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À savourer au petit bonheur la chance...
Un
peu dans le désordre, et suivant une classification fantasque,
Régine Detambel initie son lecteur à
des particularismes, idiotismes et autres "comédies"
linguistiques qui donnent à notre langue richesse et originalité.
Après les acrostiches, les tautogrammes ou les virelangues,
l'auteure apporte de multiples points de détail sur un ton
qui rappelle celui des chroniques quotidiennes d'Alain
Rey (le linguiste attitré de France Inter) ou celui qu'emploie
Claude Duneton dans ses célèbres ouvrages (dont La
puce à l'oreille - un titre que Régine Dutambel
ne manque pas de donner à l'un de ses articles) : érudition
donc (dont on trouvera les références dans une bibliographie
extensive enfin d'ouvrage) mais toujours abordable, marquée
au sceau de la cocasserie et de l'humour ; en témoignent
les titres de certains articles, qui réservent souvent des
surprises, ou les exemples choisis pour illustrer et expliquer des
notions parfois complexes : "Vache qui rit" nous
familiarise très concrètement au procédé
de la mise en abyme ; "La STAR PICASSO" nous
apprend quelques sigles mnémoniques utilisés par les
mercaticiens (comprenez les vendeurs !) et "Souper à
Sans-Souci" à l'art du rébus, né
dans l'Antiquité.
Cet ouvrage explore aussi de nombreuses expressions populaires et
locutions en remontant aux sources et à leur genèse
: "revenons à nos moutons" (citation littéraire
tirée d'une oeuvre de théâtre anonyme datant
de... 1464 !), "à poil" (synonyme, par
le passé de "à cru", lorsque l'on
monte un cheval sans selle), ou encore "ne pas mâcher
ses mots", "le premier pékin venu",
"on s'en moque comme de l'an 40", etc. etc. On
sera aussi heureux d'apprendre ce qu'est un arctophile (nous laisserons
au lecteur le soin de se renseigner), la cacographie, l'esperluette
(le "& "qui figura en fin d'alphabet jusqu'au
XIXe siècle) ou le monovocalisme (qui consiste à écrire
un texte en n'utilisant qu'une seule voyelle, comme Gargas Parac
- comprenez Georges Perec - s'amusa à le faire dans "What
a man!"). Ailleurs, l'auteure explique d'où vient
l'arrobase - aujourd'hui célèbre et dont (presque)
personne ne peut se passer : de l'arabe "arroub", une
unité de mesure (environ 12 kilos), un signe qui étonne
encore, tenant plus d'une "avant-langue" que de notre
alphabet...
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Il
est impossible ici de recenser ne serait-ce que le dixième
de cet ouvrage touffu (un seul hic, il manque certainement
un index...),
où l'auteure passe du coq à l'âne, mais
dont on ressort toujours amusé et cultivé !
Réservé à tous les curieux du langage,
il s'adresse à un public cependant déjà
averti, quand bien même il serait publié par
un éditeur jeunesse (on conseillera aux plus jeunes
de se reporter à des ouvrages plus adaptés,
comme La langue française
de Stéphane Frattini, chez Milan, ou encore
Pourquoi on parle français ?
publié chez Autrement)
et mérite de figurer dans toute bonne bibliothèque,
entre les livres de Henriette Walter ou de Claude Duneton.
B.
L.
(mai 2004) |

http://www.gallimard-jeunesse.fr/
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