Le Dépeupleur
Samuel Beckett

Mise en scène et jeu Michel Didym
Théâtre des Célestins, du 15 au 26 janvier 2008

 

 

 

Tube d’existence

Enfermé dans un tube vu en coupe par le spectateur, un homme présente l’étrange microcosme qui s’y est organisé, selon des règles strictes, parodiant dans un même mouvement les sciences naturelles et humaines, la métaphysique et la politique, l’éthnographie et la morale... Dans cet étrange monologue de Samuel Beckett, le monde se divise en une arène, des murs, des échelles, des niches..., et la population en chercheurs, sédentaires, vaincus... Toute une petite humanité entassée dans ce tube faiblement éclairé, étroit et « peu harmonieux », soumis à de curieuses lois temporelles.

Chapeau melon et complet suranné parmi de maigres statuettes de fil de fer désarticulé, Michel Didym évolue dans ce décor minimal avec l’humour pince-sans-rire d’un professeur Rolin ou d’un M. Cyclopède, et avec la finesse scientifiquement absurde d’un Michaux. Rondement mené, son monologue réussit à terme à faire croire, à bien faire visualiser ce petit univers très ironiquement significatif sur notre propension nombriliste à signifier l’insignifiant, à définir l’arbitraire de notre existence. Le dépeupleur constitue ainsi un creuset aussi sombre que riche pour l’imagination : sur le plan du sens, tout reste ouvert, énigmatique et suggestif (comme l’existence), tandis qu’il y a bien un plaisir esthétique à contempler, de l’extérieur, cette société repliée sur elle-même, occupée à constater et à discipliner tous ses mouvements, de quête comme d’abandon.

Nicolas Cavaillès
(janvier 2008)

http://www.celestins-lyon.org/