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Un livre
indispensable, contre l'oubli.
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"Pendant
les six ans du régime des taliban, la communauté
internationale, à quelques exceptions près,
ne s'est pas préoccupée de ces femmes qui n'avaient
plus aucun droit, sauf celui de se taire" (Valérie
Rohart)
Nahib a treize
ans quand elle est enfin de retour à Kaboul après
un exil forcé ; non pas au Pakistan, que sa famille n’a
pu atteindre, mais dans la campagne afghane. Dans son «
cahier rouge », elle revient sur les événements
traumatisants liés à l’arrivée au
pouvoir des taliban, mais d’abord, sur la petite enfance
heureuse, un temps révolu où les femmes pouvaient
couvrir leurs cheveux « d’un voile léger
», porter des « robes chamarrées
» et travailler, comme le faisait sa mère ; un
temps où les petites filles pouvaient aller à
l’école et apprendre le persan, les femmes accoucher
à l’hôpital et se faire soigner normalement.
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En septembre
1996, l’arrivée des taliban bouleverse la vie familiale
: le père de Nahib n’a plus le droit d’exercer
son métier de jardinier ( « la beauté des
jardins pouvant détourner de dieu »…) et
il préfère quitter son pays plutôt que de subir
le joug « d’étudiants » cruels et autoritaires.
Le voyage est long, douloureux et après qu’un des enfants
est blessé par une mine, ils doivent se résoudre à
rester en Afghanistan. Pour Nahib, le monde se réduit alors
à quelques heures de classe dans une école clandestine
et à de longues heures passées «
derrière la fenêtre », perchée
sur un coffre.
Ce court récit de Rolande Causse, raconté
par une petite fille (une vue « de l’intérieur
»), est particulièrement touchant. C’est aussi
le cas des témoignages qui suivent, recueillis auprès
de femmes afghanes qui ont subi la dictature religieuse : Malalaï,
Nasreen et Soraya ont rencontré Valérie Rohart
en juin 2002, après la chute des talibans et toutes trois
relatent les épreuves subies (la peur quotidienne des coups,
les mariages forcés, la pauvreté et la mendicité,
la fuite et l’abandon déchirant d’un enfant etc.)
et évoquent un avenir incertain.
Cet ouvrage met aussi en relief les paradoxes liés au système
instauré en 1996 : Nasreen, par exemple, énonce l’idée
aberrante qu’elle est « finalement soulagée de
n’avoir que deux filles », car elle n’aurait pas
« aimé être obligée de confier mon fils
à ces hommes là » en parlant des « barbus
». Même si le régime est maintenant tombé,
il est essentiel de se souvenir et d’être conscient
de son absurdité et de sa cruauté, tout particulièrement
envers les femmes – même si les hommes n’étaient
pas épargnés -. De même, la peur n’a pas
quitté certaines femmes, qui craignent encore de croiser
d’anciens taliban restés en Afghanistan : elles ne
peuvent se résoudre à quitter leur tchadri pour cette
raison.
Destins de femmes est un ouvrage ouvertement
militant, et l'on s'en réjouira : les droits en sont intégralement
(ceci est à souligner) reversés à l’association
Negar, à qui l’on doit l'excellent
glossaire en fin d’ouvrage – rédigé avec
la Fondation Sud - ainsi que La déclaration des
droits fondamentaux de la femme afghane, qui n’a
pas encore été adoptée en Afghanistan : un
livre essentiel, qui peut faire prendre conscience des injustices
qui règnent encore et décrire des situations révoltantes
; un livre qui prouve que beaucoup reste à faire pour libérer
les femmes afghanes ; un livre contre l’oubli, surtout : «Malalaï
aime raconter son histoire parce qu’elle a peur qu’on
oublie les femmes afghanes.»
Blandine
Longre
(juin 2003)

voir
aussi sur Sitartmag :
Tâleb
de Sébastien Ortiz (Gallimard, 2002)
Ici Kaboul de Julie
Benoïc (00h00.com, 2000)
http://www.afghana.org
(L'information
indépendante sur l'Afghanistan)
http://perso.wanadoo.fr/negar/
http://www.courrierinternational.com/dossiers/geo/afghanistan/afghanistan_00.htm
http://www.monde-diplomatique.fr/index/pays/afghanistan
http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?name=Causse&surname=Rolande
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