À Garonne
Nil éditions, 2006

parution poche
Points Seuil, mai 2007

 

 

Et au milieu coule une rivière

À Garonne conte une double histoire : celle d’une enfance et celle d’une maison ; et au milieu coule une rivière, cette Garonne discrètement présente, qui n’est pas le seul élément aquatique, puisque l’eau, figurant l’écoulement forcément inexorable du temps et la profondeur insondable de la vie, baigne tout le récit.

« Faut-il tuer l’enfance en la considérant comme une essence, ou la laisser faire semblant de cheminer dans une évolution qui semble sourdre de son propre désir et cependant le dénaturer? » Elle est là, l’enfance, avec les jeux collectifs et individuels, les coins favoris, les regards inquisiteurs portés aux adultes, l’apprentissage de la vie, la chaleur des étés oisifs. Mais en même temps, tout se passe avec la maison de Malause, qui prendra le nom de « La Mascagne » (allusion à la peine qu’on se donne, avec la satisfaction de faire quelque chose de gratifiant), cette bâtisse qui est le domaine des grands-parents, puis des parents et de leur progéniture, devenue maison de famille et de vacances, lieu des regroupements périodiques. Il s’agit alors pour l’auteur, « simple maillon d’une chaîne sociologique », de relier la vie courante, celle du travail, de la vitesse, de la communication, de l’efficacité, à la temporalité immuable de la ruralité.

On sait que Philippe Delerm tente, dans ses écrits, de fixer la douceur des instants fugitifs, les petits riens qui font le modeste bonheur d’une existence. Dans ce récit continu, on pourrait croire que la puissance narrative prend le pas sur la brièveté évocatrice ; ce n’est pas vraiment le cas : le parti pris fragmentaire est toujours dominant, juxtaposant les notations qui, formant un tout, tentent de restituer – même et peut-être surtout si l’on sait qu’on ne pourra le faire complètement – une impression à la fois individuelle et collective : « Ici, je me suis toujours senti chez moi, à l’abri du coteau, loin du bruit du monde, et je vais "à Garonne", comme tous les gens du coin, chercher quelque chose de très doux et de très difficile à expliquer ».

Jean-Pierre Longre
(mai 2006)

Jean-Pierre Longre enseigne la littérature contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur de plusieurs revues, il a participé à la publication des romans de Queneau dans la Bibliothèque de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie et Belgique en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes (Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean Prévost aux avant-postes (Collectif, avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

 

du même auteur : Enregistrements pirates (Le Rocher, 2004)

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