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Cauchemar urbain
Premier mangaka
à avoir été reconnu en Occident, Katsuhiro
Otomo est né à Tokyo en 1954 ; durant son
adolescence, il est vivement attiré par le cinéma,
citant en référence des films tels que ‘Bonnie
& Clyde’ ou ‘Easy Rider’, cette influence
se retrouvera par la suite dans le découpage ou les angles
de vue de ses bandes dessinées. Il commence à publier
dès 1973 mais c’est en 1980 que le grand public japonais
le découvre avec Dômu (traduit
en français par Rêves d’enfants) qui
obtient le prestigieux Prix National de la Science-Fiction jusqu’alors
réservé à des romans. Dans ce premier chef-d’œuvre,
on retrouve les thèmes familiers d’Otomo : des faits
de société se déroulant en milieu urbain ;
Dômu annonce déjà Akira,
son œuvre majeure.
Depuis plusieurs années, une grande cité urbaine est
le théâtre de morts étranges, pour la plupart
des gens qui se suicident sans motif apparent en sautant d’un
étage élevé. L’affaire est brusquement
relancée après le suicide, dans les mêmes conditions,
du commissaire de police Yamagawa, chargé de l’enquête.
Yamagawa a en fait été guidé vers le vide par
une voix mystérieuse et il a également eu la vision
de Chô-San, un paisible vieillard qui passe ses journées
assis sur un banc de la cité. L’emménagement
d’une petite fille, E-Chan, dotée elle aussi de ‘pouvoirs’
va modifier l’équilibre des ‘forces’ en
présence. La police va peu à peu comprendre que des
phénomènes paranormaux ont lieu dans la cité
mais il sera trop tard pour enrayer la venue de nouvelles tragédies
et éviter l’affrontement final aux airs d’apocalypse.
Quoique l’on puisse en penser au premier abord, Dômu
n’appartient pas au seul domaine du fantastique, ici ingénieusement
combiné à une enquête policière et une
dose d’angoisse. Grâce à sa culture cinématographique,
Otomo donne à ses vignettes des cadrages inédits ;
les sentiments des personnages sont parfaitement retranscrits par
de nombreux gros plans sur les visages, quant au découpage
syncopé, il amène inéluctablement le lecteur
vers la fin dramatique. Autre particularité intéressante
de Dômu, la retranscription très
réaliste de la vie de la cité entre les habituels
ragots, les jeux d’enfants et une impression d’ennui,
voire de ‘spleen urbain’ souvent propre à ce
type d’immeuble. Par rapport à la première parution
dans un magazine japonais, cette édition finale est enrichie
de plusieurs dizaines de pages – la fin serait par ailleurs
différente - et notamment d’un superbe portrait de
Chô-San, le grand-père solitaire à l’âme
d’enfant (thème qu’Otomo réutilisera ensuite
dans Akira). Dômu est un polar fantastique incontournable
pour tous ceux qui s’intéressent au manga.
Anne
Weber
(juin 2003)

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