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Et
au milieu coule une rivière
À
Garonne conte une double histoire : celle d’une
enfance et celle d’une maison ; et au milieu coule une rivière,
cette Garonne discrètement présente, qui n’est
pas le seul élément aquatique, puisque l’eau,
figurant l’écoulement forcément inexorable du
temps et la profondeur insondable de la vie, baigne tout le récit.
« Faut-il
tuer l’enfance en la considérant comme une essence,
ou la laisser faire semblant de cheminer dans une évolution
qui semble sourdre de son propre désir et cependant le dénaturer?
» Elle est là, l’enfance, avec les jeux
collectifs et individuels, les coins favoris, les regards inquisiteurs
portés aux adultes, l’apprentissage de la vie, la chaleur
des étés oisifs. Mais en même temps, tout se
passe avec la maison de Malause, qui prendra le nom de « La
Mascagne » (allusion à la peine qu’on se donne,
avec la satisfaction de faire quelque chose de gratifiant), cette
bâtisse qui est le domaine des grands-parents, puis des parents
et de leur progéniture, devenue maison de famille et de vacances,
lieu des regroupements périodiques. Il s’agit alors
pour l’auteur, « simple maillon d’une chaîne
sociologique », de relier la vie courante, celle du travail,
de la vitesse, de la communication, de l’efficacité,
à la temporalité immuable de la ruralité.
On sait que
Philippe Delerm tente, dans ses écrits, de fixer la douceur
des instants fugitifs, les petits riens qui font le modeste bonheur
d’une existence. Dans ce récit continu, on pourrait
croire que la puissance narrative prend le pas sur la brièveté
évocatrice ; ce n’est pas vraiment le cas : le parti
pris fragmentaire est toujours dominant, juxtaposant les notations
qui, formant un tout, tentent de restituer – même et
peut-être surtout si l’on sait qu’on ne pourra
le faire complètement – une impression à la
fois individuelle et collective : « Ici, je me suis toujours
senti chez moi, à l’abri du coteau, loin du bruit du
monde, et je vais "à Garonne", comme tous les gens
du coin, chercher quelque chose de très doux et de très
difficile à expliquer ».
Jean-Pierre
Longre
(mai 2006)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de plusieurs revues, il a participé à la publication
des romans de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des
recherches sur les littératures francophones (Roumanie
et Belgique en particulier).
Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes
(Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

du
même auteur : Enregistrements pirates
(Le Rocher, 2004)
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