A l'automne 2000, Didier Lockwood, après une
longue pratique de la pédagogie musicale, crée
à Dammarie Les Lys (Seine et marne), un Centre de musique
dédié aux musiques actuelles et improvisées.
"Il est important de dégager chez l'élève,
au-delà d'une technique solide, sa personnalité
et son charisme qui feront de lui un artiste accompli..."
Comme notre pays abrite une vraie tradition de cordes jazz
reconnue de part le monde, ce Centre privilégie, bien
sûr, les cordes mais aussi tous les autres instruments
qui font les musiques d'aujourd'hui. Ce que, faute de temps,
son ami Michel Petrucciani n'a pu mettre en place dans le
sud de la France, Didier Lockwood l'a fait.
L'événement qui nous réunissait avait
été préparé tout au long de l'année
scolaire par des échanges et des travaux avec le musicien
qui nous a avoué que c'était pour lui un réel
plaisir, ces dernières semaines, de rejoindre Lyon
très régulièrement pour retrouver toutes
ces jeunes pousses et leurs professeurs, notamment les deux
coordonnateurs principaux de l'événement au
CNR, à savoir Thierry Amiot, trompettiste de
musique classique et actuelle, initiateur, par ailleurs, de
la venue de D.Lockwood et Roger Germser, coordonnateur
au jour le jour d'un travail spécifique avec les cordes.
Le
spectacle dura deux heures et demie et ce furent autant de
temps de délicieux moments. Jugez-en
En première partie, Didier Lockwood et les jeunes musiciens
de l'Orchestre du Collège Horaires Aménagés
interprétèrent tout d'abord trois standards
du Jazz Classique, Un jour, mon prince viendra (et,
oui ! Blanche Neige) de F.Churchill, In a sentimental mood
de D.Ellington. et Saint Thomas de S.Rollins.
L'Orchestre de jeunes, dès les premières mesures,
adhéra parfaitement à l'ambiance, notamment
dans les reprises de thèmes par les cordes avec une
mention toute particulière à la rythmique (piano,
contrebasse, batterie) composée, elle aussi, d'élèves
de la classe de jazz.
Belle réussite de tout l'ensemble notamment sur le
thème de S.Rollins, sur un rythme afro-cubain
et
puis j'allais l'oublier ! D.Lockwood et son violon électrifié
au solo : brillant, toujours.
Avec les professeurs
des classes de Jazz, Thierry Amiot (t), Armand Reynaud
(p), Jérôme Regard (b), Laurent Sarrien
(d), D.Lockwood nous proposa un mini concert. Au programme
: All the things you are, extraits d'une des nombreuses
compositions pour comédies musicales de Jérôme
Kern, une de ses compositions, Barbizon blues, inspirée
par une visite à son domicile de Stéphane
Grapelli, Impression de J.Coltrane et Spain
de C.Coréa. Programme varié ou D.Lockwood eut
le souci de démontrer que ses partenaires d'un soir
étaient, certes des enseignants, mais d'abord de remarquables
musiciens.
La deuxième partie du concert était réservé
à l'interprétation d'une uvre de D.Lockwood
intitulée Souvenirs Du Futur, composée
pour orchestre symphonique, Big Band, Batucada et Ensemble
de cornemuses. Plus d'une centaine de musiciens, rien que
ça
pour un résultat, disons le tout de
go, enthousiasmant : une heure d'enchantement à surfer
sur les musiques du monde, actuelles, improvisées.
Souvenirs Du Futur est une composition à
la structure très originale : un premier mouvement
ou les sons nous plongent dans un futur un peu planant, puis
un rythme plus saccadé pour introduire l'orchestre
national de cornemuses de Lyon et un troisième mouvement
ou la batterie et les cuivres annoncent la prestation des
Batucada du CNR. On continuait donc à voyager avec
la samba !
On poursuit le périple avec de multiples clins d'il
à Louis Armstrong, puis un peu de ragtime à
la Scott Joplin, enfin quelques grandes pages suggérées
de Gershwin, de Ravel entre
autres ; et l'on retrouve le swing et les solos de sax puis
le Jazz rock et une très brillante intervention de
T.Amiot à la trompette.
Reviendrait-on au premier mouvement avec l'arrivée
de D.Lockwood et le son amplifié futuriste ? Oui, pour
une poignée de mesures avant de partir sur les rythmes
tziganes : Là, tout l'orchestre se tait, la boite à
rythme est programmée et le violoniste va défiler
dans les travées (abondamment remplies) sur plusieurs
niveaux
Décoiffant ! Nos jeunes musiciens n'en
reviennent pas, puis reprennent leur respiration pour faire
éclater les sons avec une dominante des cordes dans
un swing endiablée.
Je
disais, tout à l'heure, enthousiasmant : Souvenirs
Du Futur est une uvre d'appel aux voyages musicaux,
exceptionnelle de diversité et de qualité musicale.
Il est inconcevable d'imaginer qu'elle ne puisse pas un jour
être gravée à la postérité
(dans les productions discographiques de l'Auditorium ?) et
rejouée bien sûr
Un très grand merci
à D.Lockwood, artiste de réputation internationale,
très sympathique et aussi pédagogue passionné,
un grand bravo à tous ces jeunes instrumentistes qui
ont été de remarquables interprètes,
mais qui ont aussi sans doute découvert combien l'interaction
entres ces musiques valorise le jeu de groupe "ou
la relation humaine tient autant de place que la réalisation
technique" comme le dit si justement D.Lockwood.
Enfin, un grand coup de chapeau à l'équipe du
CNR de Lyon.
Philippe Anthonioz
(mars 2002)