designFLUX
le magazine DVD du graphic motion design
numéro 3, éditions Pyramyd, 2005

 

 

La quête du mouvement, le nouveau Graal

designFLUX est d’abord un concept bien pensé : un magazine sous la forme d’un DVD, donc ludique, et diversifiant le genre du magazine papier, ce dernier connaissant lui-même un certain renouveau, voire même un renouveau certain (qu’on pense par exemple à Chronic’art, qui sort sa version papier glacé ou encore à Tsim Tsoum, qui passe là aussi du net au format papier). Tout pousse à croire que le remède contre le développement parfois anarchique (libre, rétorquerons certains) de l’écrit, de la musique et de la vidéo sur Internet reste, comme le constate Michel Gondry, la possession de l’objet livre et du DVD. Pourquoi ne pas évoquer le CD ? Parce que, dixit toujours Michel Gondry, l’avenir du CD, ce serait justement le DVD qui a l’avantage de proposer des bonus, ces petits plus qui font le maximum (et la différence) et qui rendent l’objet DVD si attrayant.

Chaque numéro de designFLUX (trois au compteur) expose son point de vue sur la scène européenne du motion design qui regroupe, entre autres pratiques, le VJaying, la réalisation de films d’animations (3D notamment), de clips vidéo ou publicitaires, sans oublier l’art contemporain qui fait ses choux gras du motion design et de la vidéo d’une façon générale… Chaque trimestre, designFLUX apporte son éclairage sur des écoles ou des studios d’animation graphique, des interviews de motion designers expliquant la réalisation des films d’animations ensuite présentés. C’est cet échantillonnage qui fait son originalité. Point d’exhaustivité sur un champ d’activités par ailleurs mouvant et en pleine ébullition — écoutez, ça fait ploc.

Au programme de ce numéro : une visite de la section animation de la fameuse école des Gobelins dont les élèves préparent, entre autres, l’ouverture du festival du film d’animation d’Annecy, une rencontre avec le studio d’animation londonien Aka, connu comem étant « one of the best animation studios today », une intrusion dans les locaux du collectif parisien No Brain (réalisateurs d’un magnifique clip poético-gothique pour Emilie Simon inspiré de L’étrange Noël de Monsieur Jack de Tim Burton et de divers spots publicitaires, tous plus créatifs les uns que les autres) et, last but not least, une interview « exclusive » de Michel Gondry qu’on ne présente plus. Si ? Bon, mais alors rapidement : auteur de multiples clips pour les White Stripes, Kylie Minogue, Bjork, les Daft Punk, les Rolling Stones ou encore les Foo Fighters, Michel Gondry est aussi réalisateur de longs métrages dont le « mémorable » Eternal sunshine of the spotless mind, qui aborde le thème du souvenir suivant une structure narrative époustouflante, plus travaillée encore que celle du Memento de Christopher Nolan. C’est donc l’occasion de l’entendre une nouvelle fois parler de l’un des moteurs de son travail : ses angoisses et ses doutes. Comment, pour faire un clip, intégrer et ingérer une musique linéaire (algébrique, donc), avec un début et une fin ? Michel Gondry applique, schémas à l’appui, la technique hautement intéressante dite de la feuille repliée dans le cerveau puisque c’est ainsi qu’il peut exploiter géométriquement dans l’espace en trois dimensions de son cortex une chanson dont il met ainsi en lumière les boucles (couplets, refrains, etc.). Pour plus de précisions, voir le making of de ses clips, où l’on voit que son travail de réalisateur passe immuablement par trois stades : du cerveau à la feuille de papier et du papier à l’écran. C’est pourquoi, fin de l’histoire, Michel Gondry est repérable à deux traits caractéristiques bien que non liés : il crayonne des schémas pour expliquer aux gens comment il pense ses films, courts ou longs, et il parle un anglais dont l’accent français va à l’encontre de toutes les recommandations de l’Education Nationale en matière d’expression orale anglophone.

Outre cet inconvénient mineur, on ne saurait que trop recommander de jeter un coup d’œil à ce DVD-magazine dont on espère voir très bientôt le prochain numéro.

Louise Charbonnier
(février 2006)

Louise Chabonnier, étudiante en master 2 Recherche en Sciences de l'Information et de la Communication, marie sa passion pour l'art, la photographie tout particulièrement, et son goût pour la recherche et la découverte en menant des travaux universitaires s'attachant à l'étude du cadre rectangulaire, à poursuivre en thèse.

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