Dômu
(Rêves d’enfants)
(Les Humanoïdes Associés, 2003)

Traduction : Anne-France Reycoquais. Adaptation : Seudebias
et Catherine Droszewski


Cauchemar urbain

Premier mangaka à avoir été reconnu en Occident, Katsuhiro Otomo est né à Tokyo en 1954 ; durant son adolescence, il est vivement attiré par le cinéma, citant en référence des films tels que ‘Bonnie & Clyde’ ou ‘Easy Rider’, cette influence se retrouvera par la suite dans le découpage ou les angles de vue de ses bandes dessinées. Il commence à publier dès 1973 mais c’est en 1980 que le grand public japonais le découvre avec Dômu (traduit en français par Rêves d’enfants) qui obtient le prestigieux Prix National de la Science-Fiction jusqu’alors réservé à des romans. Dans ce premier chef-d’œuvre, on retrouve les thèmes familiers d’Otomo : des faits de société se déroulant en milieu urbain ; Dômu annonce déjà Akira, son œuvre majeure.
Depuis plusieurs années, une grande cité urbaine est le théâtre de morts étranges, pour la plupart des gens qui se suicident sans motif apparent en sautant d’un étage élevé. L’affaire est brusquement relancée après le suicide, dans les mêmes conditions, du commissaire de police Yamagawa, chargé de l’enquête. Yamagawa a en fait été guidé vers le vide par une voix mystérieuse et il a également eu la vision de Chô-San, un paisible vieillard qui passe ses journées assis sur un banc de la cité. L’emménagement d’une petite fille, E-Chan, dotée elle aussi de ‘pouvoirs’ va modifier l’équilibre des ‘forces’ en présence. La police va peu à peu comprendre que des phénomènes paranormaux ont lieu dans la cité mais il sera trop tard pour enrayer la venue de nouvelles tragédies et éviter l’affrontement final aux airs d’apocalypse.

Quoique l’on puisse en penser au premier abord, Dômu n’appartient pas au seul domaine du fantastique, ici ingénieusement combiné à une enquête policière et une dose d’angoisse. Grâce à sa culture cinématographique, Otomo donne à ses vignettes des cadrages inédits ; les sentiments des personnages sont parfaitement retranscrits par de nombreux gros plans sur les visages, quant au découpage syncopé, il amène inéluctablement le lecteur vers la fin dramatique. Autre particularité intéressante de Dômu, la retranscription très réaliste de la vie de la cité entre les habituels ragots, les jeux d’enfants et une impression d’ennui, voire de ‘spleen urbain’ souvent propre à ce type d’immeuble. Par rapport à la première parution dans un magazine japonais, cette édition finale est enrichie de plusieurs dizaines de pages – la fin serait par ailleurs différente - et notamment d’un superbe portrait de Chô-San, le grand-père solitaire à l’âme d’enfant (thème qu’Otomo réutilisera ensuite dans Akira). Dômu est un polar fantastique incontournable pour tous ceux qui s’intéressent au manga.

Anne Weber
(juin 2003)

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