Igor le labrador et autres histoires de chiens
illustrations d’Anaïs Vaugelade

A deux, c’est mieux
illustrations de Catharina Valcks

Mouche de l’école des loisirs, 2004

 

A chacun son « tour d’amour »

« A deux, c’est mieux », titre et morale du second récit au goût traditionnel, aurait pu aussi bien servir de conclusion aux histoires canines (Igor le labrador et autres histoires de chiens) proposées quelque temps auparavant par Agnès Desarthe.

Yanker le cocker, à qui la maman interdit de tirer la langue, se rafraîchit en faisant du kart : il conduit le plus vite possible, se penche dans les virages pour que l’air fouette son pelage. Devenu champion, il dépense tout son argent jusqu’à la ruine ; il renonce à son métier quand il rencontre Françoise la pékinoise, voyante et malicieuse. Ils ouvrent un restaurant, à deux, et tombent amoureux…

 Yankel le teckel, au flair infaillible et spécialiste des objets perdus, reçoit une terrible raclée des « hommes » de Herzog le bouledogue. Ses blessures s’infectent et dégagent une telle puanteur que tout le monde le fuit ; Yankel se retire en ermite au fin fond des bois. La jeune reine du pays, pas très futée, le fait rechercher pour résoudre un douloureux problème et «succombe à son inimitable parfum»…

Igor le labrador, riche marchand expert, se lasse des comptes et s’ennuie. Il projette «pour changer» de «vendre son âme au diable», décision ambitieuse qui lui vaut une longue attente et des années de solitude et d’exil ! Désespéré, de retour au pays, il fait la connaissance de Frida la chihuahua, c’est le coup de foudre…

Ces trois histoires paraissent bien croustillantes mais le lecteur s’y perd : bons mots et idées pourtant originales semblent juxtaposés sans que l’auteur ait vraiment cherché à construire quelque chose. Les dessins pleins d’humour d’Anaïs Vaugelade, tel celui de Yankel en costume de détective, aident à retenir l’intérêt et mettent en valeur des détails intéressants. L’illustratrice réussit également à créer une transition entre chaque récit, et grâce à cette collaboration, l’ensemble se lit plus facilement.

Le « destin » apporte aux trois chiens une belle réponse à leur recherche d’une vie meilleure ; le conte A deux, c’est bien mieux reprend l’idée de quête ; l’amour est encore au bout du chemin, comble les désirs et permet le bonheur. Dans ce nouveau récit, un roi, fatigué de gouverner et qui n’a plus envie que « d’être vieux », décide de passer la main à son fils. Arguant qu’il est plus facile de prendre les décisions à deux, le souverain impose une condition : le jeune homme doit retrouver son demi-frère en exil et surmonter trois épreuves de courage, d’intelligence et de vide (!) qui prouveront ses capacités.Au bout du voyage, le brave prince, «devenu très musclé», séduit une sirène et découvre bien sûr l’amour…La malice est ici un moteur d’action et non plus, comme dans les histoires canines, un outil de manipulation pour faire du tort, se moquer de l’autre ou le mettre en défaut.

Le fils ingénieux mène à bien l’entreprise ; «le destin décide» sans doute mais le vieux roi s’incline «avec un petit sourire rusé» qui fait du lecteur son complice. Les évènements s’enchaînent aisément, la fantaisie nourrit la curiosité, les illustrations de Catharina Valckx ponctuent fidèlement le récit : cette quête-là nous ravit.

Le Prince se dit que « tout tourne » : le courage, le gouvernement, la chance. Pour Yanker, Yankel et Igor, la malchance tourne aussi, les richesses mènent à l’ennui mais, finalement, l’amour triomphe. A chacun son « tour d’amour », mais le lecteur en sera plus convaincu par un conte enjoué que par des histoires animales mélancoliques.

Martine Falgayrac
(octobre 2004)

Martine Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

D'Agnès Desarthe
C’est qui le plus beau ? (Mouche de l’école des loisirs, 2005)
Comment j'ai changé ma vie (L'Ecole des loisirs, 2004)
Le monde d'à côté (L'Ecole des loisirs, 2002)
Les bonnes intentions (L'Olivier, 2000)

Petit Prince Pouf (L'Ecole des loisirs , 2002)

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