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Un
joueur polyvalent
Ancien joueur de tennis, Denis Grozdanovitch reste un athlète
de haut niveau. Au fond du court, renvoyant nonchalamment la balle
avec grâce et application, l'auteur français délivre
quelques passing-shots bien sentis contre les institutions et s'entretient
(c'est le mot exact) avec le lecteur des conceptions du temps, de
la vie sans les chats, des affres de l'ennui, des vacances solaires
en pays helléniques, de l'oisiveté interdite, du dilettantisme
comme valeur première, et ce, avec le charme et brio des
meilleurs tennismen anglais.
Si la lecture de ce Petit Traité de Désinvolture
procure un plaisir si doux, c'est sans aucun doute grâce à
la proximité qu'instaure l'auteur vis à vis de son
lecteur. Sa capacité à caresser la balle dans le bon
sens, son aptitude à sortir un amorti à un moment
critique, à jouer un service gagnant tout en serrant pieusement
la main de son adversaire forcent respect et admiration. Étant
doué qui plus est d'une plume à même de faire
ressurgir les lieux de ses péripéties, de délivrer
des descriptions précises et toujours emplies d'un humour
caustique, son match est gagné d'avance. Que l'écrivain
s'adonne à son sport favori ou aux échecs dans un
troquet parisien, qu'il soit en compagnie de lurons débraillés
adeptes du farniente ou avec sa femme et sa fille, il incarne un
fin observateur de la pluie et de son avancée galopante,
de la vitesse et de la mélancolie urbaine. L'écriture
de Denis Grozdanovitch, non contente d'entretenir un rapport véritable
avec le lecteur, adopte la même attitude envers le temps.
Détachement et sérénité sans pour autant
hésiter à monter au filet pour jouer l'expérience
sensible chère à Robert Musil.
Partage de sensations authentiques, de réflexions subtiles
et amusantes loin de la décadence du monde de la vitesse
et de ses tracas consuméristes, Petit Traité
de Désinvolture est un attachant livre de chevet.
Simplicité, rigueur, sobriété et intelligence
font la force de l'auteur qui traverse allègrement les terres
battues par le vent, le gazon anglais, les courts en durs et ses
éternels adorateurs du mur ; s'attarde devant les peintures
flamandes, les tortues mélancoliques et les dieux antiques
avant de nous servir une brillante analyse de Robinson Crusoé
et des murs d'un certain Marcel Proust. L'infiniment singulier,
La mort de Perdita, chat parisien, ou bien encore Le futur
champion, autant de nouvelles tour à tour graves et tendres,
ironiques et poignantes, d'un auteur dompteur de temps, joueur au
fair-play indiscutable à qui l'on aurait tort de refuser
une partie de notre temps si précieux.
Philippe
Beer-Gabel
(octobre
2002)

Les éditions
José Corti
http://jose-corti.fr/
http://www.jose-corti.fr/titresfrancais/petit-traite-desinvolture.html
http://perso.wanadoo.fr/calounet/resumes_livres/grozdanovitch
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