A special relationship
(Hutchinson / Random, 2003)
Une relation dangereuse

(Belfond, 2003)

 

Sally perdue dans Londres...

Après les désarrois de Ned Allen, les affres existentielles de Ben Bradford et les déboires de Nick en terre australe, ce sont les mésaventures de Sally Goodchild que Douglas Kennedy nous conte sur un rythme toujours aussi haletant. A Special Relationship est un titre presque trompeur : on pourrait penser que l'écrivain américain a changé de registre, s'est lancé dans un traité historique ou dans un thriller politico-diplomatique, pour mieux discuter la très controversée alliance anglo-américaine qui fait de nouveau couler tant d'encre... Rien de tout cela, c'est bien un véritable roman à suspense qu'il nous offre ici ; et pourtant, l'allusion à cette "relation" très spéciale (déjà chère à Churchill, sans parler de Tony Blair) est bel et bien volontaire (dommage que le titre français l'ait effacée), mais elle est traitée à un degré plus intime et sociologique, à travers le parcours chaotique et douloureux d'une Américaine confrontée à la froideur et à l'ironie britanniques et aux machinations d'un époux peu fiable (britannique lui aussi...).

Sally Goodchild rencontre Tony Hobbs en Somalie, alors que tous deux couvrent une catastrophe humanitaire pour leurs journaux respectifs (l'un à Boston, l'autre à Londres) : les deux reporters tombent amoureux, Sally attend un enfant, Tony la demande en mariage et sur sa lancée, lui propose de s'établir à Londres, où il est sur le point d'être nommé rédacteur. Sally ne connaît personne dans la capitale mais semble bien vite s'accommoder de la situation, même si quelques signes annonciateurs de l'engrenage sordide qui va bientôt l'aspirer font surface, habilement disséminés dans le récit.
Outre le périple de Sally dans la jungle londonienne et l'intrigue tarabiscotée qui nous tient, comme prévu, en haleine, Douglas Kennedy s'est aussi intéressé à mettre en relief, sans jamais tomber dans le cliché, les décalages (sociologiques, linguistiques, comportementaux) qui prévalent entre les deux peuples et il souligne, tout au long du roman, ces "légères" différences qui rendent le combat de Sally doublement cauchemardesque.

Car la narratrice est aussi journaliste et en dépit de sa situation (dont nous tairons ici les tenants et les aboutissants, par crainte d'ôter tout suspense à la lecture) elle entend bien prendre du recul et analyser ce qui la sépare de ses "cousins" britanniques ; pour elle, Londres "ressemble à l'un de ces imposants romans victoriens", où se côtoient abondance et indigence, et elle prend conscience de la notion de "classe" ; comprenant qu'il lui faut s'accoutumer à la froideur naturelle des Anglais, elle modère sa franchise ; et pourtant, à leur réalisme pragmatique, elle tente de substituer (mais non sans ironie de la part de l'auteur) l'optimisme sans bornes et le franc-parler de l'homo americanus, pour qui rien n'est impossible, tout en reconnaissant que ceci tient davantage de la mythologie que d'une réalité prouvée...

Ainsi, loin d'être une diatribe contre des compatriotes éloignés (mais pourtant si proches par la culture et l'histoire), A Special Relationship examine avec finesse et humour ces différences au quotidien, tout en plongeant le lecteur dans un thriller social efficace, un nouveau témoignage du talent kennedien que les fidèles auront autant de plaisir à découvrir que The Job, The Big Picture ou The Dead Heart.

B.Longre
(octobre 2003)

La Poursuite du bonheur (The pursuit of happiness) Pocket, 2003
Cul-de-sac (The Dead Heart) Gallimard, 2002
Les Désarrois de Ned Allen (The Job) Pocket, 2000
L'Homme qui voulait vivre sa vie (The Big Picture) Pocket, 1999

 

http://www.randomhouse.co.uk

http://www.belfond.fr/auteurs/kennedy/index.htm

http://www.guardian.co.uk/weekend/story/0,3605,1049474,00.html