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le
22 septembre 2006 à18 h 30
Librairie
À Plus D’un Titre
Signature,
lecture, débat autour du premier roman de Paul Desalmand
: Le Pilon
et son essai paru à La Passe du vent : Sartre
s’est-il toujours trompé ?
4
quai de la Pêcherie LYON
04 78 27 69 51
librairie@aplusduntitre.com
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Les
mémoires de Livre.
Ce sont les
pérégrinations d’un narrateur bien singulier
que nous suivons tout au long de ce roman atypique et savoureux,
qui s’inscrit résolument dans la veine de la vraie
fausse autobiographie, tout autant que dans le cercle (souvent bien
restreint) des ouvrages «engagés» ; excepté
que ce personnage attachant, humble mais soucieux de sa valeur,
qui prend corps dès les premières lignes, n’est
ni un homme, ni une femme, mais un livre… en de nombreux points
semblable à celui que nous venons d’ouvrir ; en apparence
un simple objet (mais le livre est- il vraiment un « produit
» comme les autres ?) mais dont l’existence, telle qu’il
nous la raconte, mérite d’être découverte,
appréciée et comprise : « J’ai vécu
avec suffisamment d’intensité pour que mon existence
soit une vie », nous confiera-t-il un peu plus loin.
Ceux qui aiment
les livres (et pas seulement pour leur habillage qui fera joli sur
une étagère) ressentiront d’emblée beaucoup
d’empathie pour ce narrateur qui relate ses propres aventures,
ses déboires, ses rencontres, ses espoirs et ses découragements
avec sensibilité, fraîcheur et lucidité, mais
qui établit aussi, en filigrane, de nombreux constats sur
l’univers qui l’entoure, d’un bout à l’autre
de la « chaîne » du livre, multipliant les anecdotes
et rapportant les petites histoires entendues ici et là ;
il en tire quelques intéressantes conclusions et en profite
pour lancer des piques bien senties ; car sans en donner l’air,
Livre observe, écoute et comprend les choses ; Livre est
un érudit, un esprit doté d’une véritable
intelligence, qui réfléchit avant de donner son avis,
de s’étonner, ou de régler ses comptes avec
l’intolérance des religions (ces «fables
consolantes »), avec l’histoire et ces écrivains
aux écrits nauséabonds (« la crapulerie
et la haute culture peuvent faire bon ménage »)
; ou bien avant d’égratigner sans regret ces ouvrages
ultra médiatisés qui brassent du vent (tandis que
leurs pseudo auteurs brassent de l’argent facile), les politiciens
et leurs conseillers en communication, ou encore, plus anecdotiquement,
ceux qui ne maîtrisent pas l’art de la citation !
La
satire, omniprésente, est peut-être moins virulente
que dans Ecrire est un miracle,
cet intarissable ouvrage d’essais dans lequel l’auteur
s’amusait à donner des conseils aux auteurs en herbe
; les attaques se font ici moins acerbes, surtout parce que d’autres
aspects du roman tendent à les nuancer ; car notre héros
est certes capable de porter des jugements, d’examiner lucidement
certaines situations, mais aussi de donner un peu d’humanité
à ceux qui ont tout perdu. Livre n’est pas qu’un
pur intellect et peut se faire vibrant, nous parler d’amour
(« Mon lecteur préféré entre tous
fut une lectrice »…), d’amitié (ressentie
pour une « traduction de Crime et châtiment
parue au début du XXe siècle », dont il
admire l’auteur) et s’émouvoir des comportements
des lecteurs plus ou moins sympathiques qui croisent temporairement
son chemin — du chauffeur de taxi kabyle qui a fait de son
véhicule une petite bibliothèque ambulante à
ce fanatique iranien qui a décidé de le « livrer
au Comité d’incinération », en passant
par Prosper le clochard, un authentique amoureux des livres.
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De
l’entrepôt de sa petite enfance où il végète
tout un été au fond d’un carton, entouré
de centaines de congénères, jusqu’à
sa dernière librairie de quartier, près de vingt
ans plus tard, Livre connaîtra de nombreux lecteurs,
dont certains compteront ainsi plus que d’autres. Mais
il n’en oublie pas ses « frères de
papier » et compatit au sort de ceux qui ne seront
jamais lus («Combien vont être rangés
dans un endroit d’où ils ne bougeront plus
»), et de ceux qui finissent au « pilon »,
sans jamais avoir été ouverts, une fin peu enviable,
« Le pire qui puisse arriver à un livre.
» (Lui-même y échappera-t-il ?) et
qui incarne, par extension, le « fantastique pilon
de la société marchande qui clochardise la planète
»… Livre est un moraliste (mais jamais moralisateur),
un humaniste dans l'âme, un héros comme on en
rencontre peu.
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Le
Pilon devrait figurer en bonne place chez tous les
libraires (d’occasions ou non), car si notre narrateur est
plein de gratitude envers ses lecteurs (du moins ceux qui ne lisent
pas «comme on tricote »…), il rend aussi
hommage à ces marchands pas comme les autres, dont Pierre
Landry (de Tulle), Veyrier, des puces de Clignancourt, Pierre Clerc
(de Montpellier) – tous réels – sans oublier
de mentionner leur contre-exemple à tous, Octave, qui croule
sous les offices et ne prend pas la peine d’ouvrir les cartons
qu’il reçoit...
Le Pilon tient autant du roman picaresque
que du pamphlet érudit (dénonçant quelques-unes
des absurdités contemporaines) et de l’ode aux auteurs,
aux lecteurs, et autres amoureux des mots ; et c’est avec
un plaisir grandissant que l’on avance dans sa lecture, comme
si le livre que nous tenons entre les mains s’adressait directement
à nous, nous parlait sans l’intermédiaire de
son créateur. Un bel artifice que Paul Desalmand a su mettre
en place en s’effaçant derrière son héros…
L’essentiel, dit notre livre-narrateur, est d’avoir
été lu et aimé… Que Le Pilon
se rassure, c’est le cas !
Blandine
Longre
(septembre 2006)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

du
même auteur
Guide pratique de l'écrivain
(Leduc.s, 2004)
Ecrire
est un miracle ! (Bérénice, 2003)
Quidam
Editeur
se consacre à la littérature contemporaine, française
et étrangère, avec une prépondérance
pour des ouvrages dont le style jaillit de la forme. La maison a
l'intention d'élaborer dans les marges de la production courante
une collection d'auteurs européens en particulier, oubliés,
délaissés ou parfois incompris à cause de leur
trop grande singularité.
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