancée,
lui propose de s'établir à Londres, où il est
sur le point d'être nommé rédacteur. Sally ne
connaît personne dans la capitale mais semble bien vite s'accommoder
de la situation, même si quelques signes annonciateurs de
l'engrenage sordide qui va bientôt l'aspirer font surface,
habilement disséminés dans le récit.
Outre
le périple de Sally dans la jungle londonienne et l'intrigue
tarabiscotée qui nous tient, comme prévu, en haleine,
Douglas Kennedy s'est aussi intéressé à mettre
en relief, sans jamais tomber dans le cliché, les décalages
(sociologiques, linguistiques, comportementaux) qui prévalent
entre les deux peuples et il souligne, tout au long du roman, ces
"légères" différences qui rendent
le combat de Sally doublement cauchemardesque.
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Car
la narratrice est aussi journaliste et en dépit de sa
situation (dont nous tairons ici les tenants et les aboutissants,
par crainte d'ôter tout suspense à la lecture)
elle entend bien prendre du recul et analyser ce qui la sépare
de ses "cousins" britanniques ; pour elle, Londres
"ressemble à l'un de ces imposants romans victoriens",
où se côtoient abondance et indigence, et elle
prend conscience de la notion de "classe" ; comprenant
qu'il lui faut s'accoutumer à la froideur naturelle des
Anglais, elle modère sa franchise ; et pourtant, à
leur réalisme pragmatique, elle tente de substituer (mais
non sans ironie de la part de l'auteur) l'optimisme sans bornes
et le franc-parler de l'homo americanus, pour qui rien n'est
impossible, tout en reconnaissant que ceci tient davantage de
la mythologie que d'une réalité prouvée... |
Ainsi, loin
d'être une diatribe contre des compatriotes éloignés
(mais pourtant si proches par la culture et l'histoire), A
Special Relationship examine avec finesse et humour
ces différences au quotidien, tout en plongeant le lecteur
dans un thriller social efficace, un nouveau témoignage du
talent kennedien que les fidèles auront autant de plaisir
à découvrir que The Job, The Big Picture
ou The Dead Heart.
B.Longre
(octobre 2003)
La
Poursuite du bonheur
(The pursuit of happiness) Pocket, 2003
Cul-de-sac (The Dead Heart) Gallimard, 2002
Les Désarrois de Ned Allen (The Job) Pocket, 2000
L'Homme qui voulait vivre sa vie
(The Big Picture) Pocket, 1999

http://www.randomhouse.co.uk
http://www.belfond.fr/auteurs/kennedy/index.htm
http://www.guardian.co.uk/weekend/story/0,3605,1049474,00.html
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