La comédie des mots
Gallimard Jeunesse, 2004
A partir de 14 ans

 


À savourer au petit bonheur la chance...

Un peu dans le désordre, et suivant une classification fantasque, Régine Detambel initie son lecteur à des particularismes, idiotismes et autres "comédies" linguistiques qui donnent à notre langue richesse et originalité. Après les acrostiches, les tautogrammes ou les virelangues, l'auteure apporte de multiples points de détail sur un ton qui rappelle celui des chroniques quotidiennes d'Alain Rey (le linguiste attitré de France Inter) ou celui qu'emploie Claude Duneton dans ses célèbres ouvrages (dont La puce à l'oreille - un titre que Régine Dutambel ne manque pas de donner à l'un de ses articles) : érudition donc (dont on trouvera les références dans une bibliographie extensive enfin d'ouvrage) mais toujours abordable, marquée au sceau de la cocasserie et de l'humour ; en témoignent les titres de certains articles, qui réservent souvent des surprises, ou les exemples choisis pour illustrer et expliquer des notions parfois complexes : "Vache qui rit" nous familiarise très concrètement au procédé de la mise en abyme ; "La STAR PICASSO" nous apprend quelques sigles mnémoniques utilisés par les mercaticiens (comprenez les vendeurs !) et "Souper à Sans-Souci" à l'art du rébus, né dans l'Antiquité.
Cet ouvrage explore aussi de nombreuses expressions populaires et locutions en remontant aux sources et à leur genèse : "revenons à nos moutons" (citation littéraire tirée d'une oeuvre de théâtre anonyme datant de... 1464 !), "à poil" (synonyme, par le passé de "à cru", lorsque l'on monte un cheval sans selle), ou encore "ne pas mâcher ses mots", "le premier pékin venu", "on s'en moque comme de l'an 40", etc. etc. On sera aussi heureux d'apprendre ce qu'est un arctophile (nous laisserons au lecteur le soin de se renseigner), la cacographie, l'esperluette (le "& "qui figura en fin d'alphabet jusqu'au XIXe siècle) ou le monovocalisme (qui consiste à écrire un texte en n'utilisant qu'une seule voyelle, comme Gargas Parac - comprenez Georges Perec - s'amusa à le faire dans "What a man!"). Ailleurs, l'auteure explique d'où vient l'arrobase - aujourd'hui célèbre et dont (presque) personne ne peut se passer : de l'arabe "arroub", une unité de mesure (environ 12 kilos), un signe qui étonne encore, tenant plus d'une "avant-langue" que de notre alphabet...

Il est impossible ici de recenser ne serait-ce que le dixième de cet ouvrage touffu (un seul hic, il manque certainement un index...), où l'auteure passe du coq à l'âne, mais dont on ressort toujours amusé et cultivé ! Réservé à tous les curieux du langage, il s'adresse à un public cependant déjà averti, quand bien même il serait publié par un éditeur jeunesse (on conseillera aux plus jeunes de se reporter à des ouvrages plus adaptés, comme La langue française de Stéphane Frattini, chez Milan, ou encore Pourquoi on parle français ? publié chez Autrement) et mérite de figurer dans toute bonne bibliothèque, entre les livres de Henriette Walter ou de Claude Duneton.

B. L.
(mai 2004)

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