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Vous
écriviez ? J'en suis fort aise ; et bien, publiez maintenant
!
L'an passé,
Paul Desalmand régalait notre intellect de lecteur et/ou
d'écrivain avec Ecrire
est un miracle, une suite d'essais, d'exercices
de style et de petits pamphlets vigoureux qui mettait en valeur
le sens de l'humour, l'érudition et les compétences
d'un homme de lettres avisé ; dans ce guide, il nous offre
un autre versant de ses qualités et décide de partager
une riche et longue expérience professionnelle (en tant qu'auteur,
éditeur, directeur de collections) sur un ton plus "sérieux",
sans pour autant ménager l'écrivain débutant
auquel il s'adresse, le tutoyant tout naturellement "comme
dans les anciens livres de métier" ; car si écrire
tient déjà du miracle, se faire éditer est
une toute autre paire de manches, un véritable Rubicon que
même le plus courageux des poètes ou le plus talentueux
des romanciers ne peut espérer franchir sans connaître
au moins quelques ficelles du monde éditorial et sans maîtriser
quelques rudiments juridiques, administratifs ou documentaires.
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On
pourra toujours arguer du fait que de nombreux guides proposant
des conseils aux "jeunes" écrivains existent
déjà mais celui-ci se démarque de ses
rivaux sur de nombreux points ; on apprécie d'abord
la mise en page limpide, la technicité toujours abordable
de certains domaines (en particulier des chapitres dédiés
au livre en tant qu'objet, aux codes typographiques, etc.)
la structure et le découpage des chapitres, assurément
explicites (une partie portant sur le livre et l'édition,
une autre sur le tapuscrit et sa protection et enfin une dernière
sur les démarches à effectuer pour trouver un
éditeur et découvrir les différents types
de contrats, histoire de ne pas se faire entourlouper…)
et surtout, les conseils ici prodigués font toujours
montre de prudence, de lucidité et d'ouverture d'esprit.
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Mais ce qui
distingue ce manuel de ceux que l'on peut actuellement consulter,
c'est bien sûr la personnalité de son auteur, son penchant
(qu'on ne saurait lui reprocher, bien au contraire) pour l'anecdotique,
la citation, ainsi que son goût prononcé pour l'histoire
littéraire en général. Ainsi, certains chapitres
sont ponctués d'anecdotes amusantes qui mettent en scène
de nombreux auteurs et éditeurs passés ou présents
; on appréciera tout particulièrement un encart intitulé
"recette pour ne pas être édité",
un autre, "l'écrivain fantôme" (traduction
de la locution anglo-saxonne, hautement préférable
à celle de "nègre"...), les chapitres "le
choix d'un titre", "le choix d'un pseudonyme", "précautions
contre le plagiat" ou encore "le droit de citation"
(un véritable casse-tête !) ; on y apprend, entre autres
et en vrac, comment Cendrars, après avoir proposé
un titre de trois lignes à son éditeur, intitula en
fin de compte l'un de ses romans L'Or, que le titre "Lune
de Fiel" désigne cinq ouvrages différents
(quand bien même le titre est protégé par la
loi sur la propriété littéraire) ou que Baudelaire
souhaitait d'abord intituler ses Fleurs du mal Les Limbes, puis
Les Lesbiennes... Plus loin, Paul Desalmand s'interroge sur
l'utilité des pseudonymes (certains patronymes, paraissant
ridicules ou étant tout simplement trop courants, peuvent
tout simplement faire obstacle au succès) et parsème
son propos d'exemples ; ainsi Jules Farigoule a préféré
devenir Jules Romains, mais il en est d'autres qui ont utilisé
des pseudonymes pour des raisons poétiques (Romain Gary,
Stendhal, Pessoa, etc.) Quant au plagiat, il peut être délibéré
ou non, mais le mot d'ordre est "méfiance"...
Pour finir,
ce guide, qui réconcilie bon sens et littérature,
érudition et pragmatisme (comme quoi les artistes ne sont
pas d’oisifs rêveurs…) ne serait pas ce qu’il
est sans la patte de Paul Desalmand ; et même si le ton demeure
neutre dans l’ensemble, on sent que l’auteur aime à
partager son amusement, qui pointe derrière certaines anecdotes
; une façon d’échapper au caractère habituellement
impersonnel, voire froidement clinique, de cette catégorie
d’ouvrages (dont la lecture, il faut l’avouer, n’est
pas nécessairement une partie de plaisir…)
Que le lecteur
potentiel soit cependant averti : ce guide n’est pas un manuel
d’écriture, l'auteur se défend bien de donner
des conseils sur ce plan - écrire (dans son emploi intransitif)
est un acte beaucoup trop intime - et il explique pourquoi en ces
termes : "Le véritable écrivain n'a que faire
de mes conseils puisqu'il écrit simplement parce qu'il ne
peut faire autrement. C'est pourquoi je ne donne pas de conseils
autres que pratiques. Je ne sais pas ce qu'il faut faire pour être
bon. En revanche, je sais pourquoi tant sont mauvais. Ils ne s'intéressent
qu'à leurs petites personnes et à rien d'autre, nombrilisant
à longueur de ligne. Le véritable écrivain,
bien sûr, est égocentrique, égotiste même,
mais, et c'est ce qui le distingue des mauvais, il se met à
la place des autres." Et d'ajouter : "Celui qui
a une vocation profondément ancrée ne suivra pas mes
conseils et ira son chemin." Mais au-delà du talent,
comme dans Ecrire est un miracle, il insiste
sur la notion de travail ("on ne devient pas violoniste,
même modeste, sans des années d'apprentissage et d'exercice.
Pourquoi en serait-il autrement pour l'écriture ?").
Pour parachever le tout, Paul Desalmand termine en beauté
en proposant un petit exercice de style contre-créatif, intitulé
très justement ( ! ) "la journée d'un glandeur",
un anti-texte littéraire factuel assez amusant : à
ne pas écrire (ou plagier...) et surtout, à ne jamais
proposer à un éditeur !
Blandine
Longre
(juillet 2004)

du
même auteur, un ouvrage complémentaire :
Ecrire est un miracle ! (Bérénice,
2003)
et
un roman
Le Pilon, Quidam,
2006
http://www.leduc-s.com
http://users.skynet.be/www.gensheureux.com/Desalmand_Poubelle.htm
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