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Nouvelles
des collines de Virginie Occidentale
Qu'arrivera
t'il au bois sec ? rassemble toute l'oeuvre de Breece
Pancake soit douze nouvelles d'une force et d'une mélancolie
magnifiques. Il faut dire que cet auteur américain s'est
lui-même interdit tout bavardage superflu en s'ôtant
la vie d'un coup de fusil, en 1979, à l'âge de 26 ans.
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Peut-être
fût il devenu un auteur à succès, ou un
classique, l'auteur d'un Grand Oeuvre irradiant ses lecteurs.
Mais ces quelques deux cents trente pages n'appellent pas
nécéssairement de suite, de développement
: elles tiennent la route seules, résistent, résument
sans l'épuiser le mystère de leur auteur. Si
l'on en croit l'éditeur, ce quasi-inconnu serait, «dans
le paysage littéraire américain, l'un des modèles
de la forme brève». A vrai dire c'est peut-être
la principale faiblesse de ce livre que de s'en tenir (dans
la première édition française d'une oeuvre
complète) à une quatrième de couverture
élogieuse et laconique sur B. Pancake : on aurait aimé
être présenté, en somme. Les textes font
vite oublier ce petit manquement à la bienséance. |
Le recueil dévoile
avant tout un pays et ses paysages : toutes les nouvelles se jouent
dans les campagnes de Virginie Occidentale, région d'origine
de l'auteur et où il passa le plus clair de son existence.
Loin de la démesure des grandes cités, nous sommes
introduits dans un pays oublié, parmi des gens modestes,
essentiellement des éleveurs mais aussi des mineurs, bateliers,
coqueleurs, chasseurs en tous genres. Entre ces collines bordant
les Appalaches, le temps passe en silence, les icônes du rêve
américain, sous la poussière, paraissent d'insolites
vestiges. Dans Mon salut à moi, le narrateur, évoque
un camarade devenu star à Chicago: «Chester a eu
deux problèmes : le premier c'est qu'il a réussi,
le deuxième, c'est qu'il est revenu. C'est pas les problèmes
de l'américain moyen : l'alcool, la dope, baiser ou se faire
baiser, parce que Rock Camp, en Virginie Occidentale, c'est pas
l'amérique moyenne coté problèmes et ce n'est
pas non plus le trou moyen. »
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C'est
une autre sorte de déchéance qui menace là-bas,
une inertie formidable qui n'atténue en rien l'amour
que l'auteur porte à la nature de sa région.
La nouvelle intitulée Trilobite, du nom d'un
arthropode fossile que le narrateur passionné de géologie
cherche en vain dans ses collines, constitue une pure merveille
de retenue, tournant autour d'un des thèmes réccurents
de l'ouvrage, l'absence du père du narrateur, son souvenir
fragile :
«Ça a pris plus d'un million d'années
pour faire cette petite colline toute lisse et je l'ai entièrement
ratissée pour trouver des trilobites.[...]. L'air est
chargé des brumes de l'été. Une volée
d'étourneaux me tourne au-dessus de la tête.Je
suis né dans ce pays et je n'ai jamais tellement eu
envie d'en partir. Je me souviens des yeux morts de papa qui
me regardaient. Ils étaient vraiment secs et ça
m'a fait quelque chose. » |
Le père
disparu, son fils s'occupe avec sa mère d'une petite exploitation
agricole et tous semblent là dépossédés,
relégués hors du temps dans une ère géologique
lointaine, soudés au paysage :
« Il ne me reste que le lit de la rivière et les
animaux de pierre que je collectionne. Je cligne des yeux et je
respire. Mon père est un nuage kaki dans les halliers de
sorgho et Ginny n'est rien de plus pour moi que l'odeur âcre
qui monte des mûriers là-haut sur la crête des
collines.»
Fossiles, tumulus indiens (Le respect des morts), présence
du lynx épiant le chasseur (Au fond), le paysage
est comme traversé de signes invisibles ou silencieux dont
l'auteur décrit parfaitement le travail en sourdine. Ils
sont en réalité la métaphore des blessures
qui affecte les personnages, cicatrices mal renfermées qu'un
vieillard résume à la faveur d'une citation biblique
: « Car si l'on fait ces choses au bois vert, qu'arrivera
t'il au bois sec ? »
Ainsi s'explique le titre quelque peu énigmatique, sinon
ingrat, du recueil. La prose de ces nouvelles est, on le pressent,
longuement travaillée dans un bois séché de
ce pays dont l'auteur semble connaître chaque repli, puis
aiguisée au fil de sa douleur. L'écriture à
la fois dense et retenue s'inscrit tout naturellement dans la forme
courte. Un humour pudique révèle toute sa puissance
poétique :
« Elle s'étrangle de rire, doucement pose le dessus
de sa main sur son front et se moque:
- Oh mon Dieu, qu'arrivera t'il au bois sec, je vous le demande
?
- Balayé d'un souffle j'imagine. »
Jean-Baptiste
Monat
(février 2005)
Jean-Baptiste
Monat poursuit
des études de Lettres qui le mènent plus particulièrement
dans le domaine poétique français, et déambule
volontiers aux confins des genres littéraires, vers certaines
de leurs marges (la chanson notamment).

Editions
du Rouergue
http://www.lerouergue.com
http://www.appalachianbooks.com/Authors/Breece%20Pancake.htm
les
auteurs de West Virginia
http://www.fscwv.edu/wvfolklife/literary_map/index.shtml
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