de Adolfazl Jalili

Iran 2001. Durée : 1h36


avec
Kaeem Alzadeh, Rahmatollah, Ebrahimi, Hossein Hashemian

sortie le 27 mars 2002

 

du même réalisateur : La Bague dans les Contes de Kish (Iran, 1999)

"Delbaran", en Iran, est un lieu dit situé au milieu d'un désert ocre et vallonné. A quelques kilomètres de là se trouvent la frontière avec l'Afghanistan et les affrontements sporadiques entre les Talibans et l'Alliance du Nord. On entend parfois quelques coups de feu, quelques détonations, des cris…Hors champ meurtrier. Le cadre est clos par des rouleaux de barbelés derrière lesquels les hommes meurent.

A Delbaran, au bord d'une route, le vieux Khan tient un relais pour les automobilistes et routiers de passage. Le vieil homme mutique, dont le visage est lui même un paysage buriné par le temps et le soleil, s'y livre à toutes sortes de trafics : les hommes, l'argent, peut-être de la drogue, l'essence, s'y échangent. Sans que l'on sache vraiment quels sont les tenants et les aboutissants de ce commerce, ni son réel degré de transgression.

Il y a aussi des Afghans fuyant la guerre que Khan semble protéger ou simplement aider à passer la frontière. Parmi ces réfugiés, Khan et sa femme Kahle ont recueilli le jeune Kaïm dont les parents sont restés en Afghanistan. L'adolescent aide ses "parents adoptifs" à toutes sortes de tâches. Le film est rythmé par de très beaux plans où Kaïm court à travers le désert pour aller chercher de l'aide (un mécanicien, un médecin,…) ou pour fuir les visites impromptues de l'inspecteur Mahadavi qui suspecte Khan.
Au milieu de ces terres vibrantes de chaleur, sur ce sol de lumière, les hommes et leurs machines s'efforcent de poursuivre leur chemin, de négocier avec les difficultés du destin, de résister à l'oppression du climat et des éléments naturels… Les vieilles guimbardes, les camions éreintés, les motos sans âge, tombent en panne, versent dans un fossé, s'essoufflent au milieu d'un chemin de sable… Il faut alors se réconcilier pour réparer, pour relancer les antiques machines, pour continuer un bout de chemin… Solidarité muette d'hommes qui l'instant d'après, une fois le moteur relancé, peuvent s'insulter, se battre, se séparer. Abolfazl Jalili est un cinéaste à l'humour pince-sans-rire et distille au sein d'un film âpre et rocailleux quelques scènes drolatiques. Son cinéma est rugueux, taciturne, dense et d'une beauté lumineuse.

Jean-Emmanuel Denave
(mars 2002)

http://perso.wanadoo.fr/rencontres-cinema-manosque/2002/jalili.htm

http://www.afghana.org/delbaran.htm

http://www.humanite.presse.fr/journal/1996/1996-12/1996-12-11

http://www.3continents.com/cinema/directors/asie/iran/abolfazl_jalili.html