Petit Traité de Désinvolture
2002, José Corti
Collection Domaine Français

 

Un joueur polyvalent

Ancien joueur de tennis, Denis Grozdanovitch reste un athlète de haut niveau. Au fond du court, renvoyant nonchalamment la balle avec grâce et application, l'auteur français délivre quelques passing-shots bien sentis contre les institutions et s'entretient (c'est le mot exact) avec le lecteur des conceptions du temps, de la vie sans les chats, des affres de l'ennui, des vacances solaires en pays helléniques, de l'oisiveté interdite, du dilettantisme comme valeur première, et ce, avec le charme et brio des meilleurs tennismen anglais.
Si la lecture de ce Petit Traité de Désinvolture procure un plaisir si doux, c'est sans aucun doute grâce à la proximité qu'instaure l'auteur vis à vis de son lecteur. Sa capacité à caresser la balle dans le bon sens, son aptitude à sortir un amorti à un moment critique, à jouer un service gagnant tout en serrant pieusement la main de son adversaire forcent respect et admiration. Étant doué qui plus est d'une plume à même de faire ressurgir les lieux de ses péripéties, de délivrer des descriptions précises et toujours emplies d'un humour caustique, son match est gagné d'avance. Que l'écrivain s'adonne à son sport favori ou aux échecs dans un troquet parisien, qu'il soit en compagnie de lurons débraillés adeptes du farniente ou avec sa femme et sa fille, il incarne un fin observateur de la pluie et de son avancée galopante, de la vitesse et de la mélancolie urbaine. L'écriture de Denis Grozdanovitch, non contente d'entretenir un rapport véritable avec le lecteur, adopte la même attitude envers le temps. Détachement et sérénité sans pour autant hésiter à monter au filet pour jouer l'expérience sensible chère à Robert Musil.
Partage de sensations authentiques, de réflexions subtiles et amusantes loin de la décadence du monde de la vitesse et de ses tracas consuméristes, Petit Traité de Désinvolture est un attachant livre de chevet. Simplicité, rigueur, sobriété et intelligence font la force de l'auteur qui traverse allègrement les terres battues par le vent, le gazon anglais, les courts en durs et ses éternels adorateurs du mur ; s'attarde devant les peintures flamandes, les tortues mélancoliques et les dieux antiques avant de nous servir une brillante analyse de Robinson Crusoé et des mœurs d'un certain Marcel Proust. L'infiniment singulier, La mort de Perdita, chat parisien, ou bien encore Le futur champion, autant de nouvelles tour à tour graves et tendres, ironiques et poignantes, d'un auteur dompteur de temps, joueur au fair-play indiscutable à qui l'on aurait tort de refuser une partie de notre temps si précieux.

Philippe Beer-Gabel
(octobre 2002)



Les éditions José Corti

http://jose-corti.fr/

http://www.jose-corti.fr/titresfrancais/petit-traite-desinvolture.html

http://perso.wanadoo.fr/calounet/resumes_livres/grozdanovitch